Marc Eynaud : « On assiste au dernier acte d’un divorce à première vue irréversible entre le christianisme et la société française » [Interview]

Qui en veut aux catholiques aujourd’hui en France ? C’est la question titre d’un excellent livre de Marc Eynaud, journaliste, paru aux éditions Artège, qui invite à une prise de conscience de la situation, dramatique, qui est celle des Catholiques et de l’Eglise en France aujourd’hui.

« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. » Avec le courage auquel ces mots de Charles Péguy appellent, Marc Eynaud dénonce les innombrables violences faites à l’encontre des catholiques.
Profanations d’églises et incendies, anticléricalisme prégnant, attaques publiques et manque de lucidité, sans doute, d’une partie de l’Église elle-même… L’auteur nous parle de ces faits que l’on ne médiatise plus, d’une France catholique que l’on ne (re)connaît plus.

Comment en sommes-nous arrivé à ce calvaire contemporain ? Comment rendre à Dieu ce qui est à Dieu, dans une France laïque qui se désagrège et n’ose plus revendiquer son histoire chrétienne ?
Dans cet essai, Marc Eynaud met en lumière les multiples faces de ces agressions, qu’il recense et passe au crible. Il nous invite à sortir du silence pour une espérance à la hauteur de l’enjeu : la survie du christianisme. « Les chrétiens ne sont-ils pas dans le monde ce que l’âme est dans le corps ? », comme l’écrivait l’auteur de l’Épitre à Diognète, au IIe siècle après J-C.

Pour évoquer cet ouvrage, nous avons interrogé Marc Eynaud (livre à commander ici)

Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a amené à percer dans le journalisme ?

Marc Eynaud : j’ai bientôt 32 ans. Je suis journaliste depuis quelques années déjà dont quatre chez Boulevard Voltaire. A percer, je ne sais pas. En revanche c’est vraiment un rêve de gamin qui se poursuit!

Breizh-info.com : La question de la Christianophobie est l’un des grands tabous médiatique aujourd’hui en France. Comment l’expliquez-vous ? Qui sont les principaux acteurs de cette Christianophobie ?

Marc Eynaud : Je pense qu’on peut se poser la question autrement. Pourquoi les catholiques, dont la religion est après tout celle qui a fondé ce pays et installé rien de moins qu’une civilisation millénaire appelée la chrétienté est devenue invisible dans son propre pays? Pourquoi sommes-nous paradoxalement la religion la plus visible sur le plan de l’architecture et de l’Histoire mais aussi la plus détestée, du moins la plus combattue par la société? Sans doute parce que nous représentons une Histoire et un héritage dont la société a voulu se défaire. En rompant la transmission, en déconstruisant l’Histoire, les générations qui nous ont précédé ont tenté d’extirper le christianisme de nos racines. Mais ils vont s’apercevoir qu’en faisant cela, ils détruisent chaque jour un peu plus les racines d’un pays entièrement, qu’on le veuille ou non, fondé sur ce même christianisme. Quant à savoir qui sont les acteurs… On pourrait commencer par les catholiques eux-mêmes qui ont du mal à se positionner dans une société plus que jamais fracturée. Ensuite on pourrait citer trois siècle d’anticléricalisme, de déchristianisation parfois insidieuse, parfois brutale. En bref, on assiste au dernier acte d’un divorce à première vue irréversible entre le christianisme et la société française.

Breizh-info.com : Concrètement, quels sont les chiffres, sur ces dernières années, d’actes visant les Catholiques ou leurs lieux de culte et symboles en France ?

Marc Eynaud : Il est très difficile d’obtenir des chiffres précis et détaillés. Si on se base sur les chiffres du Ministère de l’Intérieur, en 2019, 1 052 faits recensés, qui se décomposent en 996 actions et 56 menaces. Répondant à la question du sénateur LR Guillaume Chevrollier, le ministre de l’Intérieur avait détaillé ainsi la répartition des actions (incendies, dégradations, violences, voies de faits, etc.) : « 16 d’entre elles (soit 1,6%) ont visé des personnes et 981 (98,4%) ont pris pour cible des biens. Les enquêtes ont permis l’interpellation et/ou l’identification de 104 personnes dont 40 mineurs » d’après Beauvau. Mais ces chiffres sont imprécis et demeurent incomplets. En ce moment, une mission parlementaire est d’ailleurs en train d’écrire un rapport qu’on espère précis sur le sujet. Autrement, il ne se passe pas une journée sans qu’on signale des cas de profanation, de sacrilège, de vol, de malveillance et j’en passe concernant une église, une chapelle ou un calvaire. Partout. Tout le temps. On peut aussi parler des attentats visant les catholiques, ceux mortels de Saint-Etienne du Rouvray et de Nice, mais aussi ceux, ratés heureusement de Notre-Dame de Paris, Villejuif, mais aussi, et c’est une révélation exclusive dans ce livre, un autre évité de peu dans un haut lieu du catholicisme parisien. Un autre chiffre parlant : au moins vingt églises ont brulé entre 2018 et 2019. 14 de ces incendies sont d’origine criminelle. Et les indicateurs de 2020 et 2021 sont tout aussi inquiétants.

Breizh-info.com : Si les Catholiques en sont arrivés à ce statut peu envieux de victimes en France, n’est- ce pas d’abord et avant tout de la faute d’une Institution qui semble parfois totalement déconnectée du monde réel , et qui aurait même tendance à tendre la joue gauche y compris à des gens qui voudraient voir l’Eglise disparaitre ?

Marc Eynaud : Cela c’est l’explication simpliste. Il y a, de toute évidence, une dichotomie préoccupante entre les dignitaires de l’Eglise de France et sa jeunesse. On l’a vu pendant la crise Covid notamment. Les évêques ont affaire à une jeunesse certes moins nombreuses que les générations précédentes mais beaucoup plus vindicative et décomplexée. Il faut comprendre que cette génération, qu’on serait tenté d’assimiler à la Manif Pour Tous, a, contrairement à ses ainés, actée qu’elle était minoritaire en son propre pays, elle en a tiré une attitude beaucoup moins passive et n’hésite pas à adopter le comportement d’une minorité. Face à cela, j’ai souvent l’impression que nos évêques sont tétanisés, premièrement par le poids de la responsabilité qui pèsent sur leurs épaules, dépositaires de 1500 ans d’Histoire, on les sent trembler sous le poids d’un héritage parfois bien encombrant. Héritage dont ils craignent d’être les derniers témoins. En clair, ils agissent souvent en gestionnaire alors qu’ils devraient être des gouvernants au sens étymologique. Après, ce serait trop tentant de jouer uniquement sur cette opposition. Comme il serait trop tentant d’attribuer au Concile Vatican II la responsabilité de l’effondrement du catholicisme en Occident alors même que le déclin était déjà bien avancé avant un Concile qui aura, au fond je le crois, davantage ralenti la chute qu’elle ne l’a accéléré.

Breizh-info.com : Le Pape François lui même n’est-il pas d’ailleurs finalement, lorsqu’il fait des déclarations politiques, un ennemi des Catholiques Européens en quelque sorte ?

Vous posez la question qui fâche. Je vais faire preuve d’humilité : je ne sais pas. Pour la simple et bonne raison que je n’ai jamais parvenu à avoir un avis objectif sur la politique du pape François. Paradoxalement, il a beaucoup œuvré pour l’unité des chrétiens avec notamment la Fraternité Saint Pie X et les orthodoxes. En même temps, il semble donner des gages à la modernité avec un message sur les migrants qui fait fi de l’Histoire de l’Occident. Mais le pape n’est pas européen et il est à la tête de l’Eglise universelle. Sur le plan comptable, le gros des effectifs des catholiques est en Afrique, aux Philippines et en Amérique du Sud. Peut-être a-t-il voulu décentrer le christianisme d’une Europe vieillissante à la foi éteinte? A vrai dire je n’en sais rien. Je pense en tout cas, si je pense lire entre les lignes de votre question, qu’on ne peut pas opposer la Charité et la politique migratoire des Etats. On peut s’opposer aux politiques migratoires délirantes sans pour autant laisser un migrant crever de froid sur une plage de Calais. On peut alerter sur la démence d’une telle politique sans couler des embarcations.

Breizh-info.com : On le voit avec SOS Calvaires, ou avec des initiatives de formation offensive comme Academia Christiana, une partie de la jeunesse catholique n’entend plus se laisser faire et entend repartir prêcher la bonne parole. Sont-ce des exemples, plutôt forts et droits, que les Catholiques devraient suivre, demain, pour entamer une forme de « Reconquête » spirituelle du pays ?

Marc Eynaud : Tout ce qui peut « ressusciter » la piété populaire est bon à prendre. Je vois trop de catholiques sombrer dans une forme de pharisianisme en méprisant les signes tangible, extérieurs de la Foi. Au nom d’une forme de développement personnel, d’intériorisation de la spiritualité ou de pudeur bourgeoise, certains ont méprisé la foi populaire et ses manifestations, processions, ou autres cérémonies. Il n’y a pas si longtemps, on bénissait les semailles, on récitait des prières pour les récoltes, les bêtes, la météo que sais-je… Au-delà du folklore charmant, il y a un vrai sens spirituel à tout cela, c’est reconnaitre que l’homme n’est pas tout-puissant et qu’il a souvent à affronter des forces qui le dépassent. Cela a été l’une des pertes de l’homme moderne, je le pense vraiment. D’ailleurs, malgré sa laïcité de plus en plus agressive, la République tolère encore les marchés de Noel, laisse les pompiers célébrer Sainte-Barbe, mais ne tolère pas les crèches de Noel! Allez comprendre…Sur l’aspect purement identitaire de la foi j’ai simplement une réserve : c’est qu’on ne s’arrête qu’à cela. Lors de l’incendie de Notre-Dame, l’archevêque de l’époque a rappelé que cette cathédrale n’était qu’un écrin qui protégeait l’eucharistie. On ne peut prétendre comprendre ce patrimoine magnifique sans avoir sans cesse en tête qu’ils n’ont de sens que parce qu’ils abritaient l’Eucharistie.

Breizh-info.com : La démographie islamique étant supérieure à la démographie catholique actuellement, n’y-a-t-il pas matière à s’inquiéter, y compris en Europe, pour les décennies à venir et pour le sort des Catholiques y compris dans leur foyer originel ?

Marc Eynaud : Je pense que l’islamisation progressive de la France est une réalité mais elle n’est pas la cause de la déchristianisation. Au fond, l’Islam n’est qu’un système visant à remplacer une société qui semble peiner à trouver des raisons de vivre. Oui c’est inquiétant, oui on voit les conséquences de cette politique complètement mortifère dans l’explosion de l’insécurité, l’importation de coutumes qui nous sont étrangères et contraires à la dignité humaine. Oui, il faut combattre cette dissolution de la France de toutes nos forces. Mais d’un point de vue « catholique », la question de la survie ne se pose pas en ces termes. En fait, les catholiques ne seront pas plus en danger que les autres citoyens de ce pays. Ils seront à contrario plus solides intellectuellement et spirituellement face à ce défi. Après tout, les catholiques ont survécu aux persécutions des juifs, de Rome, à la chute de Rome, aux invasions barbares, à la Terreur révolutionnaire et j’en passe. L’Eglise catholique de France a vu passer les romains, les mérovingiens, carolingiens, capétiens, bourbons, elle a survécu à deux Empires, et cinq républiques. Elle es sortie saignée par la Révolution, ruinée par la confiscation de ses biens et déclarée persona non grata par une République ingrate qui n’a pas manqué de rappeler les aumôniers pour assister ceux qu’elle envoyait mourir dans les tranchées, voire de mourir avec eux. Comme pour rappeler que le sang versé pour les autres était un ciment bien plus efficace que le vivre-ensemble inconsistant qu’on nous rabâche. En fait, l’islamisation est notre dernière chance de nous poser cette question : Qui sommes-nous et que pouvons-nous opposer à cela?

Propos recueillis par YV

Crédit photo : Lengadoc Info

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3 réponses

  1. ne pas oublier la destruction voulue par les Socialiste,surtout dans l« enseignement,et toutes ces assos contaminées par les socialistes qui ont utilisées le vocabulaire des Evengiles.

Les commentaires sont fermés.

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