Plongée dans l’enfer des prisons américaines, avec Rémi Tremblay [Entretien]

Dans son dernier ouvrage en date, intitulé « Plongée dans l’univers carcéral américain », Rémi Tremblay, qui dirige également l’excellente revue Le Harfang, interroge quatre prisonniers blancs incarcérés dans les prisons les plus violentes de l’Amérique avec des témoignages inédits sur les conditions de détention, les tensions raciales, la violence, la peine de mort. Pour la première fois, ces détenus brisent le silence et font pénétrer le lecteur dans un univers sombre, où la violence est omniprésente.

Le livre, parfois mal traduit de l’anglais – et à la couverture moins attirante que son contenu – est édité par les éditions Dualpha.  Pour commander ce livre, cliquez ici.

Pour évoquer son contenu, toutefois passionnant (il y a tellement de fantasmes autour des prisons américaines…), nous avons interrogé son auteur.

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Remi Tremblay : Je suis le rédacteur de la revue canadienne-française Le Harfang, mais je suis davantage connu en France pour ma collaboration à certains médias dont Présent, Livr’Arbitres, ZentroMag et Eurolibertés. J’ai en outre rédigé quelques ouvrages sur des sujets canadiens et des personnages historiques tels Jacques Cartier, Adrien Arcand, Tom MacInnes, Anaclet Chalifoux et le Britannique Oswald Mosley.

Breizh-info.com : D’où vous est venue l’idée de faire un livre sur l’univers carcéral aux USA ?

Remi Tremblay : Le projet a débuté dans le cadre d’un autre projet, celui-ci de plus longue haleine : une histoire de la droite racialiste américaine. Aimant me documenter directement aux sources premières plutôt que de rester cantonné aux sources académiques, j’ai multiplié les contacts pour la réalisation de la phase préparatoire de cet ouvrage, toujours en construction, et c’est de cette façon que je suis entré en contact avec divers prisonniers blancs, qui m’ont fit découvrir leur monde.

Il m’est aussitôt apparu clair que nombre de mythes étaient véhiculés sur le mouvement racialiste en prison, tant par Hollywood que par certains médias alternatifs qui tendent à donner une représentation romantique de certains groupes criminalisés, qui ne méritent pas un tel traitement de faveur.

Après des discussions avec mon éditeur initial pour ce projet, l’Atelier Fol’Fer, il fut convenu que je questionne ces prisonniers blancs plongés dans l’enfer carcéral américain pour que ceux-ci, fait inédit, puissent donner leur propre portrait de ce monde que nous ne connaîtrons jamais de l’intérieur. Ils acceptèrent donc d’être mes yeux et de me faire entrer dans cet univers violent et brutal.

Breizh-info.com : Combien de détenus aux Etats-Unis ? Combien de prisons ?

Remi Tremblay : Il y a en ce moment 1,71 million de détenus, soit 639 pour chaque tranche de 100 000 habitants, un nombre ahurissant qui est pourtant nettement moins élevé que celui d’il y a à peine deux ans, avant la pandémie. En fait, si on compte les personnes détenues de façon préventive au niveau locale, le nombre peut atteindre 2,3 millions. En ne tenant pas compte des prison de comté (jail), on approche le nombre de 2 000 prisons dont la superficie totale équivaut à la moitié du Rhodes Island!

Breizh-info.com : Il y a, notamment en Europe, une mythologie au sujet des prisons américaines, entre les gangs, les viols dans les douches, les conditions de détention. Qu’en est-il réellement ?

Remi Tremblay : Cette fiction émane des productions hollywoodiennes où l’on mélange tout pour fasciner et horrifier à la fois le spectateur qui découvre un monde ultra viril, mais aussi brutal.

Voici les premiers mythes qui me viennent en tête :

Les gangs avec des croix gammées qui vendent du crystal meth ne sont pas un mythe. Les gangs « skins » ne sont souvent que des organisations criminelles sans aucune idéologie et les tatouages ne sont que pour marquer la différence raciale.

Les viols dans les douches, oui, c’est bien un mythe. L’approche pro-active de l’administration, la tolérance zéro des détenus pour les crimes sexuels ont bien éradiqué le fléau, même dans les prisons ultra-violentes où les douches sont encadrées. Il y a plus de chance de se faire casser le nez ou poignarder que de se faire agresser sexuellement.

Les agressions par des gardiens peu scrupuleux… oui et non!

Le monde carcéral américain est assez diversifié, dépendamment de la prison où l’on se trouve. Certaines sont hyper violentes et certains m’ont relaté des actes de violence de la part des gardiens. J’avais peine à y croire, mais les témoignages se recoupaient et il a fallu me rendre à l’évidence sur cette question. Il y a bien certains endroits où des éléments pourris parviennent à faire la loi.

Quant aux prisons elles-mêmes, de ce que j’ai pu voir dans les documentaires, mais aussi grâce à un cellulaire entré illégalement, c’est qu’elles sont très bruyantes, mais très propres et très sécuritaires. À défaut de respecter les prisonniers, les gardiens respectent généralement de nombreux protocoles de sécurité, ce qui alourdit les journées des détenus, mais assure la sécurité de tous. Dans tous les cas, c’est un endroit où vous ne voulez pas vous retrouver. Nul concours de karting comme à Fresnes!

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui différencie le système carcéral aux USA du système carcéral français ? Les prisons sont-elles surpeuplées, vétustes, comme en France ? Ou bien est-ce que cela varie avec les États?

Remi Tremblay : Surpeuplées, oui, les prisons américaines le sont certainement. De nombreuses hébergent des dortoirs dans lesquelles on entasse des prisonniers qui sont condamnés à y vivre durant des années. Rares sont les prisons américaines où les prisonniers bénéficient d’une cellule individuelle, gage d’un peu de sécurité la nuit venue.

Quant à l’état des prisons, la situation est différente aux États-Unis où la construction d’établissements pénitentiaires n’a jamais cessé. En France et au Canada, on ne construit plus de prison et en fait, on bâtit très peu en termes d’infrastructures, alors qu’aux États-Unis, on continue à en ériger, à agrandir celles qui existent. La participation du domaine privé au système carcéral et l’approche « tough on crime » de la droite conservatrice ne sont pas étrangères à ce développement. Si les États-Unis comptaient 511 prisons en 1970, en l’an 2000 on en répertoriait 1 663. On les retrouve surtout dans les états conservateurs et dans les milieux ruraux, où elles permettent d’offrir des emplois et font vivre l’économie. Étonnamment, la population locale voit d’un bon œil l’implantation de ces établissements dans leur région.

Selon le professeur John M. Eason, environ 80% des prisons sont opérées par les états, le reste est soit sous contrôle fédéral, soit géré par le privé.

Breizh-info.com : Qu’en est-il des gangs ? Les prisons sont-elles le reflet des tensions ethniques aux USA ? Qui contrôle ces prisons ? Quelle place pour les Blancs, minoritaires ?

Remi Tremblay : On touche là un des enjeux principaux soulevés dans mon livre : les Blancs sont minoritaires et ce sont les gangs qui font la loi derrière les barreaux. Le monde des gangs noirs est en constante évolution, mais on pense généralement aux Crips et aux Bloods, qui se basent sur une myriade de sous gangs pour assoir leur autorité. Au niveau des Latinos, principaux compétiteurs des Noirs, plusieurs sont liés aux cartels ou aux gangs mexicains ou salvadoriens dont le fameux MS13. La Mafia mexicaine reste la plus puissante.

Les Blancs jouent un jeu d’alliances derrière les barreaux pour se maintenir la tête hors de l’eau. L’Aryan Brotherhood est la plus importante fraternité criminalisée en prison, mais au-delà de l’imagerie utilisée, il s’agit d’un groupe d’abord et avant tout intéressé par l’argent, la drogue, le pouvoir. Ce n’est pas une organisation de défense des détenus blancs comme certains Européens le croient naïvement. La principale victime de l’Aryan Brotherhood est la population carcérale blanche, obligée de se soumettre.

Quant aux tensions ethniques, elles semblent s’estomper avec le temps, mais les clivages raciaux restent vifs et profonds. Dans les établissements les plus violents, les lignes de couleur sont insurmontables. Ces groupes ethniques forcés de vivre des années côtes à côtes dans un endroit clos peuvent se regarder en chiens de faïence durant des années, mais ils ne se mélangent pas et attendent le moment propice pour profiter de la faiblesse de leurs adversaires.

Breizh-info.com : Quels sont vos prochains travaux ? Quels livres conseilleriez-vous pour compléter le vôtre sur le sujet ?

Remi Tremblay : Le travail qui m’occupe principalement depuis quelques années est cette histoire de l’extrême-droite américaine, dont je suis en voie de compléter le premier tome sus peu. Il s’agit d’un travail de longue haleine : juste en termes d’entrevue, j’ai des dizaines et des dizaines d’heures, sans compter les milliers de pages de revues, de dossiers du FBI ou d’ouvrages sur ou émanant de cette mouvance. J’espère offrir un document de synthèse, mais sans laisser de zone d’ombre. Bref, un travail colossal dont le Tome 1 devrait paraître, si Dieu le veut, début 2023.

Quant à des suggestions de livres complémentaires, en français, aucun ne me vient en tête; nous sommes en Amérique à des années lumières des écrits de Cousteau ou de Brigneau sur Fresnes. Un ouvrage comme The Social Order of the Underworld: How Prison Gangs Govern the American Penal System de David Skarbek explique bien la façon dont les gangs ont la mainmise sur le système carcéral, alors que Face to Face with Race de Jared Taylor touche la réalité des tensions raciales au sein du système carcéral.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : Pxhere (cc)
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2 réponses

  1. il y a une dizaine d’années j’ai vu un reportage en arizona, un shérif y avait installé un camp de toile avec des tentes de l’armée pour petit délinquants, pas de télé pas de clim, et bien sur pas de karting!
    « si nos soldats peuvent vivre sous ces tentes, pourquoi pas ces racailles » disait il ?

  2. Ce reportage était très intéressant. Notamment par les travaux qu’exécutaient les condamnés : des travaux d’entretien des voieries, donc au grand air et les pieds entravés de chaine pour ne pouvoir s’enfuir. Les passants en voiture comme à pied, adultes et enfants, pouvaient les voir, et eux aussi, les prisonniers voyaient les passants. Une façon, selon le directeur de la prison, de montrer aux habitants qu’être prisonnier signifie être privé de la liberté, et une façon de montrer aux prisonniers que le monde tourne sans eux et surtout qu’ils le rejoindront à l’issue de leur peine.

    Une solution évidemment possible en France. Même fers aux pieds, les condamnés seraient évidemment mieux à travailler physiquement au grand air plutôt que de croupir entre les murs de leur prison.

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