Orientation politique de rentrée pour Rébellion et l’OSRE : Nouveau Jalon

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La fracture s’étend. Les nerfs sont nus, exposés anarchiquement à l’air infecté. Répression puis endiguement idéologique des Actes des Gilets Jaunes, confinement forcé, déconfinement accompagné du port des masques qui ne se limite plus aux espaces clos publics mais aux lieux de rassemblement extérieurs, manifestations massives contre les violences policières malgré l’état d’urgence sanitaire maintenu ayant réactivé médiatiquement la racialisation des conflits sociaux du pays…Et à l’heure où cette rentrée de septembre ont eu lieu des manifestations offensives à Beyrouth contre l’appauvrissement généralisé, ravivées par l’explosion spectaculaire du port de la capitale (178 morts, 6000 blessés et 300 000 sinistrés), une tentative de destitution du président de Biélorussie Alexandre Loukachenko et la démission forcée via un coup d’Etat militaire du chef du gouvernement malien Ibrahim Boubacar Keïta.

C’est dans ce contexte bouillant, accompagné de l’annonce d’un nouvel appel à la mobilisation nationale des Gilets Jaunes pour le samedi 12 septembre, que nous faisons ensemble un bilan de nos luttes de terrain pour l’émancipation populaire qui se sont déroulées ces 3 dernières années.

  • Les manifestations des Gilets Jaunes un samedi par mois ont permis de régulariser les Actes et de libérer un maximum de créneau pour les salariés contestataires. Cependant, elle est devenue malgré elle un folklore, notamment dans les espaces urbains (centre-ville) où les piétons consuméristes du samedi après-midi jouissaient des éructations pacifistes de la masse réfractaire à laquelle il opposait un râle au moment du lâcher de gaz lacrymogène mais ne ressentait ni effroi ni compassion. Nous préconisons donc une mobilisation moins ponctuelle mais plus fréquente et prolongée dans l’enchaînement des jours et des nuits de révolte (les pics d’intensité des dernières révoltes pouvaient d’ailleurs se prolonger jusqu’au coucher du soleil et bien au-delà). Il nous faut briser davantage les limites du temps et de la géographie afin de repenser un rythme de contestation, phase préliminaire à l’insurrection puis à la Révolution.
  • Nous devons réfléchir à la question de la révolte spontanée, en apprécier les fulgurances mais aussi les limites (infiltrations de la police, des syndicats et des partis officiels), afin d’évaluer plus en détail la question de la révolte encadrée et « orientée ». Loin de là l’idée de définir une doctrine arrêtée divisée en plusieurs points et émaillée de listes, la ligne synthétique et ouverte de l’OSRE et de sa revue « Rébellion » (qui lui vaut d’être taxée de confusionniste par ses détracteurs) vise à faire front commun face aux dérives insupportables du Grand Capital auprès de toutes les obédiences ayant au moins comprises ce qu’elles ne souhaitent pas : la concession politicienne au sein une démocratie représentative et électoraliste ; l’arrivisme « révolutionnaire » ; le nihilisme qui se niche derrière l’étiquette « progressiste ». L’ « orientation » ainsi posée consiste surtout à comprendre ce qui est majoritairement souhaitable pour tous les insurgés sur le court et le long terme, d’en envisager les mises en place pragmatiques et de se garder le plus possible de toute répétition d’erreurs.
  • L’exercice de la violence : opposer le pacifisme et la martyrologie face à la répression des forces de l’ordre et au cynisme du gouvernement/relais médiatiques a, tout comme le spontanéisme de la révolte, ses fulgurances (dévoiler au peuple ce que le système tolère et ne tolère pas en qualité de contestation) mais aussi ses limites (partir au casse-pipe et en ressortir mutilé dans une dissymétrie du rapport de force physique). Il a beaucoup été débattu au sein d’une frange des Gilets de la pertinence de s’être distancié des Black Blocs, mouvement controversé pour son absence d’identification claire (« tout le monde et n’importe qui peut être BB, notamment un flic inflitré ») mais qui ont été sur le terrain les acteurs des situations les plus intenses du point de vue du renversement potentiel du rapport de force (notamment les premières manifestations parisiennes aux Champs Elysées). C’est d’ailleurs depuis la séparation entre les BB et les GJ que ces derniers ont perdu de leur vigueur et que la solution très réformiste du RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), embryonnairement appliquée à travers les Assemblées Constituantes (n’ayant été que des reproductions rurales d’Assemblées Générales universitaires), se sont imposées jusqu’à l’achèvement coronaviral. En somme, le pacifisme réformiste est une stratégie d’échec et n’a pas permis au mouvement GJ de se renforcer.
  • L’impuissance des dissidences 2.0 : lorsqu’elles ne plaquent pas sur toute révolte populaire qu’elles ne maîtrisent pas une cause extérieure obscure (le conspirationnisme : appliquer de la mécanique paranoïaque à de l’organique authentique), elles capitalisent sur l’anticapitalisme à grand renforts de produits dérivés (tshirts, casquettes, mugs, porte-clés) en s’appropriant les mouvements. Brillant par leur absence sur le terrain des affrontements, ces fausses dissidences continuent à faire ce qui a toujours été leur projet : abuser de la confusion idéologico-politique générale et de la crise des représentations pour nous livrer, prêt-à-consommer, une vision du monde binaire, fictionnelle et malhonnête afin de segmenter leur propre marché, reproduisant ce qu’ils contestent à un système dont ils auraient voulus être les rois. Leur revanche est alors prise à l’échelle de la métapolitique. De ce fait, nous préconisons un éloignement strict de cette pensée incapacitante (car que faire en tant que citoyen en colère si tous les dés sont pipés par avance ?). Il nous faut nous débarrasser de la posture du commentateur journalistique, de cette mentalité du « buzz » et du « clash » ne concernant que les égos blessés de leurs porte-paroles, en articulant rigueur théorique/lectures fondamentales et initiatives de terrain (refus du tout-virtuel et connexion au réel).

Le COVID-19 sonne le glas d’une chute de l’économie mondiale en accéléré, révélant par ailleurs l’idéologisation extrême du domaine sanitaire et l’effondrement des infrastructures médicales. Le confinement qu’il a occasionné a été le laboratoire d’une domestication sociale autoritaire et arbitraire, un renforcement de la paranoïa et du repli sur soi, qui ne pouvait qu’achever l’élan collectif et fraternel d’un mouvement comme celui des GJ. Nous recommandons de ne pas tomber dans le piège de la peur et de la soumission, en se ralliant aux contestations berlinoises ou encore londoniennes sur ces mesures répressives « pour préserver notre santé ».

Le déconfinement avec état d’urgence sanitaire n’empêche pas le déclenchement, depuis les USA, des réseaux antiracistes politiques contre les bavures policières, permettant à la ré-impulsion médiatique du collectif Justice pour Adama (la branche française du mouvement états-unien Black Lives Matter) de renforcer le développement d’une bourgeoisie colorée, les minorités de France (et notamment celles issues des quartiers populaires) étant majoritairement acquises au colonialisme états-unien ultra-libéral et individualiste. A travers une racialisation des conflits provoquant une guerre médiatique entre indigénistes d’extrême gauche et identitaires d’extrême droite, chacun faisant jouer au choix sa victime « racisée » de violence policière blanche ou sa victime blanche de racaille afro-maghrébine-islamique, c’est la lecture de classe radicale qui en prend un coup et le ré-étiquetage idéologique qui reprend du poil de la Bête. Nous appelons à la mise à l’écart de ces groupuscules séparatistes et contre-révolutionnaires qui ne font que démontrer, face à la rigueur sèche du Réel, qu’ils sont victimes des dérives d’une vision intégralement Idéologique du monde, où l’Idée dicte et prédomine l’expérience d’une réalité qui devient anecdotique, complètement phagocytée par ce que l’Idéologie veut que cette réalité soit. Il nous faut refuser ce combat pour le Faux !

Cette fissure ne doit pas être vue comme le symptôme d’une déchéance ou d’une fin pessimiste de Fin de Cycle. Tout ce qui se passe actuellement nous est favorable du point de vue du renforcement des écarts de classe et de l’accélération de tout le processus menant à une Révolution.

La direction du journal Rébellion

http://rebellion-sre.fr/

Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place.

Illustration : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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