« Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies ». Le 16 avril 1935 naissait Dominique Venner

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Le 16 avril 1935 naissait Dominique Venner. Ecrivain et historien, il a publié une cinquantaine d’ouvrages et dirigé comme éditeur plusieurs collections historiques et littéraires. Il est le directeur de La Nouvelle Revue d’Histoire qu’il a fondée en 2002. Sa vie a orienté sa vocation.

Parmi tous les ouvrages de Dominique Venner, il en est trois qui constituent des jalons successifs permettant de comprendre son itinéraire, Le Cœur rebelle, le Dictionnaire amoureux de la Chasse et Le Siècle de 1914, auxquels il faut ajouter Histoire et tradition des Européens qui est à part.

Dominique Venner est né à Paris le 16 avril 1935 ; il a cinq enfants. Comme l’ont fait avant lui Jacques Bainville ou Benoist-Méchin, il est venu à l’étude de l’histoire par l’observation critique du présent. Après ses études secondaires et avant de s’intéresser à l’histoire de l’art et des armes, il s’est engagé dans l’armée le jour de ses dix-huit ans (école militaire de Rouffach). Volontaire ensuite pour l’Algérie, il participe jusqu’en octobre 1956, selon ses mots, à cette « petite guerre médiévale » qui compta beaucoup dans sa formation, l’entraînant pour une dizaine d’années dans des engagements politiques intenses et la création de la revue Europe Action. Evoquant cette période, il dira : « Sans le militantisme radical de ma jeunesse, sans les espérances, les déceptions, les complots ratés, la prison, les échecs, sans cette expérience excitante et cruelle, jamais je ne serais devenu l’historien méditatif que je suis. C’est l’immersion totale dans l’action, avec ses aspects les plus sordides et les plus nobles, qui m’a forgé et m’a fait comprendre et penser l’histoire de l’intérieur, à la façon d’un initié et non comme un érudit obsédé par les insignifiances ou comme un spectateur dupe des apparences. » Dominique Venner a évoqué ces années de formation dans Le Cœur rebelle (Belles Lettres, 1994), ouvrage de méditation sur ses engagements, et premier jalon dans son parcours.

Vers 1970, il a rompu définitivement avec les engagements politiques qui, dira-t-il, ne correspondaient pas à sa vocation. Il quitte même Paris afin de se ressourcer au plus près des forêts, vivant désormais de sa plume. Année après année, il publie un grand nombre de livres et collabore à la presse, étudiant durant cette première période l’histoire peu explorée des armes et de la chasse. Cette époque de son existence sera refermée un jour par le jalon du Dictionnaire amoureux de la Chasse, publié chez Plon en 2000, et salué notamment par Michel Déon (…)

Parallèlement à ses travaux sur l’histoire contemporaine, Dominique Venner publia en 2002 Histoire et tradition des Européens. 30 000 ans d’identité (Le Rocher, nouvelle édition 2004), ouvrage de fond qui interroge les sources et la destinée de la civilisation européenne en partant d’Homère.

Après avoir dirigé la revue Enquête sur l’histoire (1991-1999), il a fondé en 2002, avec le soutien de François-Georges Dreyfus, Bernard Lugan et d’autres historiens, La Nouvelle Revue d’Histoire (NRH) qui s’est révélée en effet novatrice sur le fond et la forme. « Nous voulions fonder une revue qui en finisse avec les interprétations partiales et partielles de l’histoire, qui dessine une autre vision du passé et de l’avenir, qui aspire à une renaissance européenne. Nous voulions que cette revue soit moderne et esthétique. Notre charte implicite incluait le respect de la diversité philosophique des collaborateurs, mais un même attachement à l’honnêteté historique sans préjugés, le souci enfin de nous exprimer de façon vivante, élégante et claire pour le plaisir de nos lecteurs. »

Répondant à la question d’un lecteur sur sa vision optimiste de l’avenir, Dominique Venner a offert cette réponse : « Mon “optimisme”, comme vous dites, n’est pas béat. Je n’appartiens pas à une paroisse où l’on croit que tout finit par s’arranger. Je vois parfaitement tout ce qui est noir dans notre époque. Je pressens, cependant, que les puissances qui pèsent négativement sur le sort des Européens seront sapées par les chocs historiques à venir. Pour parvenir à un authentique réveil, il faudra encore que les Européens puissent reconquérir leur conscience indigène et la longue mémoire dont ils ont été dépossédés. Les épreuves qui viennent nous y aideront en nous affranchissant de ce qui nous a pollué en profondeur. C’est la tâche téméraire à laquelle je me suis voué. Elle a peu de précédents et n’est en rien politique. Au-delà de ma personne mortelle, j’ai la certitude que les brandons allumés ne s’éteindront pas. Je m’en rapporte pour cela à nos poèmes fondateurs. Ils sont le dépôt de toutes nos valeurs. Mais ils constituent une pensée en partie perdue. Nous avons donc entrepris de la réinventer et de la projeter sur le futur comme un mythe créateur (2). »

Commentant son livre Le Choc de l’Histoire (Via Romana 2011), interprété comme une sorte de testament intellectuel et une synthèse de ses travaux (1), le magazine Le Spectacle du monde écrit : « Dominique Venner édifie patiemment, pierre par pierre, une œuvre des plus originales consacrée, pour une bonne part, au XXe siècle européen envisagé dans la longue durée, mis en rapport avec le plus lointain passé du Vieux Continent, sa plus longue mémoire, sa tradition profonde, dégageant au fil des titres une réflexion sur le destin de l’Europe et des Européens. »

Le 21 mai 2013, Dominique Venner se donnait la mort en la cathédrale Notre Dame de Paris «dans une intention de protestation et de fondation (…), afin de réveiller les consciences assoupies». Un mois plus tard, paraissait aux Editions Pierre-Guillaume de Roux son ouvrage posthume et testamentaire, Un Samouraï d’Occident.

En ce 16 avril, date de son anniversaire, nous vous proposons de redécouvrir sa dernière lettre, expliquant son geste :

Les raisons d’une mort volontaire :

« Je suis sain de corps et d’esprit, et suis comblé d’amour par ma femme et mes enfants. J’aime la vie et n’attend rien au-delà, sinon la perpétuation de ma race et de mon esprit. Pourtant, au soir de cette vie, devant des périls immenses pour ma patrie française et européenne, je me sens le devoir d’agir tant que j’en ai encore la force.

Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable. J’offre ce qui me reste de vie dans une intention de protestation et de fondation. Je choisis un lieu hautement symbolique, la cathédrale Notre Dame de Paris que je respecte et admire, elle qui fut édifiée par le génie de mes aïeux sur des lieux de cultes plus anciens, rappelant nos origines immémoriales.

Alors que tant d’hommes se font les esclaves de leur vie, mon geste incarne une éthique de la volonté. Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m’insurge contre la fatalité.

Je m’insurge contre les poisons de l’âme et contre les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire. Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations.

Le discours dominant ne pouvant sortir de ses ambiguïtés toxiques, il appartient aux Européens d’en tirer les conséquences. À défaut de posséder une religion identitaire à laquelle nous amarrer, nous avons en partage depuis Homère une mémoire propre, dépôt de toutes les valeurs sur lesquelles refonder notre future renaissance en rupture avec la métaphysique de l’illimité, source néfaste de toutes les dérives modernes.

Je demande pardon par avance à tous ceux que ma mort fera souffrir, et d’abord à ma femme, à mes enfants et petits-enfants, ainsi qu’à mes amis et fidèles. Mais, une fois estompé le choc de la douleur, je ne doute pas que les uns et les autres comprendront le sens de mon geste et transcenderont leur peine en fierté. Je souhaite que ceux-là se concertent pour durer. Ils trouveront dans mes écrits récents la préfiguration et l’explication de mon geste. »

Dominique Venner

Crédit photo : DR
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2 Commentaires

  1. Comment peut on un seul instant imaginer que se suicider puisse contribuer à résoudre les dérives politiques dont la France est victime? Bon débarras ont dû penser ceux qui nous gouvernent et plus généralement tous les ennemis de la France authentique. Que serait devenue la France si le Général de Gaulle s’était suicidé pour éveiller les esprits à la suite de l’invasion allemande ?

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