« Viens à Bollaert, j’ai fait des moules ». L’Opéra du Peuple, dans la peau d’un supporter du RC Lens [Interview]

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« Viens à Bollaert, j’ai fait des moules ». Si il n’avait pas reconnu cette référence au fanzine Rugir, édité par les Red Tigers, ultras du RC Lens depuis 1994, alors on aurait eu du mal à croire qu’il aimait réellement ce club.  Mais on ne la fait pas à Alexandre Taillez,  29 ans, qui vient de publier un livre intitulé « L’Opéra du peuple », véritable déclaration d’amour à son club de toujours, le RC Lens, et donc voici le 4ème de couverture.

Qui se cache dans la foule d’anonymes arpentant les stades du monde entier ? Pour les non-initiés ou les observateurs non avertis, nous, supporters de football, ne sommes que des rustres allant voir « des millionnaires taper dans un ballon ». Le foot serait notre drogue, « l’opium du peuple ».

À travers plus de quinze ans de déplacements effectués la plupart du temps pour suivre mon club, le RC Lens, mais aussi des voyages en famille ou entre amis, j’ai accumulé des centaines de souvenirs et fait de nombreuses rencontres me permettant aujourd’hui de dévoiler l’envers du décor. Ceux qui ont la réputation d’être « un peu bêtes », considérés comme des brutes incultes, auront désormais une autre image. Sans hypocrisie ni tabou, en vérité, vous comprendrez qu’un stade de football n’est rien de moins que l’opéra du peuple.

Pour évoquer ce livre d’un amoureux du football, de son club, le RC Lens, de retour au plus haut niveau cette saison, et plus globalement, de sport, nous avons interrogé Alexandre Taillez, qui s’est payé le luxe d’être préfacé par l’illustre Guillaume Warmuz (par contre, aux dernières nouvelles, les cheveux de la coupe mulet mythique de Tony Vairelles ne sont pas fournis avec le livre).

Pour commander le livre, c’est ici

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs  ?

Alexandre Taillez : Je m’appelle Alexandre, j’ai 29 ans et je viens de publier mon premier livre. Un boulot plaisant et qui correspond à ce que je rêvais de faire étant gamin mais colossal puisqu’il s’agit d’une auto-édition, ce qui veut dire que je dois accomplir chaque étape, de l’écriture à la promotion en passant par les corrections, les démarchages divers, les financements, les livraisons, etc… Il faut croire que le qualificatif de « déterminé » peut donc bien compléter cette petite présentation !

Breizh-info.com : A quand remonte votre passion pour le football, et pour le RC Lens en particulier ?

Alexandre Taillez : N’étant pas d’une famille fan de ballon rond -mon grand père l’était mais nous a quittés lorsque j’étais encore très jeune-, je m’y suis mis « seul » à l’âge de 9 ou 10 ans.

Le 12 juillet 1998, par exemple, mon père a profité de la finale de la Coupe du Monde pour prendre la route des vacances. On a dû gagner notre destination en un temps record !

L’Euro 2000 est donc la première compétition que j’ai vraiment suivi, avec le dénouement incroyable que l’on connaît. En plus de la finale et du parcours de l’équipe de France, j’ai été marqué par la ferveur hollandaise ou les exploits de Francesco Toldo, le gardien italien.

J’ai ensuite commencé à suivre les résultats du club de la ville dans laquelle je vivais, c’est à dire Beauvais (Oise), qui était en deuxième division à l’époque.

Un ami de mes grands-parents, qui avait été footballeur professionnel dans les années 60, m’a accompagné dans cette nouvelle passion et m’a même offert un abonnement à France Football.
Je n’ai jamais abandonné le club de Beauvais, évoluant actuellement en National 2, mais je suis rapidemment tombé dans le giron Sang et Or suite à la venue du club artésien en Picardie à l’occasion d’un match de Coupe de la Ligue en 2002, qui m’a aidé à prendre conscience qu’une majeure partie de ma famille était issue du bassin minier du Pas-de-Calais.

Breizh-info.com : Un premier souvenir de gamin concernant votre club fétiche ?

Alexandre Taillez : Mon premier match à Bollaert ! C’était un Lens-Lyon, le 28 février 2004. L’OL était alors au top mais le Racing avait fait forte impression, obtenant le point du nul grâce à un coup-franc magnifique de Wagneau Eloi (passé par Guingamp, si je ne dis pas de bêtise !).

Ce qui reste gravé le plus profondément est sans doute l’instant où l’on monte les escaliers du stade et que l’on découvre enfin l’arène de l’intérieur. Immense, colorée, bruyante, majestueuse. Un véritable opéra populaire !
Je me permets d’évoquer un autre souvenir majeur de ma vie de fan de foot : mon échange en tête à tête avec Thierry Roland en décembre 2002 avant le tournage d’un « Téléfoot ». J’avais eu cette chance grâce à mon père, qui bossait de temps en temps pour une autre émission de TF1. Il ne pouvait toutefois rien apporter à Thierry Roland, ce dernier a pris du temps avec moi par pur altruisme. Grand souvenir, grand bonhomme, peu importe ce que peuvent dire les donneurs de leçons de 2020 à son sujet.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre, récit à contre courant d’un football moderne qui laisse finalement peu de place aux rêves et aux passions ?

Alexandre Taillez : Il n’y a pas un événement précis qui m’a poussé à écrire, c’est plutôt le fruit d’un parcours d’une quinzaine d’années.

Dès l’âge de 12 ou 13 ans j’ai commencé à rédiger des articles ou des petites brèves sur le RCL, avant d’enchaîner en participant au fanzine du groupe ultras dont j’étais membre entre 2005 et 2014.

J’ai commencé les premiers chapitres de mon bouquin au printemps 2018, période à laquelle s’achevait ce qui restera sans doute longtemps comme l’une des pires saisons de l’histoire du RCL. Nous avions lutté pour nous maintenir en Ligue 2, sortions d’une élimination piteuse face aux Herbiers en Coupe de France, et, surtout, avions vu s’enchaîner les affaires extra-sportives. Plusieurs joueurs avaient été accusés de violences conjugales, un supporter avait fini devant le tribunal pour une altercation avec quelques unes de nos « vedettes » tandis qu’Abdelah Zoubir, l’un de nos attaquants, avait menacé des fans de « ramener Lille Sud » (un quartier « chaud » !) et de tirer dans le tas à la kalach. Ce pauvre type a quitté Lens peu après à ma plus grande satisfaction.
Ma vision du foot n’est toutefois pas morte, preuve en est, l’ancien gardien du Racing Guillaume Warmuz a accepté d’écrire la préface de mon livre lorsque je lui en ai fait la demande, touché par mon parcours.

Breizh-info.com : Vous n’évoquez pas que Lens d’ailleurs dans votre livre, mais plus globalement, vos aventures sportives, racontez-nous ?

Alexandre Taillez : Effectivement, mon objectif n’est pas de raconter l’histoire récente du RCL, même s’il s’agit du fil conducteur de mon récit, mais de démontrer avec l’aide de mes propres voyages, rencontres et autres expériences ce que la passion du sport peut apporter, à la fois culturellement, socialement et humainement, ce qui explique le titre choisi : « L’Opéra du Peuple, Le stade comme école de vie ».
Lorsqu’on est gamin, le foot permet de situer les villes et les pays, de connaître les hymnes et les drapeaux; ensuite on grandit et on découvre l’histoire des clubs, des stades, mais aussi avec un grand « H ».

J’ai par exemple eu l’occasion de me rendre à Croke Park en 2009 pour assister au match de barrages du mondial 2010 entre l’Irlande et la France. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que ce lieu dépasse largement le cadre du sport puisque c’est là qu’eut lieu le « Bloody Sunday » du 21 novembre 1920.

Si certains de vos lecteurs se laissent tenter par mon livre, ils découvriront aussi certaines de mes pérégrinations bretonnes, puisque j’y ai effectué un certain nombre de déplacements, à Nantes, Rennes, Lorient, Vannes…

Je suis parfaitement conscient que tous les fans de foot ne profitent pas de leur passion pour aller plus loin et s’enrichir mais il y en a beaucoup plus que ce que l’on pense. Je crois que la haine du foot chez certains n’est qu’un mépris de classe déguisé, car il s’agit du sport populaire par excellence, avec ses défauts mais aussi ses qualités.

J’ai pris la liberté de dédier quelques chapitres à d’autres événements sportifs comme l’Eurobasket 2015 ou les 24 heures du Mans. Savez-vous que durant cette course, le dimanche matin, une messe est célébrée au bien nommé virage de la chapelle ?

Breizh-info.com : Quel regard portez vous sur le football moderne ? Et sur le RC Lens actuel ?

Alexandre Taillez : Je suis à la fois passionné et lucide. J’aime ce sport, j’aime l’engouement qu’il suscite, je vibre en assistant à des matchs intenses lorsqu’ils se jouent devant des tribunes pleines et déchaînées (autrement dit, pas ce à quoi nous avons droit depuis six mois) mais je suis révolté par ce qui se passe en coulisses.

Je pense à « la guerre des droits télés », qui aboutissent sur des offres exhorbitantes, mais aussi aux choses plus graves encore, comme la corruption, l’entrisme des pays du Golfe et les affaires de crimes sexuels. J’ai découvert le travail du journaliste Romain Molina, spécialisé dans ces thémathiques, et je vous le recommande !

Concernant le Racing, tout va plutôt bien. Nous étions au plus mal il y a quelques années, passant entre les mains d’une banque, d’un mafieux azéri puis d’un club étranger, sans oublier les événements de la saison 2017/2018 que j’évoquais plus tôt, puis l’homme d’affaires Joseph Oughourlian est arrivé et a remis les pendules à l’heure. Certes, ce n’est pas vraiment le reflet de la région et de son passé, on est loin du mineur ou même du chef d’entreprise du coin, comme l’était Gervais Martel, mais le nouveau « boss » est je le crois vraiment tombé sous le charme du RCL. Sa gestion on ne peut plus solide nous permet de rester serrein malgré la crise écomonique. Ce sérieux se reflète sur le terrain puisque nous sommes remontés en Ligue 1 et nous y faisons bonne figure. Plusieurs joueurs se sont d’ores et déjà révélés et l’un d’entre eux, Facundo Médina, a même été appelé en sélection argentine ! La sélection de Messi…et de Diego, tout de même !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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