Législatives au Portugal. Le Parti socialiste l’emporte, le décryptage de notre envoyé spécial

Le Dimanche 30 Janvier ont eu lieu les élections législatives au Portugal. Les portugais étaient appelés à élire 230 députés (au Portugal il n’y a qu’une chambre), qui ensuite choisiront le Premier Ministre. Cette élection est la plus importante au Portugal, le Président de la République n’ayant presque aucun pouvoir, la destinée du pays se trouve dans les mains du Premier Ministre et de son gouvernement.

Le parlement a été dissout par le Président portugais en Novembre 2021 suite au refus des partis politiques d’accepter le Budget d’État présenté par le Parti Socialiste du Premier Ministre António Costa. Ce dernier n’avait pas la majorité absolue et devait compter sur le soutien du Parti Communiste Portugais (PCP) et du Bloco de Esquerda (trotskyste) pour gouverner, ce que l’on a appelé ici la « geringonça ».

Une campagne électorale molle et décevante

Le pays souffre de nombreux problèmes : la misère sociale est grande ; les salaires sont bas; Il y a beaucoup d’emplois précaires ; l’inflation augmente et par rapport aux salaires les prix des voitures ou des maisons sont de plus en plus prohibitifs pour la plupart des gens ; les impôts sont très importants ; la corruption bat son plein, une partie importante des fonds européens est déviée ; le népotisme règne, avec un système que les portugais appellent de « cunhocracia » (cunha = pistons, pistonnage), ou l’on est choisi non pas parce qu’on le mérite, mais parce que on est fils/fille de, d’une famille importante ou membre d’un parti politique depuis l’âge de 14/15 ans ; une petite oligarchie règne sur le pays depuis 1974, non seulement corrompue jusqu’à l’os mais en plus incompétente ; le vieillissement de la population s’accélère, les plus jeunes partent à l’étranger (même si certains reviennent) ou, quand ils restent, peuvent rarement avoir plus d’un enfant, il faut dire, la situation ne le permet pas…

Il est vrai que tout n’est pas négatif dans le pays de Camoëns, l’aspect sécuritaire par exemple, le Portugal est souvent classé troisième ou quatrième des pays les plus sûrs au Monde. Et puis il y a la gastronomie, le climat, les belles plages, le pacifisme du peuple portugais, le fait de ne pas (pour l’instant) connaître une invasion migratoire comme les autres pays d’Europe Occidental. Mais la situation économique et sociale étant ce qu’elle est, le mécontentement augmente et de plus en plus de portugais ne croient plus en la politique. Preuve en est, depuis le début des années 2000 l’abstention est en constante augmentation, pouvant atteindre 50% à 60%.

La campagne a été banale, assez mauvaise il faut le dire. Les politiciens portugais, souvent critiqués pour leur incompétence et leur manque de culture générale ne se sont pas efforcés pour la rendre plus intéressante que les campagnes antérieures. Les problèmes ci-dessus mentionnés ne furent que très peu ou prou abordés. On parla un peu de la pauvreté, un peu des bas salaires, un peu de l’inflation. Mais même les partis d’extrême gauche, PCP (Parti Communiste), BE (trotskyste), et Livre (divers courants marxistes, maoïstes et trotskystes), pourtant toujours en avant sur ces sujets, en ont peu parlé. Quant à la corruption et le système honteux des pistons, pas un mot, mis à part le candidat du Chega qui essaya d’en parler à deux ou trois reprises. Les aides à la natalité et l’exemple hongrois et polonais ne furent pas non plus abordés, même si un des leaders du Chega, Nuno Afonso, interviewé par Breizh Info récemment, l’a mentionné dans un remarquable article du journal conservateur portugais « Observador.pt». Le candidat du Chega André Ventura essaya aussi tant bien que mal de ramener le sujet de l’immigration extra-européenne, et l’augmentation des crimes violents à Lisbonne et Porto par des bandes brésiliennes, africaines et asiatiques (pakistanaise et bengalis), mais il fut tout de suite accusé de racisme par les candidats, aussi bien de gauche que de droite. Quand aux thèmes internationaux, aucuns des candidats ne les ont mentionnés…

A l’extrême gauche, la campagne se centra sur la critique vis-à-vis du Parti Socialiste, accusé d’avoir crée la crise du Budget d’État pour convoquer des élections et ainsi pouvoir espérer une majorité à l’Assemblée, et sur le danger du « retour du fascisme au Portugal », selon leurs mots… Au PS, la campagne se centra sur l’accusation vis-à-vis de l’extrême-gauche d’avoir provoquée des élections en votant contre le Budget, et sur le danger du « retour du fascisme au Portugal ». Quant aux trois partis de droite : PSD (Partido Social Democrático) ; la droite libérale IL (Iniciativa Liberal) et la droite conservatrice, CDS (Centro Social Democrático), la campagne se centra sur la critique vis-à-vis de l’extrême-gauche et de la gauche, accusés de n’avoir pensé qu’à leurs intérêts en créant une crise artificielle. D’autres thèmes abordés furent les impôts trop élevés pour les particuliers et les entreprises (surtout en ce qui concerne le IL), et une critique du parti Chega et du danger du « retour du fascisme au Portugal ».

Il est à souligner que durant cette campagne, la gauche et l’extrême gauche ont réussi à faire admettre à la droite que cette dernière préfère s’allier à la gauche plutôt qu’à la droite radicale du Chega. Comme en France, le centre droit et la droite conservatrice se sont couchés face aux accusations de la gauche de faire le jeu de «l’extrême-droite » et ont préféré attaquer le Chega avec des accusations telles que « parti raciste, homophobe, fasciste ». L´habituel en somme…

Cela a donc été une campagne assez faible et décevante. Beaucoup de bruit pour rien. C’est Jaime Nogueira Pinto, un des plus grands intellectuels portugais, un temps proche de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist, qui en parle le mieux : « Des débats et commentaires pour les élections législative au Portugal une chose est sûre : le Portugal continue à la queue de l’Europe. (…) Je parle surtout de l’absence de politique dans les débats politiques, ou il n’y a pas d’idées politiques, encore moins les idées politiques qui de nos jours comptent et divisent le Monde. Qu’avons-nous entendu sur le Monde, la Géopolitique et la Geoéconomie  globale? Que pensent les partis politiques portugais de la nouvelle Guerre Froide Chine-USA ? Que nous disent-ils sur l’Union Européenne et les débats entre les pays défenseurs d’une Europe Identitaire, une Europe des Nations, et les plus fédéralistes ? Que proposent-ils quant aux axes traditionnels de la politique externe de Lisbonne – euro-continentale, anglo-atlantique ou lusophone ? Et les problèmes tels le poids de l’investissement chinois au Portugal dans des secteurs stratégiques, quelqu’un en parle ? (…) On ne parle pas non plus des valeurs et des principes. Les partis d’extrême-gauche, comme le BE et le PCP, taisent leurs références historiques trotskystes ou stalinistes sans que personne ne leur demande. Ils apparaissent comme de tranquilles démocrates de toujours (…)». (1)

42% d’abstention…la percée de Chega et la victoire du Parti Socialiste

Avec tout cela, il est donc normal que l’abstention soit assez importante, de l’ordre de 42%, même si c’est la plus faible depuis 2005, ce qui en dit long sur le désamour du peuple portugais avec ses politiciens. La victoire du Parti Socialiste, de centre-gauche, est totale avec 41.68%. Sur 230 députés, le Parti Socialiste en recueille 117, soit la majorité absolue. Ils n’auront plus besoin de l’extrême-gauche pour gouverner. Le PSD a obtenu 27.80%, soit 71 députés. C’est une vraie claque pour le PSD, les derniers sondages le montrait très proche du PS, à seulement 2%. Le leader du parti, Rui Rio, a d’ores et déjà admit qu’il ne pouvait continuer à être président dans ces conditions. Quant au CDS, dont le leader José Francisco dos Santos avait traité le Chega de parti fasciste, il a vu une partie des ses électeurs voter pour ce même Chega ou pour le PSD, et a subi une défaite cuisante, car avec 1.61% des votes, le CDS perd tout ses députés et sort de l’Assemblée Nationale. Le président du CDS tout de suite présenté sa démission.

L’autre grande claque de la soirée fut celle que les partis d’extrême-gauche ont reçue… Le Parti Communiste perd encore des députés, il passe de 12 à 6 (4.4%), et les trotskystes du BE sont passés de 19 à 5 députés (4.5%). L’autre parti d’extrême-gauche, le Livre, a 1 député (1.28%) et le PAN, parti des Animaux et de la Nature a aussi 1 député (1.53%). Les membres de ces partis se sont accordés pour dire que la faute de ces mauvais résultats est due à la crise artificielle crée par le PS qui a obligé les électeurs à choisir entre soit le PS soit le PSD. Ils ont reconnu leur défaite mais ont attaqué en même temps non seulement le PS mais aussi le Chega, en s’inquiétant de sa progression. La présidente du BE, Catarina Martins, a d’ailleurs dit en parlant de ce dernier que « chaque député raciste élu est un député raciste en trop ».

La surprise du soir c’est aussi la progression fulgurante des deux nouveaux partis de droite : Iniciativa Liberal, parti ultralibéral, a obtenu 8 députés (5%), et le Chega, parti de droite radicale (plutôt nationale-populiste) est passé, avec 7.2% de suffrage, de 1 a 12 députés en deux ans et demie d’existence.

Que conclure de ces résultats ? Premièrement, les électeurs ont choisi la stabilité en donnant la majorité absolue au PS, tout en punissant l’extrême-gauche, accusée d’être la vraie cause de la crise politique suite au refus du Budget d’ État. Dans le cas du PCP, la raison est aussi plus simple : les électeurs traditionnels du parti communiste étant très âgés, à chaque nouvelle élection les communistes perdent des voix… En ce qui concerne le centre droit, le PSD n’a jamais jamais montré une réelle opposition et se montrait prêt à faire des « compromis » avec le PS pour un éventuel gouvernement à deux. Pour finir, la forte montée du Chega montre que certains portugais en ont marre de la corruption du système, souhaitent un vrai changement de statu quo, commencent aussi à se préoccuper de la problématique de l’immigration extra-européenne, pourtant encore très faible au Portugal, et des attaques que la culture portugaise subie de la part de la gauche woke universitaire. Pour 2026, André Ventura du Chega à déjà prédit que son parti aurait une nouvelle forte croissance. Le futur nous le dira…

1 – (Jaime Nogueira Pinto, Uma campanha Triste, Jornal Observador)

Jérémy Silvares Jerónimo

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