La plus ancienne statue de Saint-Yves se trouve à Plouégat-Guerrand (14ème siècle)

La plus ancienne statue de Saint Yves, que nous fêtons aujourd’hui, se trouve à Plouégat-Guerrand (14ème siècle). Visible sur un calvaire de l’enclos paroissial de Plouégat-Guerrand, la sculpture daterait du 14ème siècle et pourrait avoir capté le portrait exact du saint patron de la Bretagne, dans les toutes dernières années de sa vie (1253-1303).

Un Saint Yves mod kozh

En effet, au moment où elle a été sculptée, les derniers témoins de la vie d’Yves de Tréguier vivaient encore, en tout cas leurs souvenirs étaient encore frais dans la population locale. Il est très probable que ce village du Trégor finistérien aient reçu la visite du saint, puisqu’il sillonnait de long en large le diocèse de Tréguier.

Un détail de la statue de Plouégat va devenir un attribut obligé des images du saint : l’aumônière qu’il tient suspendue à son poignet. Elle est un élément indispensable du costume médiéval, puisque les poches cousues au vêtement ne seront inventées qu’à la Renaissance. Dans le cas de Saint Yves, l’aumônière a suivi le personnage dans son évolution spirituelle : après avoir contenu la paperasse des procès, elle s’est remplie d’aumônes et a transporté de village en village « un livre appelé la Bible« , selon la déclaration d’un témoin au procès de canonisation de 1330. Ayant vendu son cheval au cours d’une disette pour pouvoir distribuer du pain, Yves ne circulait plus qu’à pied, faisant certains jours des dizaines de kilomètres. Il avait donc besoin de l’équivalent de notre sac à dos.

L’habillement de la statue correspond au costume des 13ème et 14ème siècle, pour toutes les classes de la société. On peut distinguer sur les épaules le bas d’un chaperon ou capuche ; sur le bras droit, la manche ample d’un surcot, un genre de manteau-robe qui allait jusqu’au genou ; enfin les plis d’une cotte, robe du dessous qui pouvait descendre jusqu’au talon et qui était portée sur une chemise ou à même la peau. Un témoin de 1330 précise :

« J’ai vu Monsieur Yves porter en signe d’humilité, pendant les 12 années qui ont précédé sa mort, un long surcot et une cotte qui lui descendait jusqu’au talon, ainsi qu’un capuchon, tous faits d’une grossière étoffe blanche bon marché, appelée kordet ou burell« .

Cet habillement simple qui a impressionné les Trégorrois du 14ème siècle, Saint Yves en a fait le choix un jour de 1292, alors qu’il sortait du palais épiscopal de Tréguier. Comme pris d’une résolution subite, il entre en grand habit de juge dans l’hôpital de la ville et distribue tout aux malades – quand il ressort, il ne lui plus que sa chemise… Vêtu ensuite le plus simplement possible, il ne cessera de partager sur-le-champ avec ceux qui n’ont rien sur le dos.

Le visage de pierre de Plouégat est également détenteur d’une authenticité certaine : les traits tirés et les yeux déjà fixés vers le ciel, il ressemble bien aux dernières années de cet homme mort prématurément des privations qu’il s’infligeait.

Où se trouvent les plus anciennes images bretonnes de Saint Yves ?

La datation de la statue de Plouégat-Guerrand doit être prise au conditionnel, on ne la trouve que dans l’étude d’Yves-Pascal Castel, « Saint Yves et ses statues », 2004.

Elle semble en tout cas archaïque et fournir le type ascétique des représentations les plus anciennes de Saint Yves. Aucun recensement complet n’est disponible, les dates sont parfois sujettes à caution mais en voici quelques-unes, en Bretagne, de la fin du Moyen Age et du début de la Renaissance :

– plusieurs statues de la Porte Saint Yves de la cathédrale de Nantes dateraient de 1450 environ, dans les premières décennies de la construction de la cathédrale. On y devine sa ceinture en corde de laine, citée par plusieurs témoins :

– une série de sculptures de bois de la fin du 15ème siècle, qui ornaient les piliers d’une maison de Quimper, sont aujourd’hui conservées au Musée breton de la ville

deux vitraux de la cathédrale de Quimper, vers 1510-1515 lui donnent une allure monastique et les couleurs de la Bretagne

– une gravure illustrant les Chroniques de Bretagne d’Alain Bouchart (1514) :

– un bas-relief du 15ème-16ème du calvaire de Trestrignel, à Perros-Guirec (avant 1540, à moins qu’il ne s’agisse d’une recréation du début du XXème siècle) :

A partir de la Renaissance, les images conservées de Saint Yves deviennent innombrables. L’iconographie évolue. Les artistes rendent au saint patron de la Bretagne ses grands habits de juge. Une manière de l’honorer et peut-être de valoriser un idéal moins ascétique et plus accessible. L’une des oeuvres les plus remarquables est un vitrail de Montcontour datant de 1537 :

En 1635, le sculpteur de Landerneau Roland Doré finit même par rendre le sourire à Saint Yves, sur le calvaire de Senven-Léhart :

Enora

Crédit photo : DR
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Une réponse

  1. il est grand temps de faire table rase de tout cela disaient les communistes d’antan, et comme le préconisent les wokistes américains d’aujourd’hui ! obéissez braves gens, ils savent mieux que vous ce qui est bon pour nous tous

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