L’Afrique réelle n°125. Sahel : et si le développement provoquait la guerre ?

A LA UNE

Loi Molac : Jean-Michel Blanquer est un mauvais perdant

Il faut se méfier de ce que raconte Jean-Michel Blanquer. En paroles, il est favorable à la langue bretonne....

Covid-19. La situation s’améliore partout dans le monde, à l’exception de l’Asie de l’Ouest

Après avoir plafonné dans la semaine du 24 avril au 1er mai, les nombres hebdomadaires de contamination (-5%) et...

Irlande du Nord. 3 200 meurtres liés aux Troubles pourraient être prescrits judiciairement

Le gouvernement britannique envisage de modifier un élément de la législation de l'Accord du Vendredi Saint afin de protéger...

A la rencontre d’Estelle Redpill, « l’influenceuse » qui fait fantasmer une certaine presse de gauche [Interview]

Les réseaux sociaux regorgent de jeunes et moins jeunes qui parviennent, après quelques vidéos tournés sur un sujet en...

Il y a Zemmour et Naulleau, mais aussi « Zemmour et Bolloré »

Passer d’une chaîne d’information (Cnews) à une station généraliste (Europe 1), voilà l’une des tâches auxquelles Vincent Bolloré s’attaque...

Le 125ème numéro de la revue L’Afrique réelle vient de paraitre. En voici l’édito et le sommaire ci-dessous.

Sommaire

Dossier : Qui sont les jihadistes sahéliens ?
– Sahel : jihadisme ou banditisme jihadisé ?
– Au nord, des trafics abrités derrière le paravent islamique
– Macina-Soum-Liptako, des causes d’abord endogènes
– La région des « quatre frontières », front oriental du Sahel

Éditorial de Bernard Lugan

Sahel : et si le développement provoquait la guerre ?

Les conflits du Sahel central ne sont pas une conséquence de la raréfaction des ressources alimentaires puisque, entre 1999 et 2016, la production céréalière y a été multipliée par trois. Parallèlement, le terrorisme a embrasé la région. Pourquoi ?

Si les ressources alimentaires ont été multipliées par trois, c’est parce que les surfaces cultivées ont augmenté de 25 %. Un résultat essentiellement obtenu par la mise en culture de pâturages. Donc aux dépens des pasteurs. Sur leurs anciens terrains de parcours, les Peul ont ainsi vu s’installer des colons allochtones dont, avant la colonisation, ils razziaient les ancêtres. Leur mode d’existence étant menacé, ils se sont tournés vers les jihadistes.

Plus généralement, si nous regardons les microphénomènes, et non plus les seuls macrophénomènes, nous constatons que ce n’est pas tant autour des anciens points d’eau qu’ont lieu les affrontements, mais autour des nouveaux puits creusés par les ONG et des surfaces d’irrigation subventionnées par l’Union européenne. Certains projets maraichers portés par les « sauveurs de la planète » sont même de véritables facteurs de guerre. Ils quadrillent en effet des zones humides désormais interdites aux pasteurs et qui leur sont pourtant vitales.

La religion du « développement » bouleverse donc les subtils équilibres fonciers traditionnels. D’où la plupart des affrontements ethniques actuels au Macina, au Soum et au Liptako.

Comme je l’explique dans mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours, en raison de l’ethno-mathématique électorale, les États sahéliens qui sont dirigés par les agriculteurs sédentaires favorisent les leurs aux dépens des pasteurs. Enrichis, les sédentaires investissent dans l’élevage, concurrençant ainsi directement les pasteurs. Cela est notamment le cas dans le Macina-Soum. D’où la confrontation entre Peul et Dogon.
Le résultat de cette double dépossession des pasteurs fait que les sédentaires enrichis et devenus possesseurs de bétail, engagent comme bergers de jeunes peul prolétarisés. Dès lors, il est facile aux jihadistes de proposer à ces derniers de sortir de leur humiliation par la loi des armes. Celle de leurs ancêtres quand ils étaient dominants.

Autre exemple, le Soum, où, comme je ne cesse de l’écrire depuis des années, l’introduction de la riziculture qui s’est faite aux dépens du pastoralisme est une des clés de compréhension de l’actuel jihadisme.
Cette nouveauté a en effet attiré dans la région de nouvelles populations. Les colons riziculteurs mossi ou fulsé-kurumba ont dans un premier temps évincé les pasteurs peul de leurs terrains de parcours. Puis au nom de l’ethno-mathématique, devenus localement plus nombreux que les Peul, ils ont combattu leur chefferie afin de changer les règles d’attribution des terres.

Ici également, le développement a donc ouvert une voie royale aux jihadistes…

Pour s’abonner à la revue, c’est ici.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

.
- Je soutiens BREIZH-INFO -

Avec Solidarité Grand Ouest, une collecte de dons pour créer une section handivoile à Saint-Quay-Portrieux

Grâce au dispositif de collecte de dons du Fonds de dotation Solidarité Grand Ouest et au soutien du Super...

Médias mainstream : le grand errement ! Par Nicolas Vidal

Nicolas Vidal est le patron de "Putsch", média favorisant les débats culturels et sociaux. Dans son livre "Médias, le...

Articles liés

Éric Roussel : « François Mitterrand n’a jamais renié ses engagements passés » [Interview]

« François Mitterrand, de l'intime au politique » sortira en version poche, dans la collection Tempus (Perrin) ce 22 avril 2021. Ecrite par Eric Roussel,...

Sonia Mabrouk : « Nous ne sommes pas une nation multiculturelle ! »

Sonia Mabrouk était l'invitée d'Eric Morillot dans les Incorrectibles à l'occasion de la sortie de son dernier livre « Insoumission française ». https://www.youtube.com/watch?v=7u0OrENTjFg Photo d’illustration  :...

Quels sont les petites villes françaises et bretonnes les plus prisées en 2021 ?

Un peu plus d’un an après le début de la pandémie, le désir de voyager ne s'amoindrit pas. Les régulations changent de jour en...

En France en 2021, 24.5% des détenus sont étrangers, alors qu’ils ne représentent que 7.4% de la population

En France en 2021, 24.5% des détenus sont étrangers, alors qu’ils ne représentent que 7.4% de la population. Tels sont les chiffres officiels, disponibles...