Confinement. Face à l’épidémie, l’Eglise de France se scinde en plusieurs chapelles

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Depuis lundi et le recours d’un certain nombre d’organisations traditionnalistes devant le Conseil d’Etat, l’interdiction de réunion dans les lieux de culte a été levée. On ne le dira jamais assez, mais le confinement a aussi marqué la faillite des structures habituelles de l’Eglise – diocèses, paroisses territoriales – qui ont très vite arrêté les messes et ont fait du coronavirus la première crise de l’Histoire dont l’Eglise était absente. Les tradis, eux, ont assuré la continuité dans la clandestinité, ont rétabli la messe dans le droit et sont maintenant incontournables.

Les traditionnalistes ont obtenu la reprise des messes en France

Le recours qui a gagné devant le Conseil d’Etat a été introduit par plusieurs organisations qui assurent la messe en latin (rite extraordinaire, « tradi » ou tridentin) reconnues par Rome – dont la Fraternité Saint-Pierre (FSSP) ou l’Institut du Christ-Roi souverain prêtre (ICRSP), la Fraternité dominicaine Saint-Vincent Ferrier et l’Institut du Bon Pasteur (IBP) ainsi que l’organisation catholique AGRIF et Bruno Gollnisch. D’autres recours ont été déposés dans le même sens – l’atteinte manifestement illégale à la liberté de culte – par la FSSPX et même Civitas, le PCD (Parti chrétien démocrate) et un groupe de fidèles de la région de Metz.

Commentaire de Jeanne Smits sur son blog le 20 mai : « Cette décision est une gifle pour le gouvernement français, qui a montré le côté le plus sombre de son laïcisme en maintenant sine die des mesures strictes contre le culte religieux ». La décision du Conseil d’Etat profite aussi aux autres cultes : mosquées, synagogues ou encore temples protestants peuvent aussi rouvrir.

Une claque pour la CEF et des évêques timorés

Mais il n’y a pas que l’Etat qui perd. Jeanne Smits continue, sans concession : « la décision est aussi une claque pour les évêques de France et leur conférence qui a fini par phagocyter le poouvoir d’appréciation et de gouvernement de chaque évêque dans et pour son diocèse – qui se sont délibérément abstenus d’attaquer le décret du 11 mai devant les tribunaux. Au lieu de cela lorsque Edouard Philippe […] a annoncé sans ménagement qu’il n’y aurait  »pas de messse avant le 2 juin » le président de la Conférence épiscopale Eric de Moulins-Beaufort s’est contenté d’une remarque   »on peut trouver cette décision exagérément prudente, mais il faut quand même l’appliquer ». Et bien elle était […] illégale et contraire aux droits des catholiques en France ! ».

Dans une interwiew à la Croix, quotidien catholique de gauche – les traditionnalistes lui préfèrent Présent ou l’Homme Nouveau – le porte-parole et secrétaire générale de la CEF (conférence des évêques de France), le père Thierry Magnin, a réagi ainsi : « Le Conseil d’Etat dit que le gouverment est allé trop loin dans l’interdiction. Notre position n’a jamaiss été d’entrer dans un bras de fer avec le gouvernement […] Il ne s’agit pas de faire cocorico. Nous avons toujours été en lien direct avec le gouvernement ».

Le contraste avec l’Italie, ou ce sont les évêques qui ont fait une démarche groupée auprès du gouvernement et obtenu la reprise des cultes, est flagrant – d’autant qu’en Italie des prêtres, et même des évêques ont maintenu les messes clandestinement pendant le confinement, malgré des dénonciations encore plus présentes qu’en France et un peuple zombifié par les médias et la télé.

Et même si le gouvernement veut toujours assortir la reprise du culte de directives qui représentent un monument de méfiance (cheminement à sens unique, communion avec des pincettes, gel hydro-alcoolique, un banc sur deux…), la victoire des traditionnalistes français sur l’Etat et ce qui reste du système des évêchés est réelle et éclatante.

Pendant le confinement, les « tradis » ont assuré la continuité des messes dans la clandestinité

A part quelques évêques (Montauban, Bayonne, Toulon, Ajaccio…) qui ont dénoncé l’interdiction du culte et tenté de faire face – bénédiction des diocèses depuis la cathédrale, mobilisation des prêtres auprès des malades et des isolés – la plupart des évêques et des prêtres, d’un âge canonique il est vrai, se sont terrés. A Nantes par exemple, les églises étaient ouvertes – sauf Sainte-Croix en plein centre – mais même pas surveillées.

Dans la ville de Nantes, exception locale, la « locomotive » du maintien du culte a été le prêtre non una cum – en rupture de ban avec Rome depuis des décennies – l’abbé Guépin, qui voue une dévotion à Sainte Jeanne d’Arc – cette dernière a aussi du faire son devoir dans des situations très difficiles.

Dans sa chapelle près de la gare il a maintenu ses messes aux horaires habituels, avec il est vrai beaucoup moins de fidèles – à Pâques, habituellement, la chapelle est pleine à craquer, et les fidèles partagent la brioche dans la cour après la messe. Louis, qui a assisté à plusieurs messes, témoigne : « nous n’étions jamais plus d’une vingtaine. Je connais la situation canonique compliquée de l’abbé Guépin, mais mieux vaut une messe que rien du tout – et tant qu’à faire une messe en latin, plus profonde et plus proche de celle des bâtisseurs de cathédrales, puis l’abbé Guépin est quelqu’un de droit qui a fait son devoir, comme d’habitude ».

Et ce malgré des dénonciations en série – pas moins de quatre appels en une demi-heure le dimanche de Pâques, sans oublier un allumage en règle par Presse-Océan sur fond d’anticléricalisme après des dénonciations, là encore. Ironie du sort, l’abbé Guépin a été sauvé par la délinquance nantaise : le dimanche de Pâques, un nord-africain a forcé un barrage de police sur sa BMW route de Pornic, avant de traverser le pont de Cheviré, une balle dans les pneus et deux dans le moteur, et de se réfugier dans un camp de gens du voyage sur la rive nord. Tous les équipages disponibles ont été envoyés à sa poursuite.

La FSSPX a aussi tenté de maintenir ses messes et a été victime de dénonciations de voisins – l’église fait face à plusieurs maisons bourgeoises dans le quartier Saint-Félix, mais a pu se dévouer auprès des malades, notamment en leur donnant l’extrême-onction au CHU. Cependant, le triduum pascal (messes du Jeudi, Vendredi et Samedi Saint) a été organisé par l’abbé Guépin en-dehors de Nantes, dans un coin plus isolé et tranquille, tandis que la FSSPX a renoncé du fait des dénonciations en série.

Dans d’autres villes, d’autres organisations traditionnelles ont assuré le maintien des messes, confessions et communions – il est nécessaire pour un bon chrétien de se confesser et de communier avant Pâques. A Orléans, c’est le chanoine Jestin de l’ICRSP qui s’est dévoué, dans une église Notre-Dame de Recouvrance très grande et ancienne (500 ans en 2019) qui permet le respect des distances sanitaires, et en assurant deux célébrations au lieu d’une, voire tout simplement en confessant et en faisant communier les fidèles.

Près de Rouen, l’abbé Débris, diocésain traditionnaliste qui a une des églises de Mont Saint-Aignan a été dénoncé à sa mairesse,  mais l’affaire n’est pas allée plus loin. Dans d’autres localités, les municipalités élues ou maintenues ont toléré ou ignoré délibérément le maintien des cultes – ce qui en dit long sur l’autorité réelle de l’Etat hors Ile de France et les raisons pourquoi les lois sont chaque jour plus intrusives et absurdes : un système qui court à sa fin se crispe.

« C’est comme en 1793, chacun choisit son camp, Dieu ou l’Etat »

Dans la clandestinité et malgré les dénonciations, les organisations traditionnelles ont maintenu le culte, basculant massivement sur la télétransmission des messes sur YouTube et les réseaux sociaux. Pour Axel, organiste en région parisienne, « le confinement n’a rien changé, je continue à aller à la messe. On s’enferme dans l’église avec l’abbé [de la FSSP], deux ou trois célébrants, deux ou trois mecs de la chorale, le mec qui gère la caméra, moi à l’orgue, et la messe est sur YouTube en direct ».

Pour Michel, fidèle en région Centre qui a parfois fait des dizaines de kilomètres pour trouver des messes, « c’est surtout maintenant qu’il faut assister. Parce qu’il y a des proches qui ne pouvaient pas, parce qu’il est important de montrer à l’Etat que ce n’est pas eux qui commandent, que malgré les attestations, les consignes plus ou moins débiles et les pénuries, on reste libres et catholiques. Parce que aussi on est dans la même situation qu’en 1793 : prêtres ou fidèles, chacun choisit son camp, c’est Dieu ou l’Etat, tu fais ton devoir de prêtre ou tu abandonnes tes fidèles, donc tu défroques ». Antigone contre Créon, le fait de s’opposer à la loi inique et de faire son devoir relève d’un questionnement profond qui ne date pas d’hier.

« L’archipel » traditionnaliste contraint de muter ? 

Cependant les tradis ont constaté qu’ils ont été soutenus – notamment par un afflux de fidèles dans les lieux de culte. « Il y a des tas de catholiques qui s’intéressent à la messe en latin, mais n’osent pas, ou restent fidèles à leur paroisse territoriale. Du fait du confinement, ils ont du franchir le pas et ils ont découvert que ce n’était pas si mal, et très loin des clichés entretenus par la presse y compris soi-disant catholique de gauche », explique Jacques, dans le Poitou.

Même s’ils devraient en grande partie retourner dans leurs paroisses, ils ont découvert le monde de la Tradition et cela devrait simplifier des relations parfois difficiles – voire envenimées par une génération de prêtres post-concile actuellement âgée de 70 ans et plus qui ne veut pas entendre parler de la messe en latin – dans certains diocèses.

Mais la situation représente aussi un défi pour le monde de la Tradition. « Jusque là les traditionnalistes se développaient en « archipel », églises, chapelles, écoles, lycées… selon le principe que les modernos [modernistes, adeptes de la messe en français] font ce qu’ils veulent, les évêques font les bêtises qu’ils veulent, nous on essaie d’obtenir des églises sans aller au bras de fer, on se barricade et on essaie d’éviter l’effondrement au moins chez nous sans s’impliquer dans le fonctionnement de l’Eglise, –  ce qui était pour le moins utopique », explique encore Louis. « D’autant qu’à force les tradis ont représenté un quart des ordinations en France [hors FSSPX, Avrillé et non una cum], et qu’une partie non négligeable des jeunes prêtres diocésains sont en lien avec le monde de la Tradition, voire ont appris la messe en latin auprès de prêtres tradis ou sur internet ».

« Avec le confinement, les tradis ont été interdits de messe comme les autres, leurs écoles fermées – et elles ne sont pas près de rouvrir, le gouvernement a sorti une directive de 62 pages avec des tas de recommandations, elles ne rouvriront au mieux qu’en septembre et probablement pas toutes, et en plus les évêques français ont refusé mordicus de défendre la messe et la liberté de culte, même après déconfinement.

Les tradis ont donc du se dévouer pour tout le monde et cela risque de ne pas être la dernière fois. Il faudra donc qu’ils s’appuient sur leur archipel pour peser vraiment dans les prises de décision de l’Eglise, car plus ça va, moins les évêques et les prêtres timorés représentent leurs fidèles, voire les fidèles en général – qui auraient préféré voir maintenues leurs messes, notamment à Pâques qui est le sommet liturgique de l’année pour les catholiques. C’est bien de rétablir le culte à l’Ascension – enfin plutôt à la Pentecôte en réalité pour la plupart des paroisses diocésaines, mais sans les messes de Pâques, 2020 est une année blanche, ou plutôt noire pour les catholiques ».

Si le prochain combat logique sera celui du droit de l’enseignement catholique hors-contrat à se maintenir et s’affranchir des directives tatillonnes de l’Etat, pour deux mois, la France est devenue pour les deux mois du confinement un grand pays tradi. Un aperçu de l’avenir proche, lorsque l’étiage du nombre de prêtres sera atteint ? Actuellement, pour un prêtre diocésain ordonné, huit meurent dans l’année.

« Plus de messes sauf en latin, et il reste 1% de la population qui pratique, mais les fidèles sont résolus, courageux, et prêts à défendre leurs messes, avec à leur tête des prêtres jeunes  qui font leur devoir quoi qu’il arrive, des vocations sacerdotales en nombre et des prélats qui n’ont pas un discours tiède et résigné », résume Louis. Face à un laïcisme d’Etat sélectif – il passe tout aux salafistes, mais s’abat sur les catholiques – et à un islam conquérant soutenu par l’argent étranger (Qatar, Turquie, Emirats, Algérie, Oman…), ces catholiques là semblent nettement mieux préparés pour résister en France.

Louis-Benoît Greffe   

Photo : DR
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