Madelin n’a jamais fait venir Giscard à Redon

A LA UNE

Alain Madelin se souvient qu’il a été giscardien. Il doit à Giscard un beau cadeau : la circonscription de Redon. Abandonné par la politique en 2007, Madelin se met à faire du fric avec un fonds d’investissement : ce qui, pour un libéral, constitue une fin en soi.

Alain Madelin s’est cru obligé de fabriquer un petit couplet en mémoire de Valéry Giscard d’Estaing. Effectivement, sa carrière politique a démarré grâce à Giscard. Mais il n’appartint jamais au premier cercle. D’où une petite musique doucereuse : « C’est une tristesse personnelle. J’avais côtoyé et estimé le président Giscard d’Estaing auquel j’étais resté fidèle malgré un certain nombre de différends entre nous. » (Ouest-France, Redon, vendredi 4 décembre 2020).

En effet, fatigué par la baston anti-gauchiste au Quartier latin et ayant compris que l’activisme constituait une impasse pour qui caresse des ambitions, Madelin est entré aux Républicains indépendants. Cette petite boutique composée d’une poignée de notables et d’un groupe de députés (Raymond Marcellin, député de Vannes, par exemple) avait pour président Valéry Giscard d’Estaing. Avec ses copains, (Gérard Longuet et les autres), « Mado » apportait un incontestable savoir-faire et le dynamisme de la jeunesse. Petite main pour la présidentielle de 1974, il est promu directeur de campagne pour celle de 1981 ; on peut donc écrire qu’il a sa part de responsabilité dans la défaite de son patron. Au QG de la rue de Marignan, il cherchait des idées, mais il ne trouva pas la bonne…

Parachuté à Redon

Ayant pris place dans l’écurie giscardienne, il était à la recherche d’une circonscription. La chance l’aide puisque le député RI de Redon décéda. La place était libre. On le parachuta. Un héritage en or puisqu’à l’époque, dans ce secteur, on votait à 80% à droite ; il devint sans effort député en 1978.

Madelin « resté fidèle » à Giscard, il ne faut tout de même pas exagérer. Lorsqu’il comprit que les chances de l’ancien Président de revenir à l’Élysée devenaient minimes, il chercha ailleurs. Pour les élections législatives de 1986, Madelin joue la carte Chirac. Grâce à la victoire de la droite, ce dernier devint Premier ministre. Madelin a droit à sa récompense : ministre de l’Industrie, des PTT et du tourisme. En 1995, il soutient activement Chirac à l’élection présidentielle, alors que la quasi-totalité de ses « camarades » de l’UDF (les giscardiens) roulent pour Édouard Balladur. Chirac élu, la récompense est cette fois plus modeste : ministre du Commerce et de l’Artisanat. Activité qui dure peu car il se fait virer rapidement par le Premier ministre, un certain Alain Juppé, qui ne l’encadre pas.

Une brève carrière ministérielle

Sa carrière ministérielle fut donc courte. Sa carrière parlementaire inexistante.  En tant que député de Redon, il ne brilla pas de mille feux ; rarement présent, peu intéressé par ses électeurs, difficilement abordable, il ne voyait dans cette circonscription rurale qu’une terre lui permettant de se faire élire député sans avoir à labourer le terrain – à défaut de pouvoir défricher une circonscription à Paris, ce qu’il tenta sans succès. Mais ce petit jeu présente de grands inconvénients : son score s’effrite d’élection en élection. À tel point qu’au second tour de juin 2002, il ne devance la candidate socialiste que de 725 voix. Cinq ans plua tard, les sondages aidant, il comprend qu’il n’existe qu’une solution pour éviter l’humiliation de la défaite : ne pas se représenter.

Ardent libéral, Madelin se félicite des « nombreuses mesures que l’on appellerait aujourd’hui sociétales [qui] ont été prises » par Giscard. Il cite évidemment « le droit de vote pour les jeunes » (Ouest-France, Redon, vendredi 4 décembre 2020). À coup sûr, une erreur politique puisqu’à l’époque, « les jeunes » se positionnaient majoritairement à gauche ; ils ont donc contribué à la défaite de Giscard en 1981. Évidemment, l’ancien député de Redon se garde bien de rappeler le chef-d’œuvre du septennat de Giscard : le décret autorisant le regroupement familial (Décret n° 76 – 383 du 29 avril 1976 relatif aux conditions d’entrée et de séjour des membres des familles des étrangers autorisés à résider en France) qui donne le signal de l’immigration de masse. Plus tard, Giscard se défendra en expliquant que ce décret était signé par le Premier ministre, un certain Jacques Chirac. Mais en tant que président de la République, il était en mesure de s’y opposer. Question de volonté politique.

Dans un genre plus croustillant, Madelin aurait pu noter le fort penchant de VGE pour les vedettes de cinéma (on a beaucoup parlé de Marlène Jobert). On raconte aussi que les actrices italiennes ne lui étaient pas étrangères… À sa manière, Giscard a donc participé d’une manière concrète à la construction européenne.

Bernard Morvan

Crédit photo : ivis Freidenfelds, Valsts kanceleja/Wikimedia (cc)
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2 Commentaires

  1. Cet article laisse pantois de partisanerie anti Madelin !! Il faut dire qu’au départ, il fut brillant, il fût novateur qu’on le veuille ou non, dans un secteur qui était d’une ruralité « enfermée » et il a permis à bien des citoyens de croire en une variante de leur existant, en meilleur. Le problème c’est que l’égo dans son tourbillon, lui a fait oublier sa base, celle qui avait travaillé pour l’élire,( finalement rien de plus probant que ceux du jour que personne ne tâcle ici aussi magistralement). Dans un panier de badernes à faire peur, il a représenté pour beaucoup d’entre nous à ce moment, un espoir différent ….Pour avoir retrouvé longtemps après son élection à Redon, le politique que je connaissais, ma déception fut grande, tant dans ses envolées que pour son manque de conscience des réalités de la France, et de la situation sociale de bien des citoyens, qu’en tant qu’homme de droite, qu’il paraissait, il aurait dû dénoncer mais on pourrait faire ici l’apologie de tous les manques et turpitudes des hommes politiques en place dans notre région, de quoi en faire un mauvais western ….Je garde le bon souvenir d’un candidat jeune, empreint de rêves et de force de combat, qui après, pour des raisons que j’ignore, y compris de santé peut être, nous apporta un peu de vent frais dans le nid de frelons socialistes …comme homme il ne mérite pas d’être descendu, comme politique c’est une autre histoire mais si nous devons faire les comptes, faisons les pour tous ! Ni pire ni meilleur que les autres !

  2. J’ai un souvenir familial concernant Madelin. Mon père dirigeait, en tant que salarié, une grosse entreprise d’agroalimentaire bretonne. A un congrès, il rencontre Madelin, qui devait être ministre à l’époque. Après les premières amabilités, Madelin lui demande : « Vous possédez l’entreprise ? ». Mon père répond qu’il est juste le patron salarié. Et Madelin a aussitôt tourné le dos et est parti, sans un mot, parler à des gens plus intéressants. Voilà, cela me suffit pour cataloguer le bonhomme.

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