Nantes. Johanna Rolland (PS) est une femme attractive

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L’aménagement du territoire breton n’est pas à l’ordre du jour. Pourtant l’intérêt général passe par une répartition équilibrée des hommes et des activités de Nantes à Brest…

Il y a des données qui méritent réflexion. Ainsi Nantes métropole (24 communes) totalise 646 500 habitants, alors que le département des Côtes-d’Armor doit se contenter de 598 800 habitants… Autres chiffres éloquents : la ville de Nantes apparaît comme la cité bretonne la plus peuplée avec 309 300 habitants, loin devant Rennes (216 800 habitants) et Brest (140 000 habitants). Ce déséquilibre, on le retrouve à l’intérieur même du département de Loire-Atlantique : 309 300 habitants à Nantes contre 1 300 00 pour l’ensemble du département. Autant dire que la population de la cité des ducs représente le quart de celle du département. Et Nantes métropole la moitié !

Le symbole du Grand T

Dans ces conditions, on a le droit de sourire lorsque Johanna Rolland (PS), maire de Nantes, prône « l’alliance des territoires » (sic). À coup sûr, on peut dire que Nantes et sa métropole écrasent le reste. Au conseil départemental, les élus ruraux tentent de s’opposer à l’hégémonie nantaise – mais sans succès. Un exemple récent : la construction d’une seconde salle de spectacle, d’une capacité de 350 places, au Grand T, équipement culturel départemental basé à Nantes. Coût de l’investissement : 7,5 millions d’euros, ce qui porte la facture totale du réaménagement du Grand T à 22,5 millions. Coup de gueule des élus ruraux de droite : « Au nom de la solidarité territoriale, ces 7,5 millions pourraient soutenir des investissements culturels portés par les communes et intercommunalités du département », juge Catherine Ciron (Châteaubriant) ; « comme Paris n’est pas la France, Nantes n’est pas le département de Loire-Atlantique », lance Stephan Beaugé (Saint-Philbert-de-Grandlieu) ; « Nantes est attractive, c’est vrai, mais n’a pas à avaler le département », assène Rodolphe Amailland (Vertou). La messe est dite et comme les élus urbains et de gauche sont majoritaires, Philippe Grosvalet (PS), président du conseil départemental, obtient un  vote favorable après avoir sorti cette belle formule : « Opposer Nantes au reste du département n’est pas la bonne voie. Nous ne privilégions pas l’un plus que l’autre. » (Ouest-France, Loire-Atlantique, mardi 15 octobre 2019).

Nantes est attractive…

On aura remarqué que la formule-clé a été lâchée : « Nantes est attractive ».  C’est vrai puisque 8 700 habitants supplémentaires s’installent chaque année dans la métropole nantaise (Ouest-France, Nantes, vendredi 21 février 2020). C’est la conséquence de la politique dite de « métropolisation » que décrypte Patrick Bouchain, grand prix 2019 de l’urbanisme. « Les politique d’attractivité sont à l’œuvre depuis trente ans et l’on en voit aujourd’hui les conséquences : envolée des prix, relégation des pauvres vers les périphéries, architecture monumentale et standardisée… Prenons le cas de Nantes, où j’ai beaucoup travaillé et qui est l’une de ces métropoles de province qui attirent les Parisiens. Plusieurs phénomènes se sont entremêlés. La disparition des activités portuaires et industrielles  a laissé de vastes friches. Il fallait en faire quelque chose et ce fut le sens de l’ouverture du Lieu unique, à laquelle j’ai participé avec Jean Blaise. Nous avons amorcé la reconquête de l’eau : l’Erdre, d’abord, puis la Loire et l’estuaire. Au même moment s’est opéré un changement démographique. Une partie de plus en plus large de la population a accédé aux études et à la culture et il a fallu construire des universités de plein droit et des équipements culturels. L’attractivité, il faut s’en souvenir, a d’abord consisté à faire des villes pour la jeunesse. Puis c’est le travail lui-même qui a changé : pour donner de l’emploi à ces populations formées au tertiaire, on a fait venir des entreprises de service. En proie au tout-automobile, le centre-ville a perdu ses commerces au profit des grands centres commerciaux en périphérie. Et on a vu alors arriver une nouvelle population, venue de Paris, aisée, qui, trouvant la capitale trop chère et trop polluée, a décidé de s’installer à Nantes et dans les métropoles parce que la qualité de vie y est meilleure. » Mais le revers de la médaille apparaît dès maintenant car « l’attractivité coûte très chère, sur le plan écologique comme budgétaire. Je crois que nous atteignons les limites de ce modèle de développement. Si l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne s’est pas fait, c’est à cause de la ZAD, mais c’est aussi parce qu’il n’était pas rentable : à Nantes, c’est le TGV qui permet de voyager, bien avant l’avion. Mon pronostic est qu’on va assister à une stagnation des métropoles, et même à un repli. »

Socialistes, mais pas partageux…

Avec une vraie politique d’aménagement du territoire breton, on pourrait redynamiser des villes moyennes comme Saint-Brieuc ou des petites villes comme Chateaubriant qui ont grand besoin d’un nouveau souffle. Mais ne nous faisons pas d’illusions : les « grands maires » – Nathalie Appéré (PS, Rennes) et Johanna Rolland (PS, Nantes) – s’y opposeront. Tout pour leur ville et des miettes pour les autres. Elles sont peut-être « socialistes » mais pas « partageux ».

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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