Paris sportifs. Gilles Mazuy (@gilleslouks) : « J’ai cherché des sports de niche dans lesquels je pense avoir un avantage sur les bookmakers » [Interview]

Le monde des paris sportifs est aujourd’hui absolument titanesque. En France, on recense 17 bookmakers (sites de paris sportifs) autorisés par l’ARJEL, l’agence de régulation des jeux en ligne.

Mais au-delà du pari sportif pur, d’énormes communautés de fans de sport, mais aussi de paris sportifs, se forment, dans les principaux sports, mais aussi dans des sports moins médiatisés. C’est le cas par exemple dans les sports d’hiver, et notamment le biathlon.

Mais aussi du cyclisme, où excellent deux « tipsters » comme l’animateur du site The Big Gear qui analyse chaque course en détail tout en donnant des pronostics, ou encore Kalash, sur Twitter.

Parmi ces communautés de fans et de tipsters, l’une d’entre elles nous vient de Belgique, mais attire énormément de suiveurs français. À sa tête, le dénommé @Gilleslouks, bientôt 3500 suiveurs au compteur sur Twitter, et qui donne énormément de conseils, d’analyses, tout en étant un mordu de sport.

Nous l’avons interviewé pour comprendre et découvrir ce milieu des « tipsters » finalement assez méconnus de ceux qui ne s’intéressent pas au sport et à ses enjeux.

Breizh-info.com : Est-ce que vous pouvez vous présenter à nos lecteurs ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : J’ai 26 ans, je suis Belge. Je suis parieur sportif depuis 2-3 ans. J’anime une chaine sur Twitch, dédiée aux paris sportifs, où le but est de donner des conseils, des dates, des évènements, pour aider ceux qui nous regardent à mieux parier.

Mais aussi à les conscientiser sur comment bien parier, comment ne plus faire les erreurs basiques que font les nouveaux parieurs.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à devenir ce qu’on appelle un Tipster ? (d’ailleurs pouvez-vous expliquer à nos lecteurs le concept).

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Un tipster est un parieur sportif qui va proposer ses paris sportifs et ses analyses dans un domaine particulier. Avec une analyse, une compréhension, pour essayer de faire gagner de l’argent à une communauté.

Ce rôle est important dans le monde du pari sportif.

Me concernant, je suis arrivé là dedans via un copain qui travaillait pour un site de paris sportifs, et qui avait le projet de lancer une chaine twitch dédiée aux paris. Il lui fallait des animateurs, il savait que je m’intéressais à ça, et j’y suis rentré.

En dehors d’être un simple animateur, j’avais envie de proposer des paris pour m’intéresser aux sports, être légitime dans ce milieu.

Breizh-info.com : Oui, car avant d’être un parieur sportif, vous semblez avant tout fan de sport non ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Je fais du football depuis 20 ans. Je suis un grand fan de sport en effet.

Breizh-info.com : Vous avez aujourd’hui plus de 3500 abonnés sur Twitter, alors que vous vous consacrez pour beaucoup à des sports moins médiatisés que le football, par exemple le biathlon, les sports d’hiver, le cyclisme. Comment expliquez-vous ce succès, y compris pour ce qu’on nomme des « sports de niche » ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Je pense que si je faisais des analyses sur le football, j’aurais 10 fois plus de suiveurs, mais c’est comme ça…

Dans le pari sportif, la rareté est récompensée. Sur les marchés de niche, il y a de l’argent à se faire, car les bookmakers sont moins bons, moins renseignés.

Prenez l’exemple d’un match de ligue des champions un soir, avec une course de cyclo-cross en même temps, ils vont se concentrer sur le premier évènement, car il y aura plus de mises, mais aussi plus de risques pour eux. Alors que sur une course de cyclo-cross, on va être 15-20 à parier et ils s’en moquent.

Donc j’ai cherché des sports de niche où je pense avoir un avantage sur les bookmakers. Sur les côtes comme sur les connaissances, pour me faire de l’argent à long terme.

Surtout sur le cyclo-cross, mais ça les Français ne peuvent pas parier dessus (en cyclisme, vous ne pouvez que parier sur les courses World Tour). Les Belges peuvent le faire, mais si le cyclo-cross était disponible en France, vu les résultats que j’ai eus, j’aurais 10 fois plus de suiveurs. Mais c’est un choix que j’ai fait et que je ne regrette pas.

Car ça a permis au départ à des gens qui n’y connaissaient rien de se passionner pour ce sport. C’est chouette.

Breizh-info.com : Est-ce qu’il n’y a pas une forme de conflit d’intérêts à être un tipster qui donne des conseils et en même temps à être rémunéré par un bookmaker ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Toute ma communauté de suiveurs sait que je travaille pour un bookmaker parallèlement. Cela ne change rien à mes conseils. Ce que j’essaie de faire c’est de proposer des paris qui ramènent vers mon bookmaker mais je sais qu’énormément de mes suiveurs vont aussi vers d’autres. Cela ne change rien à mes analyses.

Breizh-info.com : Avant d’être un parieur, vous semblez avant tout être un passionné de sport. Parlez-nous de vos sports préférés ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Comme je disais, j’ai fait 20 ans de foot, mais ça me dégoûte aujourd’hui. Je trouve ça plat, on s’ennuie.

Typiquement, avec le biathlon, on ne peut pas s’ennuyer une fois qu’on commence à le comprendre. Et en plus, c’est un sport diffusé gratuitement notamment grâce à L’Équipe.

C’est celui que j’affectionne le plus.

Avec le Cyclo-Cross. Car ça dure une heure, c’est intense. Plus qu’une étape du Tour de France qui fait 180 bornes et durant laquelle on attend des heures à s’ennuyer, pour qu’au final tout se joue sur les 10 derniers kilomètres…

Donc oui, Cyclo-Cross, Biathlon, mais aussi Athlétisme, ou Natation. J’évite les gros sports, comme le foot. J’aime le basket, mais je ne regarde que les matchs de Dallas. Je suis les grands évènements, mais je me focalise plutôt sur cyclo-cross, cyclisme et biathlon.

Breizh-info.com : À propos de cyclo-cross, comment expliques-tu son développement intense en Belgique, inversement à la France, où cela n’intéresse pas les foules, et où les courses ne sont pas très nombreuses ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : C’est aussi peu développé chez moi. Le cyclo-cross, ce n’est pas la Belgique, c’est la Flandre. En Wallonie, on est aussi peu développé que chez vous à ce niveau.

Chez les Flamands c’est culturel. Le samedi, le dimanche, en hiver, on met ses bottes, on va voir le cyclo-cross. Les gamins font ça depuis qu’ils sont petits, ils voient des champions, ils veulent leur ressembler. C’est une émulation collective.

Quand vous allez au cyclo-cross de Diegem, où il y a 30000-40000 personnes qui sont là… on comprend vite pourquoi ça marche.

Et il y a aussi autre chose : le gros problème avec le cyclisme actuellement, c’est la sécurité. Les voitures n’ont rien à faire des cyclistes, il y a des accidents, c’est dangereux.

Le cyclo-cross c’est encadré, fermé, sans risque hormis les chutes. On s’amuse, avec des parcours différents, des obstacles… ce côté sécurité va faire que ça va se développer.

Autre aspect, il faut des athlètes auxquels s’identifier. Quand Pauline Ferrand-Prevost était là, des Français suivaient le cyclo-cross. Mais malheureusement elle a arrêté. Il faut retrouver cette locomotive qui va emmener les Français à regarder ce sport.

Breizh-info.com : Comment est-ce que l’on prépare une émission, comme vous le faites fréquemment sur le réseau Twitch ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : On a une petite équipe de tipsters. Je vois qui est disponible, on arrange le calendrier en fonction. De mon côté je vais trouver toutes les informations que les suiveurs n’ont pas. Avoir les dernières informations.

Connaitre la liste de départ des coureurs, tout le monde peut le faire. Par contre, aller chercher les temps de ski (biathlon) aller chercher la météo, le vent, toutes ces informations c’est à moi de le faire. Je dois être prêt et avoir les infos que les gens n’ont pas.

Je dois regarder toutes les côtes, sur tous les bookmakers. Je dois être à la pointe de l’information pour ne pas passer pour un nul. On peut perdre, mais néanmoins, si on a donné le maximum d’informations et d’analyses, on n’a rien à se reprocher.

Surtout en biathlon avec une année olympique très compliquée niveau paris sportifs.

Breizh-info.com : Les paris sportifs ont aussi leur revers de la médaille. La majorité des parieurs y laissent beaucoup de plumes, et d’argent. Avez-vous un rôle de « modérateur » là dedans, pour dire aux gens de ne pas faire n’importe quoi ? 

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Il faut déjà séparer les tipsters des influenceurs qui font de la retape pour les sites de paris sportifs. Ces derniers c’est payant, ils n’y connaissent rien, c’est à oublier.

Sur Twitter, la communauté est développée. On parle toujours en bankroll management, allouée aux paris sportifs et rien qu’à ça.

Si sur une année, vous avez décidé de mettre 500 euros sur les paris sportifs (comme ça pourrait être pour acheter un nouveau vélo, ou autre), c’est votre bankroll de départ, ni plus, ni moins. Et nous jouons tous la même chose puisqu’on joue en pourcentage (dans nos propositions de pari), pas en argent. Si je propose 1 % sur tel ou tel pari, celui qui a 5000 euros où 500 va jouer 1 %, ni plus, ni moins (s’il suit ce que je propose).

Donc au final on prend « le même risque ». Il faut parier en fonction de sa bankroll pour que les gains et les pertes n’influencent pas sur sa vie privée, professionnelle, sur ses humeurs.

Sur le papier, c’est très beau. Je le répète à chaque émission. Mais je ne suis pas dans la tête des parieurs. Je fais de la prévention. Je dis aux gens de jouer avec modération, mais ce sont eux, les parieurs, qui sont responsables d’eux. Je suis conscient que chez certains ça rate : mais j’ai travaillé dans un bar, je vendais de l’alcool à des alcooliques. Les gens doivent se gérer.

Je suis là pour mieux faire jouer les gens, pour les informer des risques et faire en sorte qu’ils ne se ratent pas. Mais quelqu’un qui me suit et qui dilapide tout son argent, il le fera avec d’autres, on ne va pas se mentir.

Breizh-info.com : Est-ce que les paris sportifs ne fabriquent pas une forme de biais par rapport au suivi du sport ? Des joueurs bas de gamme vont être suivis uniquement pour l’appât du gain des parieurs, d’autres sportifs détestés, menacés même parfois, suite à une défaite qui a fait perdre de l’argent, etc.

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Les insultes envers les sportifs, qui viennent des paris sportifs, sont un fléau énorme. Certains reçoivent menaces, insultes, partent en dépression pour certains, d’autant plus qu’ils sont accessibles sur les réseaux sociaux. C’est malheureux.

Les perdants qui vont insulter les sportifs il faut leur dire que c’est de leur faute, s’ils ont perdu de l’argent, pas de celle des sportifs. Ce sont eux qui ont parié.

Il y a des choses incroyables, des carrières détruites à cause des paris sportifs et des menaces qui en sont parfois les conséquences. À l’inverse il y a aussi des sportifs corrompus. Notamment dans les ligues de petits niveaux.

Mais je reste un fan de sport et un éternel optimiste. Il faut faire la part des choses.

Breizh-info.com : N’est-il pas ingrat finalement parfois, pour un tipster, de donner très souvent de bons conseils, pour au final très peu de remerciements, ou de retombées ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Quand on est tipster, il y a trois phases avant de proposer le pari.

On annonce d’abord qu’on en a trouvé. Là, il y a énormément de « likes ». Deuxième phase, on annonce le pari. Il y « en a déjà un peu moins. Puis le résultat annoncé. Encore moins.

Une fois qu’un pari est terminé, les gens n’en ont plus rien à faire de ce que tu as conseillé. Ils prennent et s’en vont.

La chance que j’ai, c’est d’avoir une communauté chouette. Je n’ai pas encore connu les insultes, menaces, etc. réservées aux gens qui explosent trop vite.

Moi je suis monté de manière progressive. Je connais ma communauté. Je parle souvent à ceux qui me suivent, sur les réseaux sociaux. Je n’ai pas encore vu le mauvais côté.

Quand je rate des paris, cela m’embête plus pour les gens qui me suivent que pour moi. De savoir que j’ai pu leur faire perdre de l’argent.

Breizh-info.com : Quels sont vos sportifs préférés, dans vos sports de prédilection ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : En cyclo-cross, je vais donner des noms que les lecteurs ne connaitront, par exemple, Toon VANDEBOSCH, qui va chez Alpecin. Il a un nombre de fans incroyable, des gens qui font des déplacements en bus rien que pour lui.

Bien évidemment Wout Van Aert, le Dieu vivant du cyclisme. S’l se présente aux élections en Belgique, il gagne ! Il est aussi apprécié en Wallonie. Côté sportif, c’est son année ! Je crois beaucoup en lui.

En Wallonie on a aussi Arnaud De Lie, sprinteur de chez Lotto, qui a déjà gagné deux fois cette saison.

En biathlon, Émilien Jacquelin. J’aime les athlètes qui procurent des émotions. C’est comme un Pinot en vélo. Il apporte beaucoup. Elvira Oeberg également chez les filles.

Dans les autres sports, Kevin Mayer en Athlétisme, il représente la perfection (ma femme l’aime également, rires).

Breizh-info.com : La saison de biathlon touche bientôt à son terme. Quel bilan en tirez-vous, sportivement parlant ? 

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : C’est une saison bizarre. On attendait Johannes Boe, Laegreid. Mais vu que c’est une année olympique, ça a été étrange. Moi ce que j’aime dans les saisons de biathlon, ce sont les jeunes qui arrivent et explosent. On le voit là avec Bakken, Andersen chez les hommes, Oeberg, Nilsson chez les femmes.

La saison a été assez excitante, et dans le fond j’aime tellement le biathlon que je ne suis jamais déçu. Le grand moment de la saison a été le Grand Bornand, une ambiance incroyable, un public dingue. Rien que pour cette semaine là, j’ai adoré la saison.

Concernant les JO, même sans public, il y avait de l’émulation. Les résultats de Quentin Fillon Maillet sont incroyables aussi cette saison. Vous savez, moi je suis Belge, mais j’ai grandi et me suis attaché aux sportifs français. Ce qu’il a fait, ça rend obligé d’aimer cette saison de biathlon.

Breizh-info.com : Un pronostic pour Milan-San Remo qui aura lieu samedi, premier des monuments de la saison ?

Gilles Mazuy (@gilleslouks) : Depuis le début je dis Caleb Ewan. Mais quand je vois ce que peuvent faire Pogacar et Van Aert… non, je reste sur Ewan.

Van Aert semble avoir perdu un peu en vitesse pure. Tant que Caleb n’est pas lâché ça sera le favori. Il a tout misé là dessus. Il ne peut pas se rater.

Propos recueillis par YV

Illustrations  : DR
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