Mauricette Vial-Andru (Histoire illustrée de la France chrétienne) : « Au sein de la grande Histoire, se déroule une histoire de la sainteté cachée… » [Interview]

Nous vous évoquions samedi dernier la parution d’une Histoire illustrée de la France chrétienne, écrite par Mauricette Vial-Andru et illustrée par Roseyne Lesueur.

Pour évoquer cet ouvrage, nous avons interviewé pour vous son auteur.

Rappel : livre à commander aux éditions St Jude.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amenée à écrire cette histoire de France chrétienne, dans une niche qui est déjà très fournie en livres de ce type ?

Mauricette Vial-Andru : Ayant réalisé de nombreuses vies de saints dans la collection Légende dorée des enfants (Éditions Saint Jude), je me suis aperçue que beaucoup d’entre eux avaient eu une influence sur les gens de pouvoir (rois, ministres, grands seigneurs etc.) puis je suis tombée sur la phrase de Dom Guéranger : « Ce sont les saints qui font l’Histoire ». Cela a fait tilt ! J’ai résolu d’écrire un manuel d’histoire en suivant la chronologie, comme on peut en trouver dans les écoles, mais en intercalant dans mon récit le nom et l’action du saint influent de l’époque. Pour s’y reconnaître, le déroulé de l’Histoire de France est raconté sur un fond brun clair évoquant un parchemin, et l’intervention des saints est sur fond blanc bordé d’un liseré rouge. Il me semble que cette tentative est la première du genre.

Breizh-info.com : A quel public s’adresse cette Histoire de la France chrétienne ?

Mauricette Vial-Andru : A tous les jeunes, en particulier de l’École élémentaire (10-11 ans) mais en fait à tous ceux que notre Histoire nationale intéresse.

Breizh-info.com : Le livre fait la part belle aux missionnaires, moines, personnages chrétiens et catholiques qui ont joué un rôle dans l’Histoire. Présentez-nous en quelques-uns.

Mauricette Vial-Andru : Nous connaissons tous plus ou moins Saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, saint Vincent de Paul ou encore sainte Thérèse de Lisieux.

Mais savons-nous que saint Martin au IVe siècle, n’a pas seulement donné la moitié de son manteau à un pauvre ? Tandis que l’Empire romain sombre dans la décadence, l’Occident naissant est progressivement pris en charge par une Église dynamique. Martin évangélise la campagne, parcourt à pied la vallée de la Loire, la Bourgogne, le Berry, et l’Est de la France jusqu’à Trèves. Chacune de ses expéditions est un véritable raide apostolique et sa force d’action rapide est une troupe de moines qui témoignent de la paix de l’Évangile. C’est un renouveau. Saint Martin prépare le baptême de la France par saint Remi à Reims.  

  Je voudrais aussi attirer l’attention sur saint Bernard de Clairvaux dont les rois Louis VI puis Louis VII implorent les conseils, qui désigne le vrai pape alors que les cardinaux en conflit en ont élu deux, qui met au pas le duc d’Aquitaine rebelle, qui fait taire Abélard l’hérétique. Guidée par saint Bernard, l’architecture cistercienne est l’apogée de l’art roman. Tout le XIIe siècle est dominé par ce grand personnage. 

  Au XVIIe siècle, quand Richelieu se préoccupe du Canada, une femme forte, religieuse ursuline, sainte Marie de l’Incarnation, embarque à Dieppe et fonde le premier couvent d’Amérique du Nord. Positive, pondérée, elle est la première religieuse missionnaire du Canada. Des villages se développent, les Hurons s’initient aux méthodes culturales et la famine est vaincue. 

  Plus tard, après la Révolution, on verra la Bienheureuse Anne-Marie Javouhey si vaillante, partir au Sénégal, à la Réunion, en Guyane dont elle organise la vie à Mana. Elle luttera avec succès contre l’esclavage et la traite négrière. Cette religieuse née en Bourgogne, on l’a déjà rencontrée pendant la Terreur révolutionnaire, quand elle avait 12 ans. Quand on traque les prêtres, elle essaie de les sauver. Un jour, elle en cache un dans une armoire. Elle fait le catéchisme, en cachette, aux plus petits, elle transmet. C’est déjà un chef. Elle a du nerf. 

  Ce que je tente de montrer, c’est qu’au sein de la grande Histoire, se déroule une histoire de la sainteté cachée qui a plus d’importance que tous les événements spectaculaires. Guerres, dévastations, ignorance et malheur se déchainent, puis un saint apparaît et la violence est vaincue.

Breizh-info.com : N’y a –t-il pas une forme de « mystification » de l’Histoire de France à travers cette Histoire chrétienne ? Ou est-ce un côté que vous assumez totalement ?

Mauricette Vial-Andru : J’assume et je cherche à éclairer le lecteur. La France a des racines chrétiennes, elle est « la fille aînée de l’Église ». Le baptême de Clovis est un acte fondateur. Pendant des siècles, le trône et l’autel ont été liés. Le sacre du Roi à la cathédrale de Reims, en faisait un personnage intouchable et le « lieutenant de Dieu sur terre ». Aujourd’hui, l’État est laïc, mais la France, elle, est chrétienne et ce sont les saints qui ont façonné notre civilisation.

Breizh-info.com : En fermant votre ouvrage, avez-vous la réponse à la question que vous posez en introduction : « Dieu aurait-il choisi la France » ?

Mauricette Vial-Andru : Non, en toute humilité, je ne sais pas. Toutefois, il semble que Dieu ait un plan pour cette vieille nation née dans le tumulte des invasions barbares. J’ose espérer qu’il n’abandonnera pas la France.

Breizh-info.com : Alors que l’Histoire n’a jamais été aussi mal enseignée aux enfants de France, quelles propositions faites-vous pour la remettre au centre de l’apprentissage de tous ? Quels outils y compris pour l’instruction en famille ?

Mauricette Vial-Andru : D’abord revenir à la chronologie avec  des dates repères pour stimuler la mémoire et fixer les idées.

  Adopter le ton du récit : je veux dire « raconter » notre Histoire qui est une succession d’histoires. On le sait, les jeunes aiment les histoires.

  Faire visiter aux enfants les lieux importants : églises, abbayes, châteaux, en commentant la visite pour qu’il reste des traces. Autrement dit, l’adulte doit préparer soigneusement les visites. On découvre et on apprend. 

Voir des spectacles intelligents comme ceux du Puy du Fou. Lire de bons livres, en particulier La petite Histoire de France d’Henri Servien aux Éditions de Chiré. Lire aussi de bonnes bandes dessinées comme les livres d’Histoire publiés aux Éditions Reynald Secher. Tout cela peut être lu en famille. De même Saje publie de solides DVD sur les vies de saints. Certes, l’image passe vite et il risque de ne pas en rester grand-chose mais il est possible de revoir plusieurs fois le film et d’en parler ensemble. 

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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