PSG. Le Kop Of Boulogne (KOB), « une tribune à forte identité où régnait une franche radicalité » [Interview]

Il fallait bien une somme monumentale de 600 pages pour rassembler une grosse partie de l’histoire du KOB, le Kop Of Boulogne, tribune mythique de supporteurs du Paris Saint Germain, qui a largement contribué à la renommée du club de football, et cela bien avant l’ère du Qatar, du football business et sans racine.

Rédigé par d’anciens membres de Boulogne, ce livre constituera un livre majeur parmi les livres qui évoquent les tribunes de football en France comme en Europe.

Pour en discuter, nous avons interviewé les trois compères archivistes et rédacteurs qui ont permis la réalisation de ce livre.

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Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à rassembler ce monument d’histoire des tribunes parisiennes, de nombreuses années après la fin, du fait de la répression et d’autres évènements, des activités du Kop de Boulogne ?

Adrien : Depuis plusieurs années, différentes générations de notre tribune ont évoqué l’idée de vouloir laisser gravé dans le marbre tous les périples, toutes les années, tous les délires et tout notre investissement collectif. Il y a une dizaine d’années, un groupe s’était constitué et avait commencé le travail. Malheureusement, le projet n’a pas abouti.

Il y a 40 ans d’histoire, faire un livre qui ne serait qu’un enchaînement de compte-rendu de déplacements ou de matchs à domicile, ça serait chiant à mourir pour le lecteur et très compliqué à compiler et mettre en forme. Il y a beaucoup trop d’anecdotes à raconter, et malheureusement, les mémoires s’estompent peu à peu.

Du coup, un soir d’ivresse de 2019, deux membres de l’équipe de rédaction ont une nouvelle fois évoqué le sujet. Une sorte de brainstorming se met en place, vu de l’extérieur ça ressemblait sûrement à une discussion sans queue ni tête… Et pourtant, l’idée germa : « Et si on faisait comme les gars d’Ordre Nouveau ? On demande à chacun de raconter ses expériences et son histoire avec le Kop. Au final, mis bout à bout, L’histoire de notre tribune sera là ! »

Le soir même, quelques coups de fil sont lancés pour prendre la température auprès de membres plus anciens. L’idée fit l’unanimité…

Julien : S’en est suivi un marathon éditorial de longue haleine. Avoir une idée est une chose, la concrétiser en est une autre. Nous avions deux choix qui s’offraient à nous comme l’explique Adrien : le récit chronologique, succession de comptes-rendus et défilés de matchs et de saisons, ou la compilation de contributions personnelles afin de retracer de manière non-exhaustive mais plus immersive la grande histoire du Kop. Nous avons opté pour cette seconde méthode, un peu plus originale et celle-ci a beaucoup plu à l’ensemble des personnes contactées : contributeurs ou non d’ailleurs.

Breizh-info.com : Quand est né le Kop de Boulogne ? Comment expliquez-vous sa longévité dans l’histoire du supporteurisme en France ? Quelles ont été les caractéristiques de Boulogne sur ces décennies, au sein d’une tribune qui a rassemblé tant bien que mal fans lambda, ultra, skins, mais aussi de nombreux hooligans qui ont fait la réputation de la tribune ?

Julien : Le Kop de Boulogne est officiellement créé en août 1978, avec le placement des supporters parisiens dans cette tribune du Parc des Princes. Ce foyer bruyant et passionné fut longtemps l’unique tribune du stade à « réellement » supporter le Paris Saint-Germain.

Ensuite, tout un tas de facteurs peut expliquer cette longévité :

Premièrement : Le Kop était le territoire des « historiques » à la fidélité sans limite et à la passion inébranlable.

Deuxièmement : Le Kop s’est construit au sein du seul club de l’élite à rayonner sur un si gros bassin de population dans l’hexagone. La région parisienne est un réservoir de fans quasi-inépuisable. Chaque décennie, de nouvelles cohortes de fans, lads et ultras arrivaient et perpétuaient l’histoire.

Dernier point: C’était une tribune à forte identité où régnait une franche radicalité. Tout ceci joua un rôle prépondérant dans cette longévité car, à mon humble avis, si le Kop s’était construit sur le consensus, la mollesse et la tiédeur alors il y a fort à parier qu’il aurait disparu rapidement.

Quant à expliquer toutes les caractéristiques du K.O.B. en quelques lignes, c’est un travail impossible. Il faut comprendre que le Kop a évolué sur une quarantaine d’années, voyant passer des dizaines de milliers de fans à la composition loin d’être homogène. Au contraire même, ce fut une multitude d’individualités, de différentes tribus et de diverses tendances qui ont cohabité dans ses travées. Nous avons tenté de le retranscrire dans ce livre de 600 pages en donnant la parole à un panel représentatif de Kopistes, permettant ainsi de saisir un peu mieux les particularités de cette tribune mythique.

Breizh-info.com : L’arrivée de Canal + dans le PSG a-t-elle sonné le début du Glas du KOB, ou bien est-ce que c’est après que les choses se sont réellement compliquées ?

Nicolas : Les années qui suivent la prise de pouvoir de Canal+ sont plutôt intenses pour le Kop de Boulogne et le PSG en général, qui se fait une place en Europe. Ceux qui ont vécu cette période en parlent comme d’un âge d’or pour les différentes factions de la tribune.

Poussés par l’euphorie des grands soirs de matchs et des déplacements en coupe d’Europe, les Boys continuent de grandir et on assiste à une multiplication des bandes hools (AK dès 1991, puis ensuite la CF, le Block B, etc.). Le tournant intervient avec une série d’événements qui feront mal à la tribune : le décès accidentel du leader des CPP pour commencer, le départ du président historique des Boys, puis les incidents du PSG-Caen d’août 1993 et la répression judiciaire du milieu des années 90 (suites du PSG-Caen, lois Alliot-Marie et Pasqua, affaire de la banderole Weah, etc.).

Plus que Denisot, c’est le RPR qui a plombé l’ambiance. De l’avis de beaucoup d’anciens le KOB était au plus mal dans la seconde partie des années 90 : faibles mobilisations, ambiance en berne… Tout était à refaire. Mais cela ne l’a pas empêché de retrouver des couleurs par la suite au point qu’on peut considérer une deuxième apogée pour notre Kop dans la première moitié des années 2000 !

Breizh-info.com : Votre tribune a été endeuillée plusieurs fois (Yann, Julien…) suite à des incidents graves autour du Parc des Princes. Est-ce que cela a contribué également à l’extinction progressive de l’activité du KOB ?

Nicolas : Ces deux évènements tragiques ont amené une forme de répression inédite dans les tribunes, avec l’expérimentation puis la généralisation des interdictions de stade administratives qui allaient obérer l’avenir du KOB. Il est évident qu’avec 200 à 300 interdits de stade dont beaucoup de membres actifs, le potentiel était fortement entamé. Les Boulogne Boys, qui échappèrent au couperet suite à la bavure policière dont a été victime Julien, furent rattrapés de manière sournoise après l’affaire de la banderole polémique contre Lens. L’absence de ce groupe moteur et de certains leaders interdits de stade expliquent en partie la situation anarchique qui précède février 2010…

Adrien : La forte répression policière que l’on a subie suite à la mort de Julien Quemener, assassiné par un policier qui n’était pas service, a rongé petit à petit le moral des troupes. On en était arrivé à pointer deux fois par match au commissariat et pour certains membres, il fallait aussi pointer pour des matchs hors PSG. Nous n’avions plus de liberté et pour une partie des gars, c’était trop et les rangs se sont délités petit à petit.

Breizh-info.com : La tribune Auteuil a pris une importance numérique certaine ces dernières années; Finalement, peut-on dire que le KOB a été victime, lui aussi à son échelle, d’une forme de grand remplacement, démographique, ethnique, par la tribune Auteuil avec une forme de complicité des autorités ?

Nicolas : Même si j’apprécie l’analogie avec l’idée de grand remplacement dans la société, il faut bien distinguer ce qui se passait à Auteuil, avec sa population et son folklore, de la réalité côté Boulogne, village gaulois résistant devant l’envahisseur – avec les poings quand il le fallait.

Cette situation ambivalente aurait pu perdurer encore des décennies, d’autant qu’entre les deux il existe un fossé, celui de la ségrégation par l’argent qui prévaut dans les tribunes latérales et VIP. Les autorités étaient quand même conscientes que la tribune Auteuil est un sacré condensé des problèmes de la banlieue parisienne, les cantonner à une seule tribune plutôt qu’avoir à gérer deux ou trois foyers de bordel devait également bien les arranger… Là où notre destin était scellé, c’est qu’il fallait faire place nette pour un nouvel investisseur. La mort de Yann dans le contexte d’un conflit entre supporters a été le prétexte idéal pour mettre en place cette politique.

Breizh-info.com : Des kilos d’encre ont été déversés au sujet de la tribune Boulogne. Souvent par des journalistes n’ayant pas franchement mis les pieds dans un stade de football au milieu des fans. Ce livre est-il aussi, finalement, une réponse ferme et définitive, à tout le mal qui a été déversé sur vous ?

Nicolas : Il n’est pas certain que ce nous publierons dans le livre infirmera toutes les rumeurs et tout le mal qui ont été dits à notre sujet ! On a quand même laissé la parole à des hooligans et des ultras pas forcément repentis voire assez nostalgiques de leurs faits d’armes passés.

Il faut reconnaître que les tribunes de football et les groupes de supporters forment un milieu assez marginal et subversif, toutes les critiques émanant du grand public ne sont pas forcément infondées. Nous avons cherché à publier une large variété de points de vue, même si le panel retenu n’est peut-être pas aussi contradictoire que nous l’aurions imaginé/souhaité. Mais c’est aussi une question éditoriale.

Julien : Réponse ferme et définitive, je ne sais pas. Mais qui de mieux placé pour parler du Kop que d’anciens Kopistes, sans filtre et sans jugement de valeur ? Au moins ce livre a été écrit avec nos propres mots et grâce à la seule encre valable : nos expériences et nos années vécues dans cette tribune. Nous ne nous sommes pas lancés dans un tel projet afin de répondre à des journalistes et autres pigistes. Nous l’avons simplement fait pour les nôtres, pour leur offrir un objet s’inscrivant dans la durée. Un ouvrage qui trône fièrement dans leurs bibliothèques. Un livre qualitatif éveillant des souvenirs qu’ils pourront ensuite partager avec leurs enfants.

Breizh-info.com : En tant que fans historiques du PSG; comment suivez-vous l’évolution footballistique du club désormais ?

Nicolas : Nous avons été foutus dehors par le club (plan Leproux en 2010-2011), il faudrait sérieusement être maso et faire fi de tout orgueil pour reprendre place en tribune, surtout dans les conditions actuelles. Le PSG comme pion avancé du soft power qatari, ce club qui a été jusqu’à effacer de son logo le berceau de Louis XIV, très peu pour nous ! A titre très personnel, les résultats sportifs de ces dernières saisons et la collection de joueurs « galactiques » me laissent absolument indifférent.

Julien & Adrien : Tout est dit.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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