Communisme. Goulag – Une histoire soviétique

Le Goulag est le système concentrationnaire de l’Union soviétique communiste et constitua le coeur caché de l’empire, de 1917 à la fin des années 1950. A travers des témoignages et des archives exceptionnels, retour sur l’histoire d’un continent encore méconnu.

Le Goulag, phénomène majeur du XXe siècle, demeure pourtant largement méconnu. Créés dès 1918, les camps soviétiques connaissent dans les années 1930, avec la terreur stalinienne, et jusqu’à la mort du tyran en 1953, un développement exponentiel qui fait d’eux le cœur économique et politique caché du régime. Ignoré, puis nié pendant des décennies et rapidement occulté par le pouvoir russe après la chute de l’URSS, ce système concentrationnaire qui a brisé les existences de millions de déportés a été dénoncé et décrit au fil du temps par nombre de ses victimes, aux premiers rangs desquelles l’ancien officier de l’Armée rouge, devenu prix Nobel de littérature, Alexandre Soljenitsyne. Mais le secret instauré par l’URSS, l’aveuglement de l’Occident, qui a tardé à reconnaître sa réalité, puis le déni persistant des autorités russes ont longtemps entravé le travail historique nécessaire pour le comprendre dans toutes ses dimensions. Grâce à l’ouverture des archives, écrites mais aussi filmées, et au travail extraordinaire de collecte de témoignages accompli depuis trente ans par l’organisation russe Memorial – que Poutine a mise à l’index dès son arrivée à la tête de l’État –, cette série documentaire déroule pour la première fois en images l’histoire dantesque d’un « archipel », comme l’écrivait Soljenitsyne, largement oublié et incompris. En compétition au Fipadoc 2020, ce récit à la fois dense et fluide, sobre et plein de souffle, se fonde notamment sur les recherches de l’historien Nicolas Werth, l’un de ses trois coauteurs, spécialiste du régime soviétique. Sa force réside aussi dans sa capacité à tisser itinéraires individuels et destin collectif, par un art combiné du détail et de la synthèse.

Premier volet : les origines, de 1917 à 1933.

Les premiers camps de concentration sont mis en place dès 1918, quelques mois après la révolution d’Octobre. Le nouveau régime bolchevik veut se débarrasser des adversaires politiques et rééduquer par le travail les éléments dits « asociaux ». La première expérimentation à grande échelle a lieu sur l’archipel des Solovki, tout près du cercle polaire. Des milliers de détenus politiques et de droit commun, hommes et femmes, y sont déportés et soumis au travail forcé. En 1922, après le retrait de Lénine, frappé par des attaques cérébrales à répétition, Staline prend peu à peu le pouvoir et décrète à partir de la fin des années 1920 l’industrialisation du pays à marche forcée ainsi que la collectivisation des terres arrachées aux koulaks, les petits propriétaires terriens, prélude à des famines meurtrières. Cette « dékoulakisation » qui frappe massivement la paysannerie confère au Goulag une dimension elle aussi massive. Des chantiers titanesques sont lancés dans les régions les plus reculées, comme la Kolyma, en Sibérie. La police politique (Tchéka, puis Guépéou) envoie dans les camps de travail des centaines de milliers d’innocents, dont l’esclavage constitue une ressource économique majeure. Construction d’infrastructures et de villes, extraction d’or et de pétrole causent la mort de milliers de zeks (abréviation du mot russe signifiant « enfermé », « prisonnier »). Qu’importe, puisque la main-d’œuvre va s’avérer inépuisable ? Des millions de déportés Acronyme russe formé en 1930 à partir des mots

Deuxième volet : 1934-1945.

Le NKVD, qui a succédé à la Guépéou, multiplie les camps et transforme le Goulag en véritable industrie pénitentiaire. Le nombre de déportés franchit la barre du million en 1935… Glorifié au XVIIe congrès du Parti communiste, en 1934, Staline lance les chantiers du canal Volga-Moscou et la construction d’un nouveau transsibérien. Le NKVD, qui a succédé à la Guépéou, multiplie les camps et transforme le Goulag en véritable industrie pénitentiaire. Le nombre de déportés franchit la barre du million en 1935. Vitrine spectaculaire de la grande terreur déclenchée en 1937, les procès de Moscou dissimulent l’ampleur de la répression qui s’abat aveuglément sur l’ensemble de la société soviétique et les anonymes. Exécutions de masse et arrestations arbitraires s’accélèrent. En août 1939, après la signature du pacte germano-soviétique, des centaines de milliers de Polonais, de Baltes, d’Ukrainiens de l’Ouest ou de Moldaves rejoignent dans les camps du Goulag quelque 2 millions de déportés soviétiques. Après l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht, en juin 1941, les conditions de détention se dégradent de façon effroyable. La famine et la maladie ravagent les rangs des détenus. En 1945, malgré la victoire sur l’Allemagne nazie, l’archipel du Goulag, indispensable moteur de la machine de production soviétique, recommence à s’étendre, augmenté notamment de dizaines de milliers d’hommes, de femmes et même d’enfants qui n’ont souvent d’autre tort que d’avoir survécu à l’occupation nazie.

Dernier volet de ce documentaire sur le système concentrationnaire soviétique. Au sortir de la Seconde guerre mondiale, près de 2 millions de détenus s’entassent toujours dans les camps. Peu à peu, ces conditions de vie effroyables font chuter la rentabilité économique du Goulag… Les populations des nouveaux territoires occupés de l’Est restent elles aussi particulièrement soupçonnées d’antisoviétisme. Autre catégorie visée : celle des intellectuels, notamment au sein d’une population étudiante soviétique en expansion. Assujetties comme les hommes à des tâches épuisantes, les femmes, dont nombre de veuves de guerre condamnées à de lourdes peines pour de petits chapardages alimentaires, représentent désormais un quart des zeks. « Je n’ai que faire de votre travail. Ce qui m’intéresse, ce sont vos souffrances« , résume un jour une responsable de camp aux déportées, comme le rapporte l’une d’elles, trente ans après, à Memorial.

Près de 2 millions de détenus, dont beaucoup à l’extrême limite de la survie, s’entassent toujours dans les camps. Peu à peu, ces conditions de vie effroyables font chuter la rentabilité économique du Goulag. Le 5 mars 1953, après la mort de Staline, un million de libérations sont prononcées. En 1956, Khrouchtchev, s’exonérant au passage de sa responsabilité, pourtant indéniable, dénonce les crimes du stalinisme, provoquant dans le monde une immense onde de choc. Le système concentrationnaire ne disparaît pas totalement, mais ne retrouvera jamais l’ampleur que lui ont conférée quarante années de répression de masse.

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5 réponses

  1. Contrairement à la présentation d’ARTE, ce n’est pas :  » l’aveuglement de l’Occident, qui a tardé à reconnaître sa réalité,  » mais la complicité active des partis communistes, des intellectuels, universitaires, journalistes, artistes, qui étaient des militants marxistes, qui ont nié son existence et réduit au silence ceux qui voulaient témoigner.
    Cela continue encore que ce soit dans les manuels d’histoire, dans les émissions des médias du service public, dans les oeuvres artistiques qui minimisent le goulag russe, comme celui de tous les autres pays communistes – Chine, Viet Nam, Corée, Cuba, etc…-

    1. Vous avez parfaitement raison. L’occident a été complice de l’URSS. Les pseudo-intellectuels ont tout fait et continuent de tout faire pour cacher la vérité. Le communisme en Russie a permis aux US de conserver leur hégémonie et c’est pour cela que l’URSS bénéficiait de la clause de la nation la plus favorisée. La fin du communisme et le relèvement de la Russie opéré par Poutine (bien qu’ancien agent du KGB) ont contrarié les plans US et c’est pour cela qu’ils ont suscité, organisé et déclenché la guerre actuelle en Ukraine (prévue bien avant le 24 Février). Poutine a devancé les pauvres ukrainiens qui se font massacrer uniquement pour le bénéfice des US et la prospérité du complexe militaro-industriel US.

  2. Oui, l’ Occident, par son silence, fut complice des soviétiques dans ce que l’on peut considérer comme le déshonneur de l’ Humanité que fut ce monde du goulag !

  3. Au collège, j’avais une amie qui était une  »Russe blanche », sa famille avait fui la Russie, son père était musicien à l’Opéra d’Alger, elle m’a raconté les horreurs que faisaient subir les Russes  »rouges » aux Russes  »blancs »…Yves Montand, qui était communiste (ainsi que son épouse Simone Signoret) est revenu de son voyage, en Russie, où il avait été invité ,bien désillusionné..il avait perdu son bel enthousiasme pour le communisme…après avoir été au courant de l’existence des goulags!..

  4. ce fut pour le bien de ces pauvres gens ! idem pour le laogaï en chine, on ne se rappellera pas le système des khmers rouges et la choah de leur propre peuple par balle ou par la faim !

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