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Drôle d’ambiance à l’ancien zoo de Pont Scorff. Fermé au public depuis son rachat par des associations animalistes radicales (la coalition Rewild), il suscite des inquiétudes et des rumeurs dont le journal parisien Marianne se fait l’écho.
Les 561 animaux de ce parc de 14 hectares seraient mal alimentés et mal soignés, avec des médicaments périmés. Les phoques y nageraient dans une eau verdâtre. Les fosses d’eaux usées déborderaient. Plusieurs pensionnaires auraient réussi à s’évader au nez et à la barbe des militants anti-zoos qui sont censés les garder. Les finances seraient dans le rouge : aucune recette (puisqu’on refuse d’exposer ces animaux au public), mais des dépenses de l’ordre de 3000 euros par jour ! Les pensionnaires de Pont-Scorff ont en effet bon appétit et refusent de se mettre au tofu : « La plupart des sympathisants des droits des animaux qui gravitent dans la mouvance Rewild sont véganes. Ils se retrouvent à nourrir des lions qui avalent plusieurs kilos de bovins par repas, c’est le choc avec le réel », décrypte Cyril Hue, le vétérinaire du zoo de la Flèche, interrogé par Marianne.
La préfecture du Morbihan a mené son enquête et adressé début septembre une mise en demeure à Rewild. Plusieurs manquements aux règles ont été observés : salariés sans diplômes reconnus, organigramme introuvable, registre vétérinaire manquant, pharmacie mal tenue …et 2.5 tonnes de cadavres d’animaux envoyés à l’équarrissage sans respect des formalités. Des photos remises à la préfecture montrerait enfin un groupe d’enfants surpris à l’entrée du parc, comme s’il y avait des visites hors de tout cadre légal.
« J’avais pronostiqué que Rewild se planterait et je suis catastrophé d’avoir eu raison. C’est terrible pour les animaux », conclut Rodolphe Delord, directeur du zoo de Beauval.
Un complot du lobby des zoos ?
Jérôme Pensu, le directeur actuel de Pont-Scorff, ne voit pas les choses ainsi. Il explique ses ennuis passagers par la main occulte des zoos traditionnels : « Ils ont monté un business très rentable, en récupérant des animaux saisis par les forces de l’ordre, avec le soutien de l’administration. C’est une de leurs sources principales d’approvisionnement. Il ne faut pas chercher plus loin la raison de l’hostilité de la préfecture envers Rewild. Nous dérangeons beaucoup de monde ! »
Pour se défendre, il indique que la situation sanitaire du zoo n’était pas si bonne quand il a été repris par Rewild et qu’elle s’est depuis amélioré. Les cadavres envoyés à l’équarrissage ? Une partie était déjà dans les frigos du zoo au moment du changement de direction. Les enfants ? Il s’agit de jeunes autistes venus aider les soigneurs dans le cadre d’une convention. L’enquête de la préfecture ? Les avocats de Rewild vont l’attaquer en justice pour « dénonciation calomnieuse ».
Rewild préfère regarder vers l’avenir. Au printemps 2021, Jérôme Pensu envisage de rouvrir au public avec un restaurant et de l’accrobranche. Mais plus d’animaux visibles, sinon de leurs gardiens labellisés véganes.
Libérer les animaux sauvages de « l’enfer du zoo » : un projet qui tarde à se concrétiser
On est quand même très loin du rêve radical qui animait les sept associations animalistes fondatrices de Rewild (1). En décembre 2019, elles avaient vécu l’achat de Pont-Scorff comme une première étape vers l’abolition des zoos et lui avait donné un retentissement mondial. Rewild qui signifie réensauvager était un manifeste : le but était de remettre les animaux emprisonnés dans leur milieu naturel d’origine.
Un objectif qui avait été d’emblée jugé irréaliste par les professionnels du secteur. D’abord sur le plan financier, car se chiffrant en millions d’euros. Et ce alors que le trésor de guerre initial de Rewild se montait seulement à 600 000 euros, fruit d’une collecte lancée par le journaliste animaliste Hugo Clément et abondée par Marc Simoncini, le fondateur de Meetic. D’autre part parce que les animaux relâchés auraient peu de chance de faire de vieux os dans leur milieu d’origine. Ils ont été imprégnés par leur contact avec l’humanité et protégés et dénaturés, ils sont devenus fragiles voire pour certains « zinzins » en captivité.
Le destin des animaux de zoos est de rester sous garde humaine. Alors pourquoi priver les enfants de leur vue pour de vrai ?
A.T.
- Sea Sheperd, Centre Athénas, Le Biome, Hisa, One Voice, Wildlife Angel, Darwin Ecosystème.
Les citations sont extraites de l’article « Zoo de Pont-Scorff. Du rêve militant au cauchemar animalier », Erwan Seznec, 25 septembre 2020
Illustration : DR
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