Il y a Zemmour et Naulleau, mais aussi « Zemmour et Bolloré »

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Passer d’une chaîne d’information (Cnews) à une station généraliste (Europe 1), voilà l’une des tâches auxquelles Vincent Bolloré s’attaque actuellement. Un changement de propriétaire qui pourrait faire le bonheur d’Éric Zemmour.

Selon Anne Méaux, la communicante de Lagardère, « à terme, tout est à la main de Bolloré ». En clair, il aura toute latitude pour atteindre – selon un calendrier choisi par lui – les objectifs qui l’ont fait venir chez Lagardère : faire racheter par Vivendi, qu’il dirige, la radio Europe 1 et l’éditeur Hachette (Le Canard enchaîné, 28 avril 2021) Effectivement, Vincent Bolloré possède 26,7% du capital, le fonds Amber Capital 19,9% et Qatar Holding 13% ; ce qui donne 60% pour les trois alliés, c’est-à-dire la majorité dans une société anonyme ordinaire. C’est le plus gros actionnaire qui fait la loi !

C’est clair, si Bolloré parvient à démanteler le groupe, il tentera de faire acheter Europe 1, Paris-Match et Le Journal du dimanche par Vivendi. Mais s’il doit composer avec Bernard Arnault (7,7% du capital), il se contentera d’Europe 1 ; car « il souhaite toujours rapprocher la radio de la chaîne d’information Cnews de Vivendi, pour en faire une des premières nerwsroom du PAF » (Le Télégramme, mardi 27 avril 2021). « Vincent Bolloré bâtit un groupe multimedia de droite, analyse un patron de l’audiovisuel. Il est le seul à avoir le courage de faire ça en France. C’est la conclusion de sa vie professionnelle et ça va marcher » (L’Obs, 25 février 2021)/ Évidemment, la perspective de voir Europe 1 devenir un média d’opposition à l’approche de l’élection présidentielle inquiète l’Élysée ; on a bien essayé de lui barrer la route grâce à Bernard Arnault, mais ça n’a pas marché.

Le précédent de Cnews

Car il y a le précédent de Cnews. « La part d’audience de 0,8%, début 2020 atteint aujourd’hui 1,9%. Les mêmes recettes, appliquées à Europe 1, démultiplieraient la puissance de l’ensemble. Dans quel but ? » (L’Obs, 25 février 2021). Un milliardaire a quelquefois envie de se faire plaisir. Il peut également souhaiter défendre des idées auxquelles il tient : Vincent Bolloré appartient à la famille de la droite conservatrice et catholique (il est propriétaire du journal La France catholique). Jouer un rôle dans les prochaines échéances électorales devient inévitable dès lors qu’on possède des médias importants – et les politiciens de tous bord viendront lui manger dans la main !

Comment expliquer le succès de Cnews ? «  Le coup magistral qui dope toute la grille, c’est bien sûr le retour au bercail d’Éric Zemmour à l’automne 2019, cinq ans après son éviction qui avait tant ulcéré Bolloré » (L’Obs, 25 février 2021). On imagine le chambardement que provoquerait l’arrivée du journaliste dans la station de la rue François 1er. En devenant éditorialiste de la matinale (7/9), non seulement Zemmour ferait trembler l’Élysée et Matignon, mais encore il donnerait une colonne vertébrale à la chaîne – rappelons qu’il fut, pendant longtemps l’éditorialiste de RTL jusqu’à ce qu’on le vire pour des « propos délictueux » ; il connaît donc le métier. Donner une image forte et dynamique à Europe 1, ce serait à coup sûr une bonne opération commerciale pour Bolloré : il posséderait la station préférée de la « France de droite ».

Car rien ne va dans la radio de Lagardère en ce moment ; l’audience cumulée de janvier à mars 2021 s’établissait seulement à 5%, loin derrière France Inter (12,3%) RTL (10,5%), France Info (8,9%), France Bleu (6%), RMC (5,8%)… (Le Figaro Économie, vendredi 16 avril 2021). Si bien que la direction a engagé un « projet de rupture conventionnelle collective » qui concernerait 40 emplois, dont 20 à la rédaction. Justifiant son plan par un net recul de son chiffre d’affaires, passé de 67 millions d’euros en 2015 à 29 millions d’euros en 2020, et par une chute d’audience de 40% en cinq ans, elle a déclaré vouloir « aller vite » (Le Canard enchaîné, 21 avril 2021). Donc la maison a un besoin urgent de vitamines ! Le bon exemple demeure France Inter qui fait la course en tête toutes radios confondues. Avec une tonalité « progressiste », cette station a fidélisé deux clientèles stratégiques, d’abord la classe pensante, dirigeante et possédante, ensuite les « nouvelles classes moyennes urbaines » chères à Jean-Claude Michéa ; les classes populaires n’écoutent pas France Inter. Cette couleur libérale de gauche se retrouve à la fois dans le traitement de l’information et dans les émissions culturelles (Augustin Trapenard, par exemple). Avec un tropisme marqué pour la politique et la culture américaine ; à tel point qu’à certains moments, on a l’impression d’écouter (USA Inter » et non plus France Inter ; mais cela correspond au goût des élites.

À coup sûr, il y a certainement une place « à droite » à prendre parmi les chaînes de radio. Avec une ligne claire, ainsi que des journalistes et des animateurs ayant du tonus et la volonté d’affronter France Inter. C’est peut-être le projet de Vincent Bolloré. Reste à connaître la réaction des annonceurs et des professionnels de la publicité… Le matin, le duel des éditorialistes serait intéressant à suivre : Thomas Legrand (France Inter) contre Éric Zemmour (Europe 1).

Zemmour, candidat à l’Élysée ?

Mais une question se pose : « Éric Zemmour envisage-t-il réellement d’être candidat à la présidentielle de 2022 ? L’essayiste et chroniqueur de Cnews laisse planer le doute ».  Ce qui est certain, c’est qu’il « donne de nombreux rendez-vous » (L’Obs, 18 février 2021). «  Pour tâter le terrain, Zemmour peut compter sur l’appui de puissants soutiens financiers, qui l’aliment en sondages « qualitatifs » censés permettre de prendre le pouls de l’opinion. L’Ifop a ainsi réalisé récemment pour lui des consultations auprès de plusieurs groupes d’une dizaine de personnes, originaires de Paris et de province, qui donnent leur sentiment vis-à-vis de sa candidature et leur avis sur sa personnalité, ses qualités, ses défauts » (Valeurs actuelles, 18 février 2021). Au final, ce sont les sondages portant sur les intentions de vote qui décideront. Mais s’engager dans une pareille aventure signifierait abandonner des positions solides : l’émission quotidienne « Face à l’info » (Cnews), l’émission hebdomadaire « Zemmour et Naulleau » (Paris Première), sa chronique dans le Figaro magazine et sa critique de livres dans Le Figaro. Et peut-être le plus gros morceau : éditorialiste à Europe 1 dès que Vincent Bolloré aura mis la main sur la station. Ce qui mérite réflexion.

Vu sous l’angle breton, l’arrivée de Bolloré à Europe 1 peut être considérée sous un jour favorable – la Bretagne y disposera inéluctablement de « facilités » – le prix littéraire Bretagne en mieux. Rappelons que, lorsque TF 1 avait pour PDG Patrick Le Lay, la Bretagne y bénéficiait d’un traitement privilégié.

Bernard Morvan

Crédit photo : Breizh-info.com
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