Pendant le confinement, malgré le nombre de députés qui représentaient Nantes, ceux-ci sont restés très, voire trop discrets pour dénoncer les effets pervers du confinement et tenter d’aider commerces, entreprises, associations et particuliers qui se sont retrouvés broyés ou mis en difficulté par deux mois d’arrêt de l’économie. Et ce bien qu’ils soient tous En Marche ou de la majorité, ce qui leur donnait une facilité supplémentaire pour agir et se faire entendre des gouvernants.

Sur le papier, Nantes compte la bagatelle de cinq circonscriptions, et autant de députés. François de Rugy, dans la première (Nantes nord-ouest, Sautron, Orvault), Valérie Oppelt dans la seconde (Nantes-centre), par ailleurs candidate aux municipales, Anne-France Brunet dans la troisième (Nantes-ouest, Saint-Herblain, Indre, Saint-Etienne-de-Montluc), Aude Amadou dans la quatrième (Nantes-sud, Rezé, Bouaye, Bouguenais) – toutes LREM, et Sarah El Haïry dans la cinquième (Nantes-nord-est, Carquefou, La Chapelle-sur-Erdre, Ligné, Nort…).

Bien que les sujets ne manquaient pas – avenir économique des bars et restaurants, tourisme, réouverture ou maintien des marchés, réouverture de la brocante Viarme, accès aux jardins familiaux et aux parcs, etc. –, toute initiative sur ces sujets délicats a été laissée à la maire socialiste sortante Johanna Rolland, candidate à sa propre succession et donnée comme favorite.

C’est notamment avec elle et la municipalité que les brocanteurs ont pu négocier la réouverture de la brocante place Viarme le 30 mai, que les commerçants ont pu mettre en place le drive à Talensac et dû subir la fermeture du marché aux clients pendant de longues semaines, au nom d’un principe de précaution exacerbé. C’est aussi avec elle que propriétaires de bars et restaurants négocient une charte permissive pour leur permettre de tenter de limiter les pertes liées au confinement et à la Grande Peur du coronavirus.

Citons quand même, parmi les quelques interventions des députées de Nantes, celle d’Anne-France Brunet (LREM, 3ème circonscription) qui a interpellé début avril dernier le ministre de l’Intérieur Castaner pour qu’il affecte par décret les amendes du non-respect du confinement – 500 000 au moment de son adresse, soit 67,5 millions d’euros, aux « soignants, éboueurs, pompiers, caissières ».

Valérie Oppelt, pas partie pour améliorer son score aux municipales

Valérie Oppelt, députée LREM de Nantes-centre et candidate aux municipales, s’est fendue le 14 avril dernier d’une question sur la vente de muguet en période de confinement – 85 % du muguet vendu en France sont produits dans le pays nantais, mais cela concerne plutôt la 9ème (Pays de Retz) et la 10ème circonscriptions (Vignoble) que Nantes-centre.

Elle avait pourtant des raisons de s’activer pour les Nantais – avec 13 % et 9 418 voix, elle est qualifiée pour le second tour, où elle entend pour l’heure concourir seule, sans alliance. À La Baule, la liste LREM de Jean-Yves Gontier (27 %, 10 points de retard sur le candidat de droite Franck Louvrier) a mis en place une ligne directe avec la secrétaire d’État chargée du commerce pour faire remonter les problèmes rencontrés par les Baulois, notamment les commerces et entreprises.

Le 31 mars, elle attire l’attention du « ministère de l’Action et des comptes publics » sur « le marché parallèle des matériels nécessaires à la lutte contre l’épidémie […] volés ou de mauvaise qualité ». Encore une vraie problématique – laissée sans réponse par le gouvernement, mais loin des problèmes des Nantais… Le 17 mars, encore une question assez générale, sur l’élargissement de l’utilisation du CESU pendant la fermeture des établissements scolaires, toujours sans réponse.

Aude Amadou (4ème circonscription, LREM) n’a plus posé de question orale au gouvernement depuis septembre 2018 et écrite depuis le 20 février 2018 ; son dernier rapport, sur l’organisation des jeux paralympiques de 2024, date aussi du 20 février 2018 – après tout, c’est une ex-sportive de haut niveau. Depuis, rien. Mais la paie de député et les frais de mandats continuent de tomber… et c’est le contribuable nantais qui arrose.

La députée la plus active : Sarah El Haïry (Modem, 5ème circonscription), de Rugy revient dans le jeu local…

La tendance observée depuis 2017 ne s’est pas démentie : quand il y a un problème, de tous les députés nantais, c’est Sarah El Haïry, qui est au Modem, qui monte au créneau. Désormais seule, puisque de Rugy a de bonnes raisons de rester discret après avoir été planté par ses ex-camarades et une campagne de presse bien organisée.

Ce qui ne l’a pas empêché de déposer trois questions écrites : une, le 21 avril, au sujet de l’éligibilité à l’activité partielle des salariés sous contrat de travail de droit français qui travaillent dans des pays tiers (réponse du gouvernement le 12 mai : non, sauf si le salarié est rapatrié, sous conditions), une, le 21 avril, sur la saturation des refuges SPA du fait du confinement, restée sans réponse, et une autre, le 14 avril, sur le financement d’urgence des biotechs françaises, où il soulève notamment le cas de l’entreprise nantaise Xenothera, en pointe dans la production d’anticorps contre les infections.

Le 28 avril, Sarah El Haïry plaide en vidéo, bien à propos, la cause du localisme et du « made in France » – le confinement a poussé les Français à retourner aux circuits courts et à redécouvrir les producteurs locaux. Interrogée par France Bleu Loire Océan le 27 avril, elle explique qu’elle votera la loi sur le traçage numérique – discipline de majorité oblige – mais doute de ce « bricolage » informatique, ce qui a le mérite de contenter tout le monde.

À part une pile de rapports (trois le 5 et le 13 juin sur des points du budget 2017 et 2018), elle dépose le 14 juin une proposition de résolution n°2009 pour « une politique ambitieuse d’engagement citoyen », trois questions orales en séance (mesures sociales urgentes à prendre et réponses pour améliorer la crise sanitaire le 18 mai, dons dans le plan de relance le 19 mai) et deux questions écrites.

Le 24 mars, elle pose une question sur le mécénat d’entreprises, après que la loi a obligé à partir du 1er janvier les entreprises à déclarer les dons s’ils dépassent 10 000 euros sur l’année. Le 5 mai, elle pose une question sur les « difficultés rencontrées par les associations pour bénéficier du fonds de solidarité mis en place en raison de la crise sanitaire », notamment pour les « associations non employeuses, mais ayant une activité économique ». Les deux questions recouvrent des problématiques rencontrées dans sa circonscription.

Faut-il réduire le nombre de députés de Nantes plutôt que les circonscriptions rurales ?

Jusqu’alors, c’est le principe d’égalité de population – un député doit représenter un certain nombre de Français – qui a primé dans les redécoupages, ce qui désavantage de fait les ruraux et avantage excessivement les métropoles. Dans le prochain redécoupage, il est question de faire disparaître la 5ème circonscription – divisée entre la 2ème et la 6ème circonscriptions, et la 7ème (La Baule, Guérande, Saint-Gildas des Bois, Pontchâteau, Herbignac) en la divisant entre les 6ème et 8ème circonscriptions.

Dans cette option – de plus en plus incertaine du fait du choc lié à la conjonction du Covid et de la crise économique – la 6ème circonscription, qui s’étend déjà de Montrelais à Saint-Nicolas de Redon et de Soulvache à Notre-Dame des Landes, deviendrait encore plus énorme – et ses habitants encore plus mal représentés.

Du fait de l’activité très limitée des députés nantais, force est de se demander si le contribuable s’en sortirait mieux s’il n’y avait que deux circonscriptions, et autant de députés, à Nantes au lieu de cinq. Exit les très (trop) discrètes Valérie Oppelt, Anne-France Brunet, Aude Amadou ? Ne resteraient que les députés actifs : de Rugy et El Haïry. Le Nantais moyen serait probablement mieux entendu – et défendu – à Paris.

Louis Moulin

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