Traditions d’Europe. A la découverte du Madeiro, une tradition du Portugal

S’il y a une chose importante que les européens doivent maintenir vivante ce sont leurs traditions et leurs folklores locaux. Chaque Patrie Charnelle d’Occident a une série de traditions que les populations ont à cœur de poursuivre. Hélas, l’individualisme, le matérialisme et la culture de la jouissance sans limites des actuelles sociétés occidentales fait que de plus en plus les plus jeunes abandonnent les traditions jugées d’un autre temps et sans intérêt.

Dans mon village du centre du Portugal, dans la région de la Beira Baixa, heureusement, ce n’est pas encore le cas ! Les plus jeunes continuent de perpétuer les traditions de génération en génération et cela depuis des siècles sans interruptions. Il y a justement une tradition bien ancienne, à laquelle tous les jeunes du village participent, tout au moins s’ils souhaitent s’intégrer dans la communauté et être perçus par les plus vieux comme étant de vrais hommes. Cette tradition c’est le « Madeiro ». En quoi consiste le Madeiro ? Simple, les jeunes de 19 ans doivent aller chercher du bois, des branchages, des grosses racines et des troncs d’arbres morts dans les bois environnants, les assembler devant l’Église du village et y mettre le feu le soir de la veillée de Noël.

On ne sait pas vraiment quand a commencé cette tradition. Les historiens portugais disent que déjà du temps des païens ce type de tradition existait ! Les païens (ma région était habitée par des Celtibères) brûlaient aussi des branchages et des troncs d’arbres pour honorer le Solstice d’Hiver et la renaissance d’un nouveau cycle. La tradition a continué sous le christianisme et nous la retrouvons de nos jours dans plusieurs villages du centre du Portugal.

Tout commence le premier dimanche du mois de décembre et se poursuit tous les dimanches jusqu’à la veillée de Noël. Les garçons en âge de faire le service militaire, qui d’ailleurs n’existe plus, se rassemblent le matin devant l’un des bars du village pour boire un café et essayer de se réchauffer! C’est important car il faut discuter et arriver à un accord : où aller chercher le bois mort ? Comme il y a bien moins de garçons qu’autrefois, les jeunes des années précédentes et suivantes vont aider, car les plus vieux ont eux aussi eu l’aide des plus jeunes. Cette entraide soude les liens entre générations. Des agriculteurs qui vont prendre leur café matinal proposent de mettre au service des jeunes leurs tracteurs pour le transport du bois ramassé qui sera apporté en bas des marches de l’église. Ils indiquent également aux « jeunes de l’année » (en portugais, « os do ano», ceux qui ont donc 19 ans) qu’ils peuvent aller ramasser branchages, souches et autres restes dans leurs champs. Les deux premiers dimanche on ramasse le plus souvent du petit-bois, c’est-à-dire des arbustes, des rameaux, des branches qui sont accumulés par les agriculteurs ou qui se trouvent par terre dans les bois. L’avant-dernier dimanche, les jeunes vont chercher des troncs plus gros. Ensuite viennent les choses sérieuses…

Le 24 Décembre au matin, tous les jeunes, et souvent les moins jeunes qui souhaitent revivre l’expérience de leur jeunesse, se retrouvent devant l’église du village. Les tracteurs arrivent trainant leur remorques bien chargées de bois et assis en équilibre instable sur ce bois les jeunes crient à tue-tête :«Madeiro… Madeiro … !». Les agriculteurs du village prennent leur journée pour aider la jeunesse, car à leur époque ce fut ainsi et, comme me disait justement un homme d’une cinquantaine d’années, « si Dieu le veut, dans 20 ans ce seront ces jeunes qui viendront avec leurs gros tracteurs aider les plus jeunes ». Le 24 Décembre l’endroit choisi et presque toujours le même, un grand domaine appartenant au vicomte local, une famille importante dans la région. Il est évident que l’on obtient l’autorisation des propriétaires des lieux où l’on prend le bois.

Sur ce grand domaine en question se trouvent de gros chênes et tous les ans tempêtes et pluies d’hiver finissent par faire tomber un ou deux arbres. Arrivés à destination, les jeunes commencent par réunir du petit bois et faire un ou deux feux pour que les plus âgés se réchauffent tout en regardant le spectacle et en donnant des conseils. Il faut découper tout d’abord les troncs des arbres à terre. Ensuite, vient la partie la plus dure! Il faut, sans l’aide d’une quelconque grue, mettre les troncs (qui peuvent peser une tonne voire légèrement plus) dans les remorques des tracteurs. Je me rappelle que lorsque ce fut mon année, un des troncs nécessita la force de plus d’une dizaine d’entre nous. Hélas, il y a déjà eu des jambes et des bras cassés, des muscles déchirés. Mais comme nous disent les plus âgés : « é a vida, sóis homens » (c’est la vie, vous êtes des hommes). Puis on fait une pause déjeuner, pour déguster des viandes grillées au feu de bois, que bien sûr l’on partage avec tout le monde.

Vers 16h-16h30 les derniers troncs d’arbres sont ramenés devant l’Église et posés en bas des marches. Entre 17h et 18h commence la dernière phase de cette tradition : l’allumage du « Madeiro ». Des centaines d’habitants du village viennent se réunir devant l’Église pour assister au spectacle, juste avant le diner de Noël.

Une fois le feu allumé, ceux de l’année (donc, ceux de 19 ans) distribuent gratuitement pour tous les villageois ou curieux, du vin, pour réchauffer l’âme comme on dit chez moi. Premièrement, on sert les anciens, encore très respectés dans ces parages. Ensuite les femmes, puis les hommes adultes, et en dernier les plus jeunes. On déguste du « vinho caseiro » (vin produit par les villageois pour leur utilisation personnelle), on admire le spectacle du feu devant le parvis de l’Église, les plus âgés racontent comment c’était de leurs temps, on chante des chansons en l’honneur du vin, les plus jeunes déjà bien éméchés se servent et continuent de servir du vin aux villageois pour« fêter»  leur Madeiro. Vers 19h la plupart des gens rentrent pour dîner, et vers minuit on revient voir le Madeiro brûler et assister à la « Missa do Galo », la Messe de Minuit, où l’on embrasse la statue de l’Enfant Jésus, mais covid oblige, voilà deux ans que la tradition est omise.

Les mains dans les poches, appuyé contre les pierres du mur plusieurs fois centenaires de l’Église, regardant ces jeunes servir le vin tout en écoutant les récits des anciens (certains de 80 voir 90 ans) je me dis que les jeunes de mon village ont de la chance finalement. Oui il n’y a pas beaucoup de boulot dans le coin. Oui il n’y a pas de grands centres commerciaux avec des centaines de boutiques ni de parcs d’attractions. Pas d’aéroport non plus. Les salles de cinéma de la ville voisine sont très bien mais elles ne projettent pas en IMAX. Tout ce « confort» qui existe dans les grandes « villes-monde » n’existe pas ici. Et pourtant, les jeunes sont heureux. Ils vivent dans un village ou il n’existe pas ou quasiment pas de criminalité, dans un des pays les plus sûr au Monde. Ils peuvent compter sur l’aide des plus âgés et ces derniers sur l’aide des plus jeunes. Ils connaissent leurs ancêtres, savent d’où ils viennent. Et ils peuvent participer à des traditions qu’ils garderont toute leur vie dans un coin de leur mémoire.

C’est en regardant le Madeiro de cette année, que j’ai réellement compris ce qu’est l’identité, ce mot qui fait si peur à une partie de la gauche.« La terre et les morts» disait Maurice Barrés. Il avait bien raison. Je sentais dans mon dos, à travers les pierres, toute l’énergie de mes ancêtres, les mêmes qui bâtirent cette Église vieille de 500 ans, bâtie sur une Église encore plus ancienne, elle-même bâtie sur des ruines romaines, là ou avant des celtibères faisaient de grands feux. Ces ancêtres me parlent à travers ces pierres, il suffit de savoir écouter. Et en regardant devant moi, je voyais cette jeunesse vivante perpétuer cette tradition dont l’origine remonte à la nuit des temps, cette jeunesse qui, en perpétuant les mêmes gestes que leurs ancêtres, leurs rendent hommage. J’aime imaginer que durant un moment, les esprits de ces ancêtres viennent eux aussi participer à la fête. Voilà ce qu’est l’identité. Dominique Venner avait vu juste, la « Tradition ce n’est pas le passé, c’est ce qui ne passe pas ».

Et après avoir passé une année en France, en regardant ce spectacle, je me suis remémoré les mots d’Henri Vincennot, grand écrivain identitaire français :

_«Après absence, retrouver son terroir et sa race, c’est se retrouver soi-même et comprendre avec émerveillement de quelle façon on est particulier. Et ça vous renforce solidement dans vos singularité dont on voit naître, très loin, les plus profondes racines.»

Jérémy Silvares Jerónimo

Illustration : DR
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