Nantes. Armé d’un couteau et un cutter, un Philippin s’introduit dans le commissariat et frappe un policier

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Beaucoup plus inquiétant que les agressions récurrentes contre les forces de l’ordre en ville ou dans les quartiers dits « sensibles », ce 22 mai vers 22h45 un homme armé d’un couteau s’est introduit dans la cour arrière de l’hôtel de police Waldeck alors qu’une voiture de patrouille en sortait. Il avait secoué peu avant des grilles de chantier aux abords de l’hôtel de police.

Assis sur un cône de chantier, il a été repéré par les agents de la BAC qui ont essayé de le palper. Il s’est répandu en injures contre la police, puis a porté un coup de poing dans la figure d’un major. Maîtrisé par plusieurs policiers, il a été fouillé et retrouvé porteur d’un couteau de cuisine dans son dos et un cutter dans sa poche.

Il était par ailleurs sous l’emprise de cannabis et affirmait avoir des raisons personnelles – notamment des difficultés professionnelles – pour en vouloir à la police. Il a aussi affirmé entendre des voix – comme Jeanne d’Arc ? A-t-il confondu les policiers avec les angloys ?

Néanmoins, « depuis la cour, il n’aurait pas pu aller bien loin », rassure un policier, « puisque toutes les portes s’ouvrent avec un badge. Mais s’il avait attaqué avec son couteau un collègue par surprise, il aurait pu faire des dégâts ».

Ce ressortissant philippin titulaire d’une carte de résident jusqu’en 2023, actuellement employé chez un maraîcher et hébergé dans un foyer de jeunes travailleurs à Rezé, est inconnu de la justice. Il a été hospitalisé d’office en psychiatrie, « aucun signe de radicalisation » n’ayant été détecté. Circulez, il n’y a rien à voir.

Les Philippines : un pays chrétien où l’État Islamique a tenté d’établir un califat

Si les Philippines sont un grand pays catholique d’Asie du sud-est, il existe cependant une rébellion musulmane à Mindanao et dans certaines iles du sud-ouest ; une rébellion fomentée depuis 1970 par  le Front Moro islamique de Libération et d’autres groupes – 40.000 combattants en tout avait fait 150.000 morts en trente ans. Deux groupes au moins, Abou Sayyaf et le groupe Maute, ont fait allégeance à l’Etat Islamique (EI) en 2014, prenant la plus grande ville musulmane de Mindanao, Marawi, en 2017, pour en faire la capitale de leur califat.

Néanmoins le pouvoir philippin a fini par s’allier en 2017 au front Moro contre les rebelles alliés à l’Etat Islamique, ce qui a notamment permis de reprendre Marawi au califat philippin de l’EI, après six mois de bataille, de mai à octobre 2017, une ville complètement bombardée, 1200 morts dont 900 djihadistes, 300.000 déplacés et un tiers de la ville rendu inhabitable et qui l’est toujours deux ans après – l’EI recrutait à nouveau des combattants parmi les déplacés qui ont tout perdu et qui sont desespérés par la lenteur de la reconstruction et du déminage de la ville.

Les accords prévoient la transformation à partir de 2019 du front Moro en parti politique, l’amnistie de ses anciens combattants qui déposent les armes et une région autonome musulmane à Mindanao. Cette dernière (Bangsamoro) est mise en place en 2019 après un référendum les 21 janvier et 6 février 2019 et regroupe 4.2 millions d’habitants ; elle dispose d’un gouvernement autonome et d’un drapeau avec le croissant, l’étoile et une épée.

Quant à l’État Islamique aux Philippines, sa présence est minimisée par les autorités qui affirment que les combats de 2017 l’ont réduit à néant. Il n’en est rien. Fin 2019 l’EI comptait à Mindanao plus d’un millier de combattants locaux en cellules dormantes, mais aussi un petit afflux de combattants étrangers et réalisait trois attentats suicide. En avril 2020 l’armée philippine se battait contre des groupes de combattants de l’EI dans la province – très défavorisée – de Jolo sur l’île de Mindanao, où ces derniers attaquaient régulièrement des convois médicaux et de vivres à destination des villages. Le 8 mai 2021 une centaine de combattants de l’EI ont pris le centre-ville de Datu Paglas, au sud de l’ile de Mindanao, principalement le marché, pour le piller et compléter leurs réserves de vivres.

En juillet 2020 le média russe Riafan s’intéressait à l’activité des groupes djihadistes philippins affiliés à l’EI et notamment à Abu Sayyaf : « leur source principale de finances sont les enlèvements contre rançons. Ceux qui ont fait le plus de bruit sont les enlèvements et exécutions d’étrangers, notamment de missionnaires occidentaux et de touristes […]  le groupe rackette aussi les commerçants. Il est aussi lié à la culture de cannabis sur l’archipel Sulu, la contrebande d’armes […] en lien avec une triade chinoise […] la contrefaçon, le trafic de drogue et la piraterie […] contre des embarcations de pêche ou des petits navires de transport locaux […] nombre de membres sont issus de familles de pêcheurs des iles Sulu, Tavi-Tavi et Basilan ».

Néanmoins « en janvier 2017 peu avant les combats à Marawi le commandement central de l’EI en Syrie avait envoyé 2 millions de dollars aux groupes affiliés aux Philippines, ce qui leur avait permis d’attirer des combattants en leur promettant 300-400 dollars par mois et des armes ; les revenus qu’ils touchent de leur trafics servent à acquérir des armes, des munitions, des explosifs et des bateaux à moteur rapides ».

Les policiers nantais pourront remercier la mondialisation et les sources de recrutement très lointaines de certains maraîchers. La main d’oeuvre locale – notamment tous ces étudiants plus ou moins en rupture d’étude après plus d’un an de Covid – ne manque pourtant pas.

Louis Moulin

Crédit photo :Wikimedia (cc)
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