Très chers élus – Enquête sur 40 ans de financement politique. De Morlaix à France Inter

Celles et ceux qui écoutent l’émission « Secrets d’info » (le samedi à 13 h 20 sur France Inter) ont eu l’occasion d’apprécier la qualité des enquêtes d’Elodie Guéguen. Avec Sylvain Tronchet et Erwann Terrier, elle a eu la bonne idée de traiter la question – vieille comme le monde – du « financement politique » sous la forme d’une bande dessinée ; c’est moins rébarbatif que les habituels ouvrages truffés de chiffres, de montages et d’exposés de combines. Dans « Très chers élus – Enquête sur 40 ans de financement politique » (La Revue dessinée-Delcourt), on reconnaît nombre de personnages qui ont fait les beaux jours de la politique française. Avec le rappel de la règle : « Il faut de l’argent pour être élu. Beaucoup d’argent.» « Ce récit dessiné est la reconstitution et la synthèse d’une enquête de terrain de plusieurs années, faite de multiples témoignages et de documents journalistiques et judiciaires et utilisant parfois l’ironie, inhérente au genre littéraire de la caricature, comme instrument de critique sociale et politique », peut-on lire en guise d’« avertissement ».

On a même droit à un François Bayrou qui, sur RMC, donne la liste des gens mis en examen : Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Noël Guérini, Jean-Paul Huchon, Jérôme Cahuzac, Sylvie Andrieux, Alain Agostini, Alain Juppé, Claude Guéant, Gaston Flosse, Georges Tron, Jean Tibéri, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, Nicolas Bazire, Nicolas Sarkozy, Renaud Donnedieu de Vabres, Serge Dassault, Richard Ferrand, Alain Griset, Alain Juppé, François Fillon, Patrick Balkany, Sylvie Goulard, Brice Hortefeux, Michel Roussin, Brigitte Barèges, Charles Pasqua, Jacques Bompard, Daniel Simonpieri, Dominique Paillé, Pierre Bédier, Guy Drut, Philippe Kaltenbach, Henri de Raincourt, Manuel Aeschlimann, Pierre-Christope Baguet, André Santini, Rolmand Ries, Jacques Blanc, Gérard Longuet, Paul Giacobbi, Thierry Gaubert, Lucette Michaux-Chevry, Bruno Gollnisch, Yamina Benguigui, Marine Le Pen, Bruno Mégret, Jean-Marie Le Pen, Harlem Désir, Kader Arif, André Dulait, René Garrec, Robert Navarro, Philippe Doucet, Henri Jibrayel, Thierry Solère. Comme le dit si bien François de Rugy : « Si j’avais voulu faire de l’argent dans la vie, je n’aurais pas choisi la politique » (BFM TV, 5 décembre 2018). A coup sûr, la question des « abus de biens sociaux » mériterait à elle seule un autre ouvrage. Le roi en la matière étant un certain Jacques Chirac qui a vécu toute sa vie aux frais de la princesse, c’est-à-dire aux crochets du contribuable. En Bretagne, nous avons eu Raymond Marcellin qui a beaucoup « sollicité » le contribuable morbihannais. A partir de 1974, il n’est plus ministre. Qu’importe, il continue à fonctionner comme s’il l’était encore. Pour ce faire, il dispose de deux appartements boulevard de La Tour-Maubourg à Paris – loyer évidemment payé par le conseil général ; c’est ce qu’on appelle « l’antenne du conseil général du Morbihan ». Un appartement pour ses bureaux, ce qui lui permet de poursuivre une activité politique parisienne. Un autre pour son usage personnel.

Avec deux voitures et chauffeurs – l’une fournie par le conseil général, l’autre par le ministère de l’Intérieur (privilège accordé aux anciens ministres de l’Intérieur). Dans les bureaux, on trouve évidemment du personnel fourni par le conseil général. Tout cela s’arrêta en 1998 lorsqu’il cessa d’être président du conseil général ; un beau dimanche, jour d’élection, son successeur Jean-Charles Cavaillé (RPR) lui annonça qu’il fermait la boutique et rapatriait à Vannes mobilier, voiture et personnel. Raymond Marcellin se mit à pleurer. On ne peut pas dire que la fonction de président du conseil général occupait beaucoup l’ancien ministre ; il débarquait à Vannes un jour par mois pour la session du conseil général. Pour les affaires courantes, les élus voyaient Yves Carof, son directeur de cabinet ; c’était le « patron » à qui l’on demandait rendez-vous et subventions.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR

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5 réponses

  1. Les financements occultes de la vie politique sont interdits mais il serait audacieux de dire qu’ils ont totalement disparu. Or quand un élu a pu financer une campagne électorale avec de l’argent « au noir », le ver est dans le fruit : puisque la vie est ainsi faite, pourquoi n’en profiterait-il pas aussi personnellement ? C’est pourquoi les petites… disons « facilités » restent certainement fréquentes. Du temps où il était président PS de la région des Pays de la Loire, par exemple, Jacques Auxiette adorait se rendre en Chine. Qu’on ne vienne pas dire que c’était vraiment utile à la région ! Les costumes de Fillon ou les homards de de Rugy relèvent de la même dérive : rien d’illégal, mais…

    1. La France est restée un  » Monarchie républicaine « ……..les bourgeois élus ont remplacé les nobles et princes de sang !

  2. Il faut dégraisser le mammouth comme le disait en son temps Claude Allègre , supprimer le Sénat, la moitié des agences de l’état , supprimer les départements , les
    communautés de communes .
    Mais nos chers politiques ne se précipitent pas pour le faire car il vont devoir pointer à pôle emploi , Nous avons le taux de prélèvement d’impôts par habitant le plus élevé en Europe, ils nous demandent de nous serrer la ceinture ,il faut commencer par le haut et ne pas nous culpabiliser..
    Cela donnerai de l’air aux citoyens et aux
    entreprises .Il y a près de 3000 milliards de dette pour quels résultats en effet presque tous nos services publics sont défaillants

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