Gambetta n’est pas le personnage qu’a voulu en faire Emmanuel Macron

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Tout à son désir d’afficher son amour pour l’immigration, Emmanuel Macron a organisé au Panthéon ce 4 septembre une cérémonie mélangeant la carpe et le lapin : 150e anniversaire de la Troisième République et naturalisation d’immigrés. Histoire d’affirmer que l’immigration, c’est la République, ou vice versa. Dans son enthousiasme dévot, s’adressant à une poignée de nouveaux naturalisés, il a célébré Léon Gambetta, qui « était comme vous un fils d’immigrés, récent [sic] naturalisés, français de sang mêlé ».

Ce « fils d’immigré » qui, en 1870, a proclamé la République avec l’accent du Lot, était natif de Cahors, sur le terroir de sa lignée maternelle. Il était étranger parce que son père était un « étranger de papier » : la France d’alors appliquait un droit du sang. Dans sa propre logique de partisan du droit du sol, Emmanuel Macron devrait considérer Gambetta comme un Français de naissance.

Le grand-père de Léon Gambetta, Jean-Baptiste, arrive en France dès 1810, vingt-huit ans avant la naissance de son illustre petit-fils. Il est originaire de Ligurie. Cette région qui s’étend autour de Gènes est alors française, depuis 1805. Jean-Baptiste y garde une résidence familiale, puisque c’est là que naît son fils Joseph-Nicolas en 1814. À cette date, la Ligurie n’est plus française ; elle jouit d’une indépendance éphémère et sera bientôt intégrée au royaume de Sardaigne. Jean-Baptiste Gambetta choisit la France : il s’installe comme épicier à Cahors en 1816.

Quatre Bretons autour de Gambetta

Une vingtaine d’années plus tard, Joseph-Nicolas Gambetta reprend l’épicerie paternelle avec son frère Michel. Puis il crée son propre établissement, vite prospère, le Bazar génois, toujours à Cahors. Il vient alors d’épouser une Quercynoise, Marie-Madeleine-Orasie Massabie. En 1838, ils ont un fils : Léon-Michel Gambetta. Celui-ci reçoit une éducation entièrement française(1). Sa naturalisation en 1859 est une simple formalité.

Par ailleurs, s’il joue un rôle éminent au Quatre Septembre, en pleine déroute militaire, alors que la révolte populaire gronde, Léon Gambetta n’est que l’un des membres d’un gouvernement de défense nationale très bleu-blanc-rouge. Celui-ci comprend pas moins de quatre Bretons : le général Trochu, qui en est le président, Jules Simon, le général Le Flô et Alexandre Glais-Bizoin. Pour lesquels le président de la République n’a pas eu un mot.

Qui veut faire l’ange fait la bête. En évoquant avec gourmandise le « sang mêlé » de Gambetta, Emmanuel Macron souligne surtout que le personnage qu’il érige en exemple n’est « étranger » qu’à dose homéopathique et n’illustre aucune vertu propre à l’immigration.

(1) Il a néanmoins effectué un voyage en Italie avec son père en 1856 – en récompense du baccalauréat qu’il venait de décrocher. L’éducation de Gambetta a été supervisée en grande partie par sa tante maternelle Jenny Massabie.

E.F.

Illustration : Monument à la République, Paris, bronze de Léopold Morice, photo Roi Boshi via Wikimedia
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2 Commentaires

  1. Désolé mais cet article a peu d’intérêt. Pour nous Bretons c’est d’abord et avant tout la créature qui a planifié le meurtre massif de l’armée de Bretagne à Conlie. Comme Ferry et combien d’autres il participe au roman « nazional »de la France coloniale. Bien des rues devront être débaptisées quand enfin nous serons maîtres de notre destin. « Peu importe la couleur de peau, l’important c’est d’être un bon Français » c’est ce que veut dire Macron et c’est toujours le même refrain « valeurs de leur république, laïcisme, passé colonial décomplexé et que sais-je encore ».

  2. MERCI ..!! Il est bon de remettre les pendules à l’heure …Nous sommes en « OVER-DOSE » … De quoi « péter les plombs » chaque jour.

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