Château Bargylus 2014, les vendanges de plomb

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Si la vigne n’a jamais été une sinécure, il reste que dans certains endroits du monde, sa culture relève d’une véritable abnégation face aux multiples épreuves qui entravent son développement. Déjouant tous les obstacles, le château Bargylus en Syrie, signe l’un de ces grands vins improbables qui défient au quotidien l’adversité mais aussi l’obscurantisme islamiste, dans une région meurtrie par une guerre civile effroyable.

La pugnacité de la famille Saadé

La combativité irrigue les veines des Saadé, une puissante famille de commerçants levantins aux multiples ramifications, à l’origine notamment de la création de l’armateur CMA-CGM. Maintes fois spoliée et contrainte de s’expatrier au rythme des conflits armés de la région, elle finira par faire souche au Liban pour mieux y relancer leurs affaires.

Après la guerre civile du Liban, les Saadé décident à l’initiative des deux fils, Karim et Sandro, d’orienter leurs investissements vers la terre. De manière concomitante, ils créent au début de la décennie 2000, deux domaines : l’un de 65 hectares dans la vallée de la Bekaa (Marsyas), l’autre de 12 hectares au nord-ouest de la Syrie dans la vallée de l’Oronte : le château Bargylus. De lourds investissements lestés d’énormes risques financiers qui seront mis à mal par la conflagration de la guerre civile, pendant plus de 5 ans.  Pour autant, la continuité des vendanges sera maintenue bon an mal an, durant toute cette période de forte instabilité !

 Vins de guerre 

Car il en faut plus pour faire abdiquer des Libanais qui ont appris par leur histoire à composer avec une conjoncture géopolitique houleuse. Durant la guerre du Liban, le maître de chai Yves Morard du château Kefraya, avait ainsi été capturé par Tsahal. De même qu’il était assez courant de retrouver dans les bennes des vendanges des domaines de la Bekaa, la présence d’éléments indésirables…

Ce sont les Australiens qui inventèrent l’acronyme de MOG (matter other than grapes) pour définir ces corps étrangers qui se glissent incidemment dans la vendange. Autrement dit, le  MOG au Liban et en Syrie a pris davantage l’apparence  des éclats d’obus au lieu  des traditionnels charançons. Surtout qu’en matière de bombardement, Bargylus en a pris pour son grade avec son chai détruit et une partie du vignoble régulièrement pilonnée.

On l’imagine aisément, le conflit syrien a profondément désorganisé la logistique du domaine qui a dû se résoudre à recourir à des acheminements coûteux et hasardeux entre le Liban et la Syrie pour perpétuer son activité. L’exportation également emprunté des circuits commerciaux plus longs via la péninsule du Sinaï avant de gagner les nombreux pays dans lesquels il est commercialisé.

L’explosion du port de Beyrouth est venue parachever le chaos, en touchant dans leur chair la famille Saadé réunie ce jour-là dans leurs bureaux de Beyrouth, plusieurs membres dont le patriarche, en garderont des séquelles. Là encore, la légendaire baraqua de la famille trouvera encore l’occasion de s’illustrer   dans les dégustations des échantillons, amenés en raison des circonstances exceptionnelles, à l’hôpital durant leur convalescence !

 Un phare dans la nuit islamiste

La création du château Bargylus rappelle qu’une des composantes fondamentales partie prenante dans la délicate équation du terroir, demeure la part de l’homme avec ce que Roger Dion appelait le « vouloir -faire ».

Certes les contreforts du mont Bargylus, exposés aux entrées maritimes regorgent de calcaire : une roche qui prédispose la vigne à s’épanouir, tandis que la position d’altitude du vignoble à 900 mètres régule le mûrissement des baies et favorise les belles acidités. Néanmoins, toutes ces potentialités seraient restées purement virtuelles sans l’engagement humain et financier émanant d’une riche famille de marchands, prête à remettre tout en question pour faire naître un vignoble quasi évangélique.

Le Nord-ouest de la Syrie représente une enclave alaouite, une branche de l’islam qui entretient avec le vin une relation apaisée, confinant presque jusqu’à une certaine déférence. Autant dire que cette implantation sonne comme un symbole et un espoir dans un pays en proie à un radicalisme islamiste trop désireux d’éradiquer l’insane culture.

L’occasion de rappeler aussi que la naissance d’un grand vin ne peut se soustraire à de coûteux investissements. À cet égard, les Saadé n’ont rechigné sur aucun moyen pour hisser la production de leur domaine aux meilleurs standards internationaux, en recrutant les services de l’un des plus œnologues les plus courtisés, à savoir Stéphane Derenoncourt en charge de la vinification des vins.

Sans l’apport de tels moyens financiers, pareille entreprise était vouée à l’échec. Dans ce genre de région, l’ambition du grand vin est moins l’affaire d’une petite paysannerie trop souvent mythifiée par des amateurs épris d’une fausse authenticité, que celle de véritables investisseurs capables de soutenir dans le temps, une lourde prise de risque financière et humaine.

« World-class wine »

En dépit des surcoûts engendrés par une viticulture de guerre, Bargylus réussit le tour de force de proposer un vin aligné aux plus hauts standards de la qualité, et ce pour une petite trentaine d’euros.

À la dégustation, le Château Bargylus impose d’emblée son charisme par une plénitude aromatique époustouflante sans jamais se départir de son équilibre et de sa fraîcheur. Grâce à son imposante structure tannique qui dénote l’influence de l’élevage bordelais, il se démarque aisément de la souplesse épicée du style libanais à l’origine de la réputation des vins de la Bekaa. Le rouge de Bargylus à grande majorité de syrah (60%), laisse une éblouissante impression d’élégance et de complexité sur un très haut niveau de concentration et de puissance. Pareille harmonie ne peut s’obtenir qu’en l’absence totale de compromission avec les critères les plus exigeants de la qualité.

À l’originalité d’un style d’une grande profondeur, s’agrège une singulière histoire qui consacre avec une certaine évidence l’appartenance  du château Bargylus,  au cercle  très fermé des vins de classe internationale, que tout amateur digne de ce nom ne peut continuer d’ ignorer !

Raphno

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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Une réponse à “Château Bargylus 2014, les vendanges de plomb”

  1. patphil dit :

    quand on veut on peut !

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