Honneur à Jean Raspail quittant un monde qui n’est plus gardé

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L’explorateur Jean Raspail s’en est allé vers d’autres cieux, ce 13 juin à l’âge de 94 ans. Sa disparition marque toujours plus l’effacement d’un monde qu’il maintenait vivant par ses écrits et son attitude. Romancier à succès, membre de l’association Les écrivains de marine, collectionneur de prix littéraires, il ne fréquentait pas pour autant le microcosme parisien. L’auteur était cependant un phare dans la tempête et son œuvre une boussole pour de nombreux lecteurs attentifs. Après avoir parcouru le globe, l’aventurier est devenu un chantre des causes perdues, observateur profond d’une époque étouffée par un prétendu progrès.

Monsieur Raspail, c’est la fidélité obstinée à des idéaux de jeunesse. Un romantisme de boy-scout adolescent et la solidité des convictions. L’homme, derrière un visage sévère, moustaches d’une suffisance toute britannique et regard transperçant d’un bleu acier, était un sensible, fait de tripes et de cœur. Catholique et fervent monarchiste, il était très fier d’avoir organisé sur la place de la Concorde, le 21 janvier 1993, une commémoration pour les 200 ans de la mort du roi Louis XVI. L’ensemble de sa production littéraire sera imprégné de cette fibre royaliste (Sire, Le Roi au-delà de la mer) et du souvenir de ses explorations passées (Qui se souvient des hommes…, En canot sur les chemins d’eau du Roi)…

Son œuvre est celle des citadelles mentales, défendues avec ardeur et force, au risque de déplaire. Jean Raspail était un exilé de l’intérieur, ses écrits un refuge dans le désordre contemporain. Un homme de droite, cultivant une certaine esthétique de la tenue, le refus de la compromission et la qualité première de cette race de personnages nobles : une indéniable forme de détachement au monde. Celle-ci lui permit de créer un royaume rêvé – sur des fondements géographiques bien réels – dont il restera à jamais le consul général, la Patagonie. Patrie spirituelle, elle regroupe toutes sortes de personnes envoûtées par « le jeu du Roi », fiers d’être les sujets d’Orélie-Antoine Ier et d’arborer les couleurs bleu, blanche, verte de son drapeau. « La Patagonie, c’est ailleurs, c’est autre chose, c’est un coin d’âme caché, un coin de cœur inexprimé. Ce peut être un rêve, un regret, un pied de nez. Ce peut être un refuge secret, une seconde patrie pour les mauvais jours, un sourire, une insolence. Un jeu aussi. Un refus de conformité. Sous le sceptre brisé de Sa Majesté, il existe mille raisons de prêter hommage, et c’est ainsi qu’il y a plus de Patagons qu’on ne croit, et tant d’autres qui s’ignorent encore », affirmait Jean Raspail. Une invitation au voyage onirique et à l’enracinement des vertus. Une espèce de cité mythique et nostalgique où l’honneur, une communauté d’âme et d’esprit l’emportent sur la médiocrité de l’époque.

Enfin, le style raspaillien, c’est l’esprit chevaleresque et frondeur. Un tempérament de hussard ou de mousquetaire, réfractaire à la lente dégénérescence des vieilles civilisations. C’est la prescience de l’effondrement et de la capitulation au nom des chimères humanistes. C’est la vision prémonitoire d’un Occident envahi par le tiers-monde, trop faible spirituellement pour se défendre. Le récit de la trahison des élites dans l’invasion apocalyptique de l’Europe par des hordes de migrants. Le Camp des Saints, livre qui lui assurera autant de détracteurs zélés que de soutiens honnêtes. « On a connu des évêques-félons, des généraux-félons, des ministres-félons, des intellectuels-félons et des félons tout court. C’est une espèce d’homme dont l’Occident se fait de plus en plus prodigue au fur et à mesure qu’il se rétrécit », écrivait-il. Il s’en va aujourd’hui au moment où les pires de ses intuitions s’accomplissent. Les migrants arrivent en masse. La presse salue unanimement l’invasion avec la bénédiction d’une Église moribonde et des gouvernements. Enfin, l’émotion règne en maître et annihile toute capacité de réflexion. Seuls une poignée résiste avec courage et abnégation. Remercions Jean Raspail et soyons ce dernier carré car « quand on représente une cause (presque) perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter la dernière sortie, faute de quoi l’on meurt de vieillesse triste au fond de la forteresse oubliée que personne n’assiège plus parce que la vie s’en est allée. »

Adrien R

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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