Immigration clandestine. En Mer Méditerranée, des bateaux chargés de clandestins toujours plus nombreux

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En Mer Méditerranée, l’actualité récente charrie son lot d’arrivées sur les côtes européennes de bateaux ayant à leur bord des clandestins toujours plus nombreux. C’est depuis quelques années un véritable pont maritime qui est établi entre l’Afrique et l’Europe. Si certains gouvernements du sud de l’Europe sont tétanisés à l’idée de faire respecter leurs frontières, la Grèce se singularise par sa lutte ferme contre l’immigration clandestine, en dépit des protestations de la commission européenne, de plusieurs médias et de certaines ONG.

900 clandestins à bord du Sea Eye 4

Durant la première semaine de novembre, le bateau de l’ONG Sea Eye a recueilli à son bord lors de plusieurs opérations successives plus de 900 migrants en mer méditerranée. Certaines de ces opérations auraient été réalisées non loin des côtes tunisiennes. Alors que les gouvernements maltais et italiens avaient dans un premier temps refusé de laisser accoster ce bateau sur leurs côtes, la ministre italienne de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, a le 5 novembre tacitement accepté de laisser débarquer les migrants en Italie. La ministre a toutefois demandé aux autres pays européens de prendre leur part, car « il serait injuste que l’Italie seule les accueille parce qu’elle est le pays de premier accueil ». Une nouvelle fois, la répartition des clandestins entre pays européens est présentée par les autorités italiennes comme la solution aux arrivées massives de migrants par la mer méditerranée, sans que soit envisagé leur rapatriement immédiat.

400 migrants débarquent en Grèce

Le 31 octobre, près de 400 migrants se sont dirigés vers les côtes grecques à bord d’un navire battant pavillon turc. Les autorités grecques ont dans un premier temps demandé au gouvernement turc de laisser ce bateau revenir en Turquie, conformément à l’accord migratoire signé le 18 mars 2016 entre l’Union européenne et ce pays. Face au refus du gouvernement turc, les autorités grecques ont finalement laissé les clandestins débarquer en Grèce, sur l’île de Kos. Mais cette décision du gouvernement grec ne doit pas occulter la différence de politique en matière de lutte contre l’immigration clandestine entre l’Italie et la Grèce.

Italie et Grèce, des politiques migratoires très différentes

Depuis le départ en septembre 2019 de Matteo Salvini du ministère de l’intérieur, un poste qu’il occupait depuis mars 2018 les autorités italiennes acceptent quasi systématiquement de laisser accoster les bateaux chargés de clandestins sur leurs côtes. L’évolution du nombre des arrivées clandestines par la mer recensées par le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU illustre ce changement radical de politique :

Nombre d’arrivées par la mer en Italie

2021

(au 31 octobre)

52 465

2020

34 154

2019

11 471

2018

23 370

2017

119 369

Source : Operationnal data portal. Refugees situation. UN HCR

Le gouvernement grec engagé dans la lutte contre l’immigration clandestine

Le gouvernement grec nommé suite aux élections qui ont eu lieu en 2019 a pris une orientation radicalement différente. Le premier ministre, Kyriákos Mitsotákis, a fait adopter par le parlement plusieurs lois très restrictives en matière de droit d’asile et d’immigration. La Turquie voisine est désormais considérée comme un pays sûr, ce qui facilite le renvoi des migrants en provenance de ce pays. La procédure d’asile a également été réformée afin de faciliter les expulsions des déboutés.

Mais la principale source de contentieux avec la commission européenne et les organisations de défense des droits de l’homme vient des refoulements pratiqués par les douaniers grecs des bateaux qui se dirigent en mer Egée vers les côtes du pays. L’ONG Agean boat report a recensé à fin octobre pas moins de 669 refoulements de bateaux depuis le début de l’année 2021, soit pratiquement autant que pendant toute l’année 2020 (689). Depuis le début de l’année 2021, près de 20 000 clandestins à bord de bateaux auraient été sommés de retourner en Turquie, sans avoir pu formuler une demande d’asile auprès des autorités grecques. Conséquence logique, le nombre d’arrivées clandestines par la mer en Grèce est en chute libre depuis la mise en œuvre de la nouvelle politique migratoire du gouvernement.

Nombre d’arrivées par la mer en Grèce

2021

(au 31 octobre)

3 156

2020

9 714

2019

59 726

Source : Operationnal data portal. Refugees situation. UN HCR

Feu de critiques contre le gouvernement grec

Dès le début de son mandat, le gouvernement conservateur grec porté au pouvoir en 2019 a montré sa volonté de reprendre en main la lutte contre l’immigration clandestine, dont les résultats étaient déplorables jusqu’alors. L’offensive menée par le président turc R. T. Erdogan contre la Grèce en mars 2020, au cours de laquelle des milliers de migrants extra-européens ont été conduits à la frontière entre la Turquie et la Grèce et ont parfois affronté les forces de l’ordre grecques, n’a fait que renforcer la détermination du gouvernement grec à ne rien céder face au chantage migratoire.

Depuis, les autorités du pays font face à une véritable campagne de dénigrement et sont en butte à de multiples pressions.

En mai 2020, la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic, demandait au gouvernement grec de mettre un terme aux refoulements de migrants aux frontières terrestres et maritimes avec la Turquie.

En août de la même année, le journal américain The New York Times accusait le gouvernement grec d’avoir renvoyé plus de 1 000 migrants lors d’une trentaine d’opérations.

En novembre 2020, c’est le corps de garde-côtes Frontex qui était mis en accusation pour avoir refoulé des clandestins supposément en collaboration avec le gouvernement grec.

Quelques mois plus tard, en mai 2021, le Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations Unies dénonçait des refoulements et des expulsions illégales autour des îles de la mer Egée et de la frontière terrestre de l’Evros. L’agence de presse gouvernementale turque, Anadolu Agency, n’est pas en reste pour dénoncer les refoulements que pratiqueraient les garde-côtes grecs en mer Egée.

Dernier épisode en date, un groupe de médias a publié début octobre 2021 une enquête sur les refoulements par les douaniers grecs de bateaux chargés de clandestins en mer Egée. Il est utile de souligner que le média à l’origine de l’enquête est financé par l’Open society fondations et l’Open society european policy Institute de George Soros. Deux fondations dont les positions en faveur de l’immigration, légale et clandestine sont bien connues.

La commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, a immédiatement demandé à la suite de ces révélations, le 7 octobre, qu’une enquête soit menée à ce sujet. Si le gouvernement grec en a accepté le principe, le ministre de l’immigration, Notis Mitarachi, a toutefois précisé le 4 novembre qu’il n’envisageait pas de laisser une commission indépendante auditer les pratiques des douaniers grecs, car des contrôles internes existent déjà.

Les critiques contre les pays comme la Grèce qui essaient sans l’aide de l’Union européenne de faire respecter leurs frontières sont nombreuses. Elles sont beaucoup plus rares, voire inexistantes, à l’encontre des pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière, et notamment les déboutés de l’asile.

A l’heure où de nombreux migrants issus du Maghreb tentent de gagner l’Europe par la mer méditerranée, l’application du principe de non refoulement aboutit à priver les pays européens du droit de faire respecter leurs frontières. Cela ne suscite pourtant pas le début d’une réflexion sur la nécessité de réformer un droit d’asile trop souvent dévoyé.

Paul Tormenen

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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4 Commentaires

  1. Donc, en Italie, depuis 2017 jusqu’à aujourd’hui, c’est 240.829 Immigrés, en Grèce : 71.696 , alors, je me demande, qui s’occupe de savoir ce qu’ils deviennent tous ???
    Il serait temps de s’en occuper, car le péril s’aggrave, et rien n’est fait ! on attend quoi ? et que qui ?
    En attendant ces pauvres gens coûtent énormément d’argent aux pays, et leur demande-t-on seulement de participer ? de s’intégrer, de trouver un job ? il serait temps que les Gouvernements répondent à toutes ces questions, avant d’en « accepter » d’autres !
    Car, je ne pense pas qu’après quelques semaines, ces personnes soient pleinement heureuses, elles qui pensaient avoir décrocher le gros lot ! à l’abandon en ville sans eau, sans nourriture, sans vêtements, sans logis, sans travail, sans famille, et la maladie pour certains, sans soins, et, pour beaucoup ce doit être une véritable galère, alors, ils volent, et selon leurs « tensions » du moment, ils violent, saccagent, massacrent, et j’en passe, alors qu’allons-nous faire devant un tel déferlement de haine, de souffrances, de misères ?
    Il faut trouver une solution équitable, ce serait de voir avec les gouvernements de ces pays, pour qu’ils gardent leurs peuples ! Merci de vos idées à ce sujet, bien cordialement !

  2. Le coeur des responsables de l. U.E : assurer la venue des migrants venus de pays lointains et non pas comme l’on aurait pu s’y attendre assurer la sécurité et la prospérité des populations des 27 pays membres. Certains lobbying sont véritablement très efficaces en haut lieu . Et en plus ces gens de jouer l’humanisme inconditionnel , trop facile .

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