Qui sont les réseaux bretons d’Angers ?

Capitale d’agronomie, d’horticulture et d’innovation végétale, la métropole angevine cultive des chemins de mémoire très anciens avec la Bretagne. Une réalité humaine mais aussi géologique qui rapproche ces deux régions. Des travaux universitaires sont particulièrement riches sur le sujet. L’une des grandes richesses géologiques du Massif Armoricain est l’ardoise. Ville ouvrière largement fondée sur la mono-industrie de cet or bleu, Trélazé en Anjou devint à partir du milieu du XIXe siècle une terre d’exil pour de nombreux bretons. En 1900, ils représentaient 20 % de la population trélazéenne puis 50 % à partir de 1908. Beaucoup d’entre eux étaient originaires des Montagnes Noires ou des Monts d’Arrée. En 1889, à l’instigation d’un prêtre d’origine bretonne qui était vicaire à Trélazé, l’abbé Durand, 400 d’entre eux partirent de Trélazé vers l’Argentine dans l’espoir d’une vie meilleure ; tous y ont disparu sans qu’aucune trace historique les concernant n’ait été retrouvée. A l’échelle départementale de l’Anjou et même de la Mayenne avec Renazé, en 1890 les bretons représentent la moitié des effectifs des ardoisières incluant même le Segréen et le Candéen. Les entreprises encouragaient le regroupement familial afin de les retenir, leur proposant des logements décents et prenant en charge la scolarisation des enfants, même si ceux-ci pouvaient être embauchés dès l’âge de 10 ans. Leur quartier était surnommé « La petite Bretagne » avec un curé et un médecin bretonnants.

L’immigration bretonne décline au début du XXe siècle et, après la Première guerre mondiale, les entreprises recrutèrent principalement une main d’œuvre étrangère, principalement portugaise. Dans le cadre de ses échanges européens, la commune de Trélazé est aujourd’hui jumelée avec Valongo au Portugal. De nombreux bretons, en particulier des Lorientais sont aussi descendus dans les puits des mines bleues en Anjou : https://www.wiki-anjou.fr/index.php/Le_Petit_Courrier_du_12_novembre_1911_- _Ardoisi%C3%A8res On associait souvent en Angleterre : les ardoisières aux Indes Bleues, pour comparer la richesse mythique des Indes et celles des carrières d’ardoise dont les pétales et les schistes étaient exportés jusqu’à Londres. Ces ardoises ont fait souffler, à l’époque, un vent de modernité sur les toits européens, en particulier lors de la reconstruction de Londres à la suite du Grand incendie de 1666.

Ce voyage de l’ardoise continue d’exister aujourd’hui. Les ardoises photovoltaïques colorées du Pavillon France à l’Expo universelle de Dubai sont en réalité inspirées des Nymphéas de Monet. Jeune artiste, c’est à Londres qu’il a développé ses premières commandes. Des travaux universitaires entretiennent cette mémoire de la route de l’ardoise. Ces derniers peuvent certainement guider d’autres générations à entreprendre et peut-être imaginer un nouveau chemin européen en faveur des constructions durables et des matériaux biosourcées (ardoises solaires, filières lin et chanvre…).

Pour aller plus loin : • René Musset, « La population et l’émigration bretonnes », Annales de Géographie, éditions Armand Colin, vol. 32, no 176, 1923, (lire en ligne) • Abel Chatelain, « Les bretons en Anjou », Annales de Géographie, éditions Armand Colin, t. 56, no 302, 1947, (lire en ligne) • Serge Chassagne, « Soulez-Larivière (F.), Les ardoisieres d’Angers », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Presses universitaires de Rennes, t. 87, no 1, 1980, (lire en ligne)

Kevin Lognoné

Photo d’illustration : DR
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