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Les éditions Passés composés viennent de publier Surcouf, la fin du monde corsaire, signé Michel Verge Franceschi.
Voici comment le livre est présenté par l’éditeur :
Surcouf est-il un marin de légende ? Plutôt, n’y aurait-il pas une légende Surcouf ? C’est l’avis de Michel Vergé-Franceschi, un des plus grands historiens de la marine qui, pour la première fois, révèle le plus célèbre des corsaires tel qu’en lui-même, débarrassé des mythes et de sa légende. Né sous Louis XV, mort sous Charles X, Surcouf traverse la Révolution, le Consulat, l’Empire, il sert Napoléon, qui le décore de la Légion d’honneur lors de la première promotion de l’ordre. Des rives de l’océan Indien, où il navigue dès l’âge de vingt ans, à sa phénoménale carrière de corsaire et d’armateur, Surcouf a défié le destin avec un culot et une fougue sans égal. C’est ensuite un tabou que lève Michel Vergé-Franceschi, celui de l’esclavage. Pour avoir été un navigateur exceptionnel et un combattant sans peur, Surcouf n’en a pas moins été un profiteur de la traite négrière, grâce à laquelle il s’est considérablement enrichi. Voilà pourquoi cette vie révèle à la fois les promesses de l’avènement des Lumières et les ambiguïtés d’un monde qui était en train de mourir quand un autre s’apprêtait à naître.
Pour évoquer cet ouvrage, nous avons interrogé son auteur.
Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Michel Verge Franceschi : Bonjour, merci de votre invitation. Je suis Professeur émérite des Universités. Ancien Directeur du Laboratoire d’Histoire et d’Archéologie maritime du CNRS a Paris IV-Sorbonne et au Musee national de la Marine) et ancien President de la Societe française d’Histoire maritime. Ma thèse de doctorat d’Histoire (1980) portait sur la première École navale française sous Louis XV. Mon Doctorat d’État-es-lettres (1987) portait sur Les Officiers de la Marine royale sous l’ancien Regime (7 volumes, 3547 pages, 14 329 personnages dans l’index). Je suis membre d’honneur de l’Association Centrale des Officiers de Reserve de l’Armee de Mer et chevalier du Merite national. Vous savez tout.
Breizh-info.com : Pouvez-vous brièvement leur rappeler quelle fut la vie de Surcouf ?
Michel Verge Franceschi : Surcouf est un célèbre corsaire malouin. Ses ancêtres étaient de pauvres hères du Bas-Cotentin arrivés de Normandie avec la Révolte des Nu-Pieds sous Richelieu. Devenus pauvres calfats ils ont gravi la hiérarchie sociale grâce à la mer comme lieutenants, corsaires, armateurs, capitaines négriers à partir de l’arrière grand-mère de Surcouf.
Breizh-info.com : Votre livre s’attaque à ce que vous qualifiez de « légende » Surcouf. Vous placez vous dans l’école des historiens « déconstructeurs » actuels qui travaillent à remettre en cause tout ce qui a créé y compris un roman national ?
Michel Verge Franceschi : Non non, mes livres ne s’attaquent jamais à personne. S’attaquer c’est faire œuvre de « militant ». Ils ne louent non plus jamais personne : ce serait faire œuvre « d’hagiographe ».
L’historien n’est là que pour dire le passe en tentant d’approcher au mieux « la » vérité en replaçant celle-ci dans son contexte. Je suis structurellement comme cela c’est pourquoi mes livres ont reçu 17 prix littéraires de l’Académie française, de celle des Sciences morales et politiques, de l’Academie de Marine, de la Fondation Napoleon, de la Biographie et 3 fois le Prix du Livre corse, etc.
Je ne crois pas d’ailleurs qu’il y ait une « école d’historiens déconstructeurs », car les deux termes sont totalement opposés. Le terme d’historien dans son étymologie vient « d’enquêteur ». Alors que le déconstructeur est un affabulateur. Il y a donc des « gens » qui tentent de déconstruire. Rien à voir avec les historiens qui tentent eux de rappeler. J’ai eu la chance d’assister lors d’une remise de prix à un magnifique discours d’Helene Carrère d’Encausse à l’Académie française sur le phénomène actuel de la « repentance ». Je suis du reste l’auteur d’un Colbert ou la politique du bon sens (plusieurs fois réédite en Livre de poche) et au lieu de polémiquer sur la place de sa statue a Paris ou celle de Napoleon a Rouen je préfère redécouvrir l’authenticité d’un personnage a travers les Archives et le replacer dans son temps : je viens de le faire pour Surcouf, je l’ai fait pour Abraham Duquesne marin huguenot du Roi-Soleil (France-Empire, Prix de l’ACORAM, Prix Neptunia, Prix Meurant), Henri le Navigateur (Le Félin, traduit en portugais, en Livre de poche actuellement), Pascal Paoli (Fayard, Prix de l’Academie française), Colbert (Payot), Ninon de l’Enclos (Payot, Prix de la Biographie 2014), Pozzo di Borgo (Payot, Prix de la Fondation Napoleon), Jean Baldacci (ed. Colonna, Prix du Livre corse). La polémique est stérile. Seule la vérité historique me plait. D’où le titre de mon Surcouf : la fin du monde corsaire. Cela c’est une réalité. Dire « Le plus grand des corsaires » ce n’est pas une réalité. C’est un jugement de valeur qui fait offense au Malouin Duguay-Trouin et au Dunkerquois Jean Bart. La seule chose a laquelle je m’attaque ce sont les jugements de valeur.
Breizh-info.com : Vous évoquez notamment le profit dont aurait tiré Surcouf de la traite négrière. Franchement, qu’est-ce que cela peut bien avoir comme importance, surtout pour l’époque, au regard de sa carrière de marin et d’aventurier d’exception ? N’est-ce pas un peu dans « l’air du temps » que de vouloir une fois de plus prendre un héros blanc européen, et l’accabler de tous les maux ?
Michel Verge Franceschi : Votre question est très vaste. Surcouf n’est pas un « aventurier ». Il est un héritier et exerce le même métier que son père et son grand-père. À bord, comme ans l’océan Indien, il est sans cesse encadré par ses oncles et cousins et tous les siens le forment au métier de la mer des son adolescence. Il est le pur produit d’une famille. Son grand-père possédait 10 % des armements malouins. Donc rien à voir avec un héros légendaire sorti de nulle part et parti à l’aventure des mers et océans.
Pour ce qui est de sa fortune, je ne comprends pas pourquoi celle-ci ne devrait pas avoir d’importance à cette « époque » (?). L’argent a été depuis toujours un marqueur social essentiel, y compris sous l’ancien Regime et le maréchal de France Tourville, vice-amiral de France de très vieilles noblesses d’extraction chevaleresque épousait très volontiers la fille d’un fermier général roturier et riche de 350 000 livres de dot alors qu’un chef d’escadre (= contre amiral) en gagnait 6000 par an. L’expression « redorer le blason » a un sens. Le grand-père de Surcouf était très riche (500 000 livres). Avec une quinzaine d’enfants, son héritage a été morcelé. Le père de Surcouf avec 50 000 livres était donc fort modeste. Surcouf a rebâti une fortune égale a quatre fois le prix du château de Combourg. Les faits, rien que les faits. À partir de cette analyse si certains veulent le louer ou « l’accabler » tant pis pour eux. Pour ma part je suis historien et non pas juge et il n’y a pas dans le livre un seul mot qui puisse aller dans un sens ou dans l’autre. Caton l’Ancien disait : « Il est pénible d’avoir a rendre compte de sa vie à des hommes d’un autre siècle que celui ou l’on a vécu ».
Breizh-info.com : Quels sont les prochains travaux que vous envisagez de mener ?
Michel Verge Franceschi : J’achève un travail sur la diaspora corse : Cinq siècles de migrations. Comme les Malouins, les Corses ont parcouru le monde, notamment vers les Amériques, mais aussi l’Asie. Il y a du reste de fortes ressemblances entre les caps corsins, les Monegasques, les Malouins. Des hommes établis sur des rochers arides et sans ressources et qui n’avaient que les mers à labourer pour nourrir leurs enfants.
Propos recueillis par YV
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