Nico Prat – Benjamin Durand : « La victoire d’Oasis se situe dans un soft power mainstream par delà les classes sociales et les petites chapelles habituelles des spécialistes du rock » [Interview]

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Les éditions Playlist society viennent de sortir un bouquin que tous les amateurs de rock doivent posséder. Avec Oasis ou la revanche des ploucs, signé Benjamin Durand et Nico Prat, on plonge dans la naissance de la Britpop anglaise, et de ce groupe, Oasis, qui a déferlé sur le Royaume-Uni à grand coups de chansons cultes, pour le bonheur de plusieurs générations.

Le livre se penche sur les origines du groupe des frères Gallagher, et sur ses racines ancrées dans l’histoire de l’Angleterre de l’époque. Oasis, c’est finalement le cri d’une classe ouvrière, des prolos du nord de l’Angleterre, de Manchester en particulier, prolos qui veulent s’inviter à la table des grands et qui veulent être considérés (avec toutes les frasques qui vont avec).

C’est cette petite période de l’histoire du Royaume-Uni que raconte ce livre, à travers le parcours d’un groupe, Oasis, qui, aujourd’hui encore, en quelques accords sortis du fin fond d’un pub, peut faire littéralement sauter les plombs à des consommateurs ardents de pintes, tout en faisant chavirer les demoiselles pour transformer ce qui devait être une soirée banale en aventure mémorable !

Pour évoquer ce bouquin, nous avons interviewé Benjamin Durand et Nicolas Prat.

Les deux auteurs. Crédit photo : Eglantine Aubry

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Benjamin Durand. 40 ans, manipulateur d’archives pour les JT de la télévision. Journaliste mercenaire, pousseur de disques dans les bars homologués et survivant d’études universitaires en histoire.

Nico Prat, journaliste dans le domaine culturel, un peu à la radio, souvent dans la presse.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené, à chacun, à rencontrer et à aimer Oasis (si vous n’aimiez pas ce groupe, vous n’auriez pas écrit dessus :) ) ?

BD: J’étais une sorte d’adolescent assez solitaire qui avait du mal à partager mes passions avec mes camarades. À 13-14 ans j’étais obsédé par les Beatles, Pink Floyd et Bruce Springsteen. Et je ne me reconnaissais dans pas grand chose de la musique populaire. J’étais trop jeune pour le grunge, je ne connaissais pas encore « la complaisance dans la dépression ». J’ai entendu « Whatever » dans le bus au milieu de l’Euro Dance, de Mike and the Mechanics et Bryan Adams et là sentiment d’élévation de reconnaissance. Et puis vite en s’intéressant au background des deux frères dans un groupe, des obsessions pour la musique. Je m’étais trouvé une famille de cœur qui parlait à ma génération.

NP : J’étais en séjour linguistique à Dublin, et je traînais pas mal avec un groupe de français et de française. J’avais quatorze ans je crois, on était en 1999, et je n’écoutais que les disques de mon père. Toto, Simply Red, ce genre de choses. Puis, l’une des filles du groupe a mis un disque. J’ai juste entendu un seul mot, “maybe”, et j’ai été séduit par la voix, la rage qui émanait de ce timbre. On a du couper le son immédiatement, mais j’ai eu le temps de demander quel était le groupe. C’était Oasis, et les premières notes de Live Forever.

Breizh-info.com : Comment se porte la scène musicale anglaise à l’arrivée des frères Gallagher ? Comment est-elle divisée, musicalement et géographiquement ? Qu’est-ce que qui différencie la Britpop du mouvement Grunge, et en quoi Oasis est-il l’incarnation, le fer de lance de la première ?

BD: En 1994, la scène musicale anglaise est en effervescence. La première vague electro et rave parties s’essouffle et les groupes à guitares reviennent à la mode. Beaucoup d’anciens labels indépendants soit disparaissent (Rough Trade) soit sont absorbés par des majors (Food par EMI, Creation par Sony) et des gros labels signent des artistes très marqués indépendants (Pulp et PJ Harvey chez Island).

NP : Le mouvement grunge a caché la forêt de cette scène a cause de son matraquage marketing notamment sur MTV et le charisme démentiel de Kurt Cobain. Mais Oasis apparaît juste après le suicide de Cobain et un charisme démentiel en remplace un autre, imposant aussi une humeur sensiblement différente. Kurt Cobain chantait “I Hate Myself and I want to die”. Oasis chantait Live Forever.

Breizh-info.com : On parle des frères Gallagher, mais leur parcours, y compris musical, est teinté d’une grande différence entre les deux hommes. Lesquelles  (sans nous raconter tout votre livre) ?

BD: Il y a une différence d’âge, déjà. Noel est un compositeur pur, Liam est un chanteur et une image. Mais surtout, Noel Gallagher, avant Oasis, a connu le travail sur des chantiers, des boulots de merde, la galère. Liam, lui, n’a eu qu’un seul métier dans sa vie : rock star. Deux visions très différentes de la vie en somme.

Breizh-info.com : Vous écrivez qu’Oasis est, d’une certain façon, l’incarnation musicale de la lutte des classes au Royaume-Uni, pourquoi ? Leur parcours, qui a fini certes par de l’argent et de la gloire, mais tout de même aussi par une rupture dingue et par des cures de désintoxication multiples, est-il vraiment un exemple pour les jeunes de la classe ouvrière anglaise dans les années 90 début 2000 ?

BD : C’est un exemple dans le sens où la société britannique intrinsèquement n’a pas envie de libérer les gens de leurs carcans. L’univers social des frères Gallagher c’est les boulots peu valorisants et les crédits interminables à rembourser. On ne parle donc pas souvent de se payer des études qui valent très cher.

NP : C’est une société où il y a encore beaucoup de barrières, beaucoup de préjugés, beaucoup d’ignorance qui pousse au repli sur soi. Seuls échappatoires : le football et la musique qui sert souvent de manuel de vie.

Breizh-info.com : Au final, plus que de lutte des classes, ne s’agit-il pas aussi, pour Oasis, d’une forme de revanche culturelle du nord de l’Angleterre sur le Sud et la proximité avec Londres ? Deux doigts levés vers le sud en leur disant avec un accent à couper au couteau , « In Manchester, we do play music ! »

BD : Oui mais sur le plan national, le message était déjà passé avec les assauts successifs de New Order, The Smiths , Happy Mondays, Stone Roses. Londres était fatiguée de l’arrogance et de la domination de Manchester. Mais Oasis a enfoncé le clou et rendu cool la culture du Nord, même au sud. Parce que cela a été reconnu à l’international, et pas seulement par les habituels publics intellos et marginaux.

NP : La victoire d’Oasis se situe dans un soft power mainstream par delà les classes sociales et les petites chapelles habituelles des spécialistes du rock.

Breizh-info.com : Vous évoquez ce « groupe de stade » dont les personnalités communient finalement peu, physiquement, avec le public, au contraire de leurs chansons, qui ont fait vibrer et le font encore des générations outre-manche et même ailleurs ? Comment expliquer cette froideur des frères Gallagher…et en même temps cette chaleur procurée au public ?

BD : Ça tient de leur éducation , de la sociabilité des fils d’immigrés irlandais pauvres.

NP : On rappelle dans le livre la difficulté de trouver son identité en tant qu’Irlandais quand tout le monde panique dans le danger permanent d’un attentat à la bombe de l’IRA. Les Gallagher n’ont jamais travaillé à essayer de plaire, ils sont d’une culture plus rentre dedans ou tu ne séduis pas, tu t’imposes, par le bruit que tu fais, le caractère universel de tes refrains ou ton charisme naturel. De bonnes fées se sont penchées sur eux car ils avaient les arguments pour être irrésistibles sans avoir à minauder.

Breizh-info.com : En parlant de public de stade, l’interprétation de Dont look back in anger  lors d’un France Angleterre joué par la Garde républicaine, a provoqué une forme de transe dans le public anglais du Stade de France, une émotion dingue. Au même titre que chaque passage de cette chanson dans les pubs anglais, toutes les fins de semaine, provoque toujours les mêmes scènes. Que pouvez vous nous dire sur l’âme de cette chanson, et son importance outre Manche ? (même si d’autres le sont aussi)

BD : C’est le single le plus vendu d’Oasis à leur apogée de popularité au printemps 1996. Ma théorie est que c’est avec cette chanson qui passe en radio après le raz de marrée Wonderwall que le public féminin tombe. Les filles sont sensibles à ces deux chansons.

C’est toujours bien qu’un groupe très masculin ait une chanson qui plaise aux filles, mais deux de suite ça peut en faire des fans. Je pense donc que ça a créé un bloc de fan féminines d’Oasis ce qui est bien pour les garçons qui ont plus d’ouverture pour les draguer.

Breizh-info.com : Quel héritage laisse le groupe Oasis, en 2021 ? La jeunesse britannique actuelle y est-elle encore sensible ? Qu’est-ce qui explique le succès toujours actuel de la Brit Pop outre Manche, là où en France… les tendances Youtube sont plus au rap de bas étage… ?

BD : L’Angleterre a voté pour le Brexit. Il y a beaucoup de « nostalgie » dans ce vote. C’est un peuple qui est malade de son prestige impérial perdu et la pop musique triomphante est un marqueur fort.

NP : L’Angleterre aime plus que la France être regardée et aimée par le monde entier. Et évidemment avoir l’impression de rivaliser dans un domaine avec les Américains.

Breizh-info.com : Quelles sont, à titre personnel, les chansons du groupe que vous retenez le plus et de façon subjectives ?

Benjamin : Live Forever, Some Might Say, Slide Away

NP : The Masterplan.

Propos recueillis par YV
Crédit photo : DR
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