Hongrie. Les élections législatives hongroises de 2022, un tournant dans l’Europe de Visegrad ?

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Les élections législatives hongroises de 2022 auront lieu le afin de renouveler pour quatre ans les 199 membres de l’Assemblée nationale de la Hongrie. Elles se dérouleront en même temps qu’un référendum portant sur quatre questions et notamment de celle de l’éducation sexuelle des mineurs (et du refus ou pas de la propagande LGBT dans les écoles).

Législatives 2022 en Hongrie : des élections décisives pour Viktor Orbán 

Il s’agira sans aucun doute d’un tournant dans l’Europe de Visegrad, et d’une possibilité de voir si la population hongroise souhaite plébisciter le bilan du Premier ministre sortant Viktor Orbán..ou pas.

Ce dernier est au pouvoir depuis la victoire de son parti, le Fidesz, aux législatives de 2010, un succès renouvelé en 2014 et en 2018, Orban apparaissant aux yeux des Hongrois comme de beaucoup d’observateurs et de citoyens européens comme le symbole de la résistance à l’invasion migratoire, tout le contraire de personnages politiques européens comme Merkel ou Macron. Ces élections avaient entrainé une tempête politique, des recompositions, dans l’opposition, pour aboutir à une alliance totalement improbable :

Les six principaux partis d’opposition ont en effet décidé, en 2021, de s’unir au sein d’une liste commune, à l’occasion des municipales, une coalition qui a remporté dix des vingt-trois villes principales du pays. Une coalition dans laquelle on retrouve le Jobbik, le Parti socialiste hongrois (MSZP), le Parti du dialogue pour la Hongrie (PM), Coalition démocratique (DK), La politique peut être différente (LMP) et Mouvement Momentum (MM) forment ainsi la coalition Unis pour la Hongrie.

Dans la foulée, une primaire a été organisée fin 2021 pour choisir un chef à cette coalition, en la personne du conservateur Péter Márki-Zay.

En ce début d’année 2022 s’est déroulée l’élection présidentielle en Hongrie, et une femme, Katalin Novak, proche d’Orban a été élue présidente de la République le , succédant à János Áder. Une élection permise par le fait que le Fidesz était largement majoritaire à l’Assemblée hongroise, et qu’il s’agissait des députés qui l’élisaient justement. Elle sera officiellement intronisée en mai 2022.

Les élections qui arrivent vont donc être un véritable tournant, grandeur nature : les Hongrois vont-ils vouloir poursuivre dans la même voie que depuis plusieurs mandats déjà, ou voudront-ils tourner la page ?

Actuellement, les sondages donnent les deux principales force au coude à coude, avec néanmoins le Premier ministre sortant en tête des intentions de vote ; 3 ou 4 points devant la coalition. Il bénéficie de nombreux soutiens populaires, notamment dans la ruralité hongroise. Il entend continuer sa politique actuelle : soutien à la relance de la natalité hongroise, blocage de l’immigration extra européenne, lutte contre les tentatives de déstabilisation des réseaux Soros dans le pays, relance de l’économie hongroise, en pleine crise actuellement comme dans de nombreuses autres zones d’Europe. Contrairement aux autorités françaises qui laissent les prix flamber, et le pouvoir d’achat baisser, Orban a annoncé hausse du salaire minimum, gel du prix de l’essence et maintenant gel des prix alimentaires, pour plusieurs semaines.

Quoi qu’il advienne, et quoi qu’en disent les médias occidentaux mainstream, Péter Márki-Zay, principal opposant d’Orban, n’est pas non plus ce que l’on peut qualifier de gauchiste. Père de 7 enfants, il se définit comme un « candidat de droite, chrétien et conservateur ». Il plait à Von der Leyen et les technocrates de Bruxelles (mais aussi à Soros), car il vise une entrée de la Hongrie dans la zone euro. Il propose une nouvelle constitution soumise à référendum, une légalisation du mariage homosexuel pour plaire à sa gauche, un blocage du salaire minimum pour plaire à sa droite, tout en ne souhaitant pas ouvrir les portes aux immigrés extra-européens. À noter que durant sa campagne, il n a pas présenté le moindre programme détaillé.

À noter également parmi les forces en présence qui monte,  le Mouvement Notre patrie (Mi Hazánk MozgalomMHM) parti politique hongrois créé en 2018 à Ásotthalom par László Toroczkai, Dóra Dúró et Előd Novák, en réaction au retournement de veste du Jobbik, qui était considéré jusqu’alors comme un parti nationaliste.  Le parti veut en finir totalement avec l’immigration extra européenne, souhaite réintroduire la peine de mort, et s’est opposé à la politique covidiste d’Orban depuis deux ans. Il pourrait faire une percée significative lors de ces élections et obliger le Fidesz à négocier avec si jamais une majorité parlementaire nette ne se dessinait pas.

László Toroczkai, maire d’Ásotthalom (Hongrie): « Les Français sont les meilleurs d’Europe en révolutions, grèves, manifestations, il est temps qu’il se mettent en branle » [Interview]

Un référendum pour limiter les tentatives d’influence des LGBT dans l’école et auprès des enfants

Contrairement aux autorités françaises, qui ne soumettent jamais de propositions à référendum aux citoyens (si ce n’est pour ne pas accepter le vote majoritaire, comme en 2005), le gouvernement hongrois entend proposer un référendum cette année pour limiter les tentatives d’influence des LGBT dans l’école et auprès des enfants.

Le référendum est proposé dans le cadre des tensions opposant le Premier ministre Viktor Orbán aux technocrates de la Commission européenne qui n’a jamais digéré la nouvelle législation interdisant l’utilisation de supports promouvant l’homosexualité et la transidentité en milieu scolaire. Pour le Premier ministre hongrois, ce ne sont pas des bureaucrates non élus qui doivent trancher, mais le peuple hongrois.

Quatre questions sont soumises au vote :

  1. Approuvez-vous l’enseignement de l’orientation sexuelle aux enfants mineurs dans les institutions scolaires sans le consentement parental ?
  2. Approuvez-vous la promotion des traitements de changement de sexe pour les mineurs ?
  3. Approuvez-vous la présentation sans restriction aux mineurs de contenu médiatique à caractère sexuel qui pourrait affecter leur développement ?
  4. Approuvez-vous la présentation aux mineurs de contenu médiatique portant sur le changement de sexe ?

Pour qu’il soit valable, le résultat devra cumuler la validation de deux conditions : un total de voix favorables ayant atteint la majorité absolue des suffrages exprimés et un taux de participation ayant atteint le quorum de 50 % des inscrits sur les listes électorales.

La guerre en Ukraine aura-t-elle une influence sur les législatives en Hongrie ?

Selon les dernières informations publiées par nos confrères du Visegrad Post, les évènements en Ukraine seraient plutôt favorables à Orban (comme ils le sont à Macron en France). Le 5 mars, l’institut Nézőpont (proche du gouvernement) publiait les résultats d’une enquête d’opinion ayant pour sujet les positions des électeurs hongrois sur la question du conflit russo-ukrainien. Selon cette étude, 61 % des électeurs hongrois pensent qu’Orbán est celui défendant le mieux les intérêts hongrois, alors que seulement 10 % des électeurs pensent que c’est le candidat de l’opposition unie Péter Márki-Zay qui tient le mieux ce rôle.
Un autre sondage, publié par un institut plutôt favorable à l’opposition, rendait compte que 67 % des interrogés sont « plutôt d’accord avec l’affirmation selon laquelle Viktor Orbán et son gouvernement sape l’unité européenne en servant les intérêts du président russe Poutine, mettant ainsi en danger la sécurité de l’Europe et de la Hongrie. ».
On assiste dans les dernières semaines à une bataille d’influence, par voie de presse, dans un pays où vit un peuple nettement moins « géopolitique » que la France par exemple.
« Cela explique en partie pourquoi parmi les pays d’Europe centrale et orientale, la Hongrie est celui se montrant le moins virulent dans sa condamnation de la Russie. Depuis 1920, les Hongrois ne croient plus aux beaux discours sur le “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”. Ils ont une vision désabusée des relations internationales, et sont parfaitement conscients que leur pays peut à tout moment être la victime du jeu des grandes puissances » explique Yann Caspar, notre confrère de Visegrad Post.
Alors que les élections présidentielles et législatives arrivent également en France en avril, puis en juin, les élections législatives hongroises feront office de symbole fort en Europe. Nous vous en rendrons compte au plus près, puisque nous les suivrons en direct de Budapest.
YV

Illustrations  : DR
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0 réponse

  1. au moins les hongrois auront les vraies raisons de voter pour un candidat et non pour un chef de guerre en salon

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