Patrimoine religieux : la quasi-totalité des églises françaises n’a pas de plan de sauvegarde des œuvres d’art

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Le 20 juillet dernier, le Courrier Picard se faisait l’écho de l’expérience de Yannick Martin, habitant de Folleville dans la Somme et président de l’association Folleville, une église, une histoire – après l’incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019, il s’était lancé dans l’élaboration d’un plan de sauvegarde des œuvres (PSO) pour permettre leur sauvetage rapide en cas d’incendie. Un an et demi plus tard, il a été confronté à la bureaucratie et à l’impuissance relative des pompiers – inquiétant pour la sauvegarde des milliers d’œuvres d’art qui se trouvent dans les églises.

Enfeux, tableaux, reliquaires, statues, chemins de croix, vitraux ou encore autels, ornements et autres mobiliers anciens, les églises renferment des milliers d’œuvres d’art qui sont parfois les derniers témoins d’édifices disparus – par exemple la cloche de l’église Saint-Calais de Meslay (1734), bâtie au XVIIIe lors de la translation du village par le châtelain, provient de l’église disparue Saint-Georges de Vendôme et date de 1585 ; elle avait été acquise sous la Révolution par le curé constitutionnel, lors de la vente des éléments de patrimoine des paroisses et communautés devenues biens nationaux à Vendôme.

Souvent classés ou inscrits aux Monuments Historiques, parfois ayant fait l’objet d’inventaires détaillés par les DRAC ou les paroisses, voire les diocèses, nombre de ces œuvres d’art sont difficilement transportables (autels, statues de grande taille, retables, reliquaires fixes…) voire parfois stockés dans des endroits difficilement accessibles en temps normal… Très peu de monuments ont des listes d’œuvres d’art à évacuer, moins de monuments encore ont transmis leurs emplacements aux secours. Ainsi, lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris, c’est le curé de la cathédrale qui a du en indiquer l’emplacement aux pompiers.

Yannick Martin explique comment a-t-il procédé : « j’ai récupéré le classement des œuvres d’art tel qu’il est pratiqué par la DRAC, avec leur importance, puis j’ai indiqué ce qui peut être déplacé et ce qui ne l’est pas. Il faut aussi faire des plans à l’échelle, indiquer les mesures, les issues et mettre des miniatures pour que les pompiers puissent reconnaître ces œuvres d’art ; porter aussi dessus les sources d’électricité, d’énergie, de chaleur ». Les plans d’évacuation tels qu’ils figurent dans les édifices recevant du public (ERP) sont une bonne base de travail.

Ensuite, il s’est trouvé confronté à la bureaucratie : « j’ai pris rendez(vous avec le SDIS qui est venu avec un spécialiste pour regarder ce que je leur donnais, et depuis ça fait un an et demi que ça dure, ce n’est pas encore finalisé…déjà, Folleville est limitrophe de l’Oise, normalement, ce sont des pompiers de l’Oise qui devaient intervenir en premier en cas d’incendie, mais le SDIS 80 a décidé finalement que ce seront des pompiers de la Somme, ça leur a pris six mois ».

Il est aussi important « d’indiquer les parties qui sont voûtées en pierre et celles qui sont en bois ; les pompiers m’ont expliqué qu’ils ne resteront pas là où c’est voûté en bois, ce qui fait que les œuvres d’art situées dans la nef à Folleville sont condamnées en cas d’incendie ; heureusement le chœur est voûté en pierre, et a un accès à part, par la sacristie et une propriété privée voisine ». Quant aux solutions ébauchées par le SDIS, elles se résument à « des tentures ignifugées qu’ils pourraient déployer sur les œuvres, s’ils arrivent à y accéder, afin de retarder leur destruction ».

Yannick Martin déplore qu’il y a « beaucoup d’inertie, et en plus faut tout leur donner clés en mains, les plans, les fichiers, les photos… et même comme ça c’est très long. En face, côté SDIS, il n’y a pas de volonté d’accélérer sur la protection des œuvres d’art dans les églises, et ni l’incendie de Notre-Dame, ni celui de la cathédrale de Nantes ne les ont réveillés. C’est inquiétant…d’autant qu’il n’y a rien d’obligatoire, et qu’à ma connaissance, le seul monument national qui ait un PSO, c’est le château de Chantilly ».

Des plans de sauvegarde pour les cathédrales, rien pour les églises et chapelles de villages

Cependant, les musées ont des plans de sauvegarde des biens culturels, qui définissent la prévention des situations de crise, leur gestion (avec l’évacuation des œuvres, leur protection et dans quel ordre) et le retour à la normale. Côté pompiers, il existe des plans EtaRé (établissement répertorié) qui indiquent accès, réseaux intérieurs et extérieurs, matériaux dangereux éventuels, zones à protéger en priorité etc. Ce genre de plans existe dans les cathédrales et les principaux monuments historiques, par exemple le château d’Angers.

Mais la quasi-totalité des églises dans les villes et les villages, et à fortiori les chapelles – ce qui constitue 99.99% du patrimoine religieux chrétien français – est dépourvue de ce genre de plans. « Il n’y a guère que les plans d’évacuation, obligatoires pour les ERP, qui indiquent les accès, les sorties de secours, l’installation électrique, les extincteurs disponibles », relève un sacristain chargé de l’entretien d’une église du XVIe dans le Val de Loire.

« Mais pour notre église, ce plan indique imparfaitement des annexes et ne prend pas en compte une courbe de niveau, pareil pour une partie de l’installation électrique, bref, ça a été fait à la va-vite. Pour compléter, on a transmis aux services de la mairie le plan des toitures et les accès possibles, mais on ignore s’ils l’ont transmis aux pompiers. De toute façon, avec les bâtiments annexes et les différences de niveau, il faut reprendre tous les plans pour qu’ils correspondent à la réalité.

Mais ce n’est pas la préoccupation des organismes de contrôle, qui nous ont imposé dernièrement de relier tous les rangs de chaises par des lattes – c’est très chronophage et en plus ça nous empêche désormais de remplacer les chaises qui en ont besoin dans les rangs ; en plus, en cas d’incendie, la dernière chose qu’on va évacuer, ce seront les rangs de chaises. Heureusement, la plupart des œuvres sont des fresques ou en pierre, donc on n’a pas à les déplacer ».

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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