Histoire. Après la rencontre entre Orban et le Pape François : Quand le roi hongrois Béla IV appelait à l’aide le Pape Innocent IV (1250)

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Le Pape François s’est brièvement entretenu, dimanche, avec Viktor Orban à Budapest.

« Réputé pour son franc parler, le pape François a peut-être abordé lors de cette rencontre les sujets qui fâchent avec le Premier ministre hongrois, comme l’accueil des migrants ou encore le respect des droits des personnes LGBT » fantasme le service public français, qui pense sans doute qu’il s’agit du rôle d’un Pape de se faire la rock star des lubies de minorités agissantes et influentes en Europe de l’Ouest.

En réalité, Viktor Orban a résumé la rencontre, assez froide, d’une quarantaine de minutes sur son compte Facebook, dans la légende d’une photo de leur face-à-face : « J’ai demandé au pape François de ne pas laisser périr la Hongrie chrétienne. » . Les choses sont claires.

Et ce dernier a offert au souverain pontife la copie d’une lettre datant du milieu du XIIIe siècle (traduite du latin par nos confrères d’Unser MittelEuropa dans le cadre de notre partenariat de coopération européenne) par laquelle le roi hongrois Béla IV réclamait de l’aide au pape Innocent IV pour faire face aux incursions des armées mongoles qui menaçaient la Hongrie chrétienne. Voici le contenu de la lettre de l’époque, à découvrir ci-dessous.

Sur la question tartare, nous avons fait appel aux trois plus hautes juridictions de l’Union européenne de toute la chrétienté, mais de tous, nous n’avons reçu aucun réconfort et aucune aide, mais seulement des mots.
ROI BELA IV. AU P P P P V V IV (11 novembre 1250)

À son Père saint dans le Christ, Innocent, par la grâce de Dieu, Grand Prêtre de la Sainte Église de Rome, Béla, par la même grâce Roi de Hongrie, lié en toutes choses et obéissant humblement.

En effet, la Hongrie a été en grande partie transformée en désert par le fléau tartare et est entourée, comme une clôture autour d’une bergerie, par des peuples infidèles, à savoir les Ruthènes et les Brodniks à l’est et les hérétiques bulgares et bosniaques au sud, contre lesquels nous luttons actuellement avec nos armées. De l’ouest et du nord seulement, notre pays devrait recevoir quelques fruits de l’aide des Allemands qui appartiennent à la même foi, mais même de là, nous ne sentirons pas les fruits mais les épines de la frénésie lorsque les biens du pays seront saisis par des raids inattendus.

Pour eux, mais surtout pour les Tartares, que l’expérience de la guerre nous a appris à craindre, comme elle l’a appris à d’autres peuples foulés aux pieds, nous avons jugé bon, en accord avec les grands prêtres et les nobles de notre pays, de nous réfugier auprès du Vicaire du Christ et de ses frères, seul et dernier défenseur dans la dernière nécessité de la chrétienté, de peur que ce que nous craignons ne vous arrive à vous et aux autres chrétiens. Car des nouvelles quotidiennes nous parviennent des Tartares, selon lesquelles ils ne s’arment pas seulement contre nous, dont ils sont les plus jaloux, parce que même après une telle calamité nous n’étions pas prêts à nous soumettre, tandis que toutes les autres nations contre lesquelles ils ont montré leur puissance, et surtout les voisins orientaux de notre pays, comme la Russie, la Cumbria, les Brodniks, la Bulgarie, qui étaient autrefois pour la plupart sous notre puissance, sont tous devenus leurs tributaires, mais contre toute la chrétienté ; et, comme nous le savons par de nombreux témoignages dignes de foi,

ils sont déterminés à mener prochainement une guerre implacable contre toute l’Europe.

Nous craignons qu’à l’arrivée de cette nation, les nôtres, ne pouvant et ne voulant pas résister à la cruauté sauvage des Tartares, ne se rendent par peur contre leur gré, comme l’ont déjà fait nos voisins affligés, à moins que la sage providence du Siège Apostolique n’affermisse providentiellement et efficacement notre pays pour réconforter les peuples qui y vivent.

Nous écrivons pour deux raisons principales : Pour que nous ne soyons pas accusés de paresse ou de négligence. Quant à la compétence, nous disons ce qui suit : Ce que l’expérience pratique peut nous apprendre sur notre habileté à la guerre, nous l’avons déjà démontré lorsque nous nous sommes exposés, nous et les nôtres, à la force et à la ruse sans pareilles des Tartares.

On ne peut pas non plus nous accuser de négligence, car lorsque les Tartares nous ont combattus dans notre pays, nous avons fait appel dans cette affaire aux trois cours suprêmes de toute la chrétienté, c’est-à-dire à la vôtre, puisque les chrétiens croient et professent être les seigneurs et les maîtres de toutes les cours ; à l’Empereur, auquel nous avions l’intention de nous soumettre s’il nous donnait un puissant secours et une assistance dans le temps de ladite peste ; nous avons également fait appel à la cour des Français, mais de tous ceux-ci nous n’avons reçu aucun réconfort ou aide, sauf des mots.

Nous fîmes ce que nous pûmes, et, humiliant notre royauté à la cause du christianisme, nous donnâmes deux de nos filles en mariage à deux princes des Ruthéniens, et la troisième au prince de Pologne, afin d’apprendre d’eux et de nos autres amis orientaux les desseins soigneusement dissimulés des Tartares, et de nous opposer ainsi plus efficacement à leurs intentions et à leurs machinations trompeuses. Nous avons également permis aux Cumans d’entrer sur nos terres, et maintenant, hélas, nous défendons nos terres avec des païens et détruisons les ennemis de l’Église avec des païens. Nous avons même marié notre fils aîné à une fille cuman dans l’intérêt du christianisme pour éviter le pire et pour créer une occasion de la baptiser, comme nous l’avons fait avec beaucoup d’entre eux.

Par tout cela et plus encore, je veux prouver clairement devant le saint prélat que nous n’avons reçu aucune aide utile dans cette urgence de la part d’aucun monarque ou peuple chrétien en Europe, sauf de la maison de l’Isopotami de Jérusalem, dont les membres, à notre demande, ont récemment pris les armes contre les païens et les hérétiques pour défendre notre pays et la foi chrétienne ; et nous les avons immédiatement employés dans les régions les plus dangereuses : De l’autre côté du Danube, à la frontière entre les Huns et les Bulgares, car lorsque notre pays a été attaqué, c’était aussi la porte d’entrée de l’armée tatare. De cette région, nous espérons, si notre intention et celle des frères précités est soutenue par Dieu, et si le Siège Apostolique a la grâce de les recevoir dans sa grâce, que, de même que le Danube atteint la mer de Constantinople, nous pourrons répandre à travers eux la protection de la foi chrétienne et apporter ainsi une aide efficace à l’Empire romain et même à la Terre Sainte. Nous en avons placé d’autres dans notre pays pour défendre les forteresses que nous avons construites le long du Danube, car dans ce domaine, notre peuple est inexpérimenté.

Après mûre réflexion, nous avons décidé qu’il serait préférable pour nous et pour toute l’Europe de fortifier le Danube avec des châteaux. Car c’est l’eau de la résistance ; c’est ici qu’Héraclius est venu défendre l’Empire romain contre les cosaques, et c’est ici que nous aussi, bien que non préparés et après un coup dur, nous avons résisté aux Tartares pendant dix mois, bien que notre pays soit alors totalement dépourvu de châteaux et de défenseurs.

Si jamais les Tartares en prenaient possession, ce qui est loin d’être le cas, la porte des autres terres de la foi catholique leur serait ouverte, car, d’abord, il n’y a pas de mer pour gêner les chrétiens, et ensuite, ils peuvent y installer plus commodément qu’ailleurs leurs familles et leurs animaux admirablement nombreux. Prenez Attila, par exemple, qui, lorsqu’il est venu de l’Est pour conquérir l’Ouest, a établi son quartier général au centre de la Hongrie dès le début ; alors que les empereurs qui ont combattu depuis l’Ouest pour soumettre l’Est ont généralement rassemblé leurs armées à l’intérieur des frontières de notre pays.

Que Votre Sainteté prenne donc soin de toutes ces choses, et que Votre Grâce applique un remède avant que la blessure ne s’aggrave. Les nombreux sages s’étonnent que Votre Paternité, dans de telles circonstances, ait soutenu le départ du Roi de France, ce noble membre de l’Eglise, des frontières de l’Europe. Je m’étonne encore plus, et je ne cesserai jamais de m’étonner, que la piété apostolique se soucie tant de l’empire de Constantinople, et de ses parties d’outre-mer, qui, si elles étaient perdues, qui peuvent être éloignées, ne feraient pas plus de mal aux habitants de l’Europe que si notre pays seul était occupé par les Tartares.

Nous confessons devant Dieu et devant les hommes que la nécessité et l’importance de l’affaire sont si grandes que si les divers inconvénients du voyage ne nous gênaient pas, nous ne nous contenterions pas d’envoyer des émissaires, que nous avons envoyés, mais nous nous jetterions personnellement à vos pieds pour proclamer pour notre défense devant toute l’Église que si le saint Père ne peut nous aider, nous nous affranchirions contre notre gré pour traiter avec les Tartares de nécessité.

Nous vous supplions donc que la Mère Église considère les mérites, sinon de nous, du moins de nos prédécesseurs, les saints rois, qui, avec toute ferveur et humilité, se soumirent et soumirent leur peuple à la vraie foi par leur prédication, et la conservèrent parmi les princes du monde avec pureté et obéissance, ce pour quoi ils furent promis, ainsi que leurs successeurs, tant qu’ils furent en bonne santé, toute la faveur et l’aide du Siège Apostolique sans qu’on le leur demande, lorsque la nécessité l’exigea.

Voyez donc, maintenant, alors que la grande nécessité semble menacer, ouvrez le cœur paternel à la défense de la foi pour le bien public en ce temps de persécution, sinon, si notre requête, si favorable et si nécessaire aux fidèles de l’Église de Rome, devait être refusée, ce que nous ne pouvons croire, nous serions obligés de demander de l’aide, non pas comme des fils, mais comme des beaux-fils, comme ceux qui sont nécessairement exclus du troupeau paternel.

Fait à Patak, le jour de la Saint Martin, évêque et confesseur de la foi, le 11 novembre.

Latin : FEJÉR, G. : Codex diplomaticus regni Hungariae … IV/2 (1829) 218-224. Traduction hongroise : Árpád-kori és Anjou-kori levelek, 156-159.

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