Bernard Rio (Les portes du sacré) : « Dans un sanctuaire, rien n’est anodin et tout détail est signifiant » [Interview]

Bernard Rio vient de publier un livre (aux éditions Ar Gedour) intitulé « Les Portes du Sacré ».

Comment visiter une église ? Par quelle porte entrer ? Dans quel sens déambuler ? Où se trouve la pierre des morts ? Pourquoi les fonts baptismaux sont-ils placés au nord-ouest ? Comment interpréter l’ornementation des lieux, par exemple la figure de l’acrobate ou celle de la sirène qui peut représenter à la fois une allégorie de la femme de l’autre monde, un archétype mythologique et un indicateur d’un courant d’eau souterrain !

Jusqu’au XVIIIe siècle, aucun sanctuaire n’a été construit au hasard dans le paysage. Les bâtisseurs et imagiers ont édifié et décoré des chapelles en s’inspirant d’une légende fondatrice et d’une dédicace, mais aussi en les inscrivant dans une orientation solaire en harmonie avec les courants telluriques.

Cet ouvrage  veut être un guide pour le visiteur d’aujourd’hui et lui donner des clefs pour comprendre les spécificités de l’architecture sacrée telle qu’elle a été conçue par les bâtisseurs.

Nous avons interrogé Bernard Rio pour en savoir plus.

Breizh-info. Vous avez publié de nombreux ouvrages chez différents éditeurs, ce nouveau livre chez un nouvel éditeur s’inscrit-il dans une continuité ou marque-t-il une rupture éditoriale ?

Bernard Rio : Après avoir étudié et publié sur les dévotions et croyances populaires en Bretagne, notamment sur les traditions pérégrines, les rites de vie et de mort, je me suis intéressé à leurs dédicataires, ce qui avait donné lieu au « livre des saints bretons » en 2016. Il était cohérent de poursuivre mes recherches sur les lieux patronnés par les saints et où se maintenaient les pratiques religieuses. « Les portes du sacré » traitent donc des sanctuaires, et s’inscrivent dans une continuité de mes travaux. Cependant, la démarche éditoriale d’Ar Gedour est novatrice et peut signifier une rupture, ou tout au moins un changement de cap dans la manière de concevoir un livre et de le diffuser.

L’édition est à l’image de la société. Elle est malade, comme frappée d’un mélange d’affairisme, de népotisme, d’égocentrisme et de wokisme. Il n’y a néanmoins pas de problème sans solution. Et la publication des « Portes du sacré » est une aventure sortant de l’ordinaire. Peut-être relève-t-elle d’une utopie, mais si tel était le cas il s’agirait d’une union féconde de la pensée et de l’action augurant un nouveau cycle !

C’est une première pour un auteur comme moi, habitué à travailler dans un cadre « classique » de l’édition : un contrat d’édition préalable à la rédaction de l’ouvrage, puis, après remise du manuscrit, une liberté totale de l’éditeur pour fabriquer et diffuser l’ouvrage.

Dans le cas des « Portes du sacré », l’éditeur a utilisé son fichier clients ainsi que les réseaux sociaux pour promouvoir l’ouvrage bien en amont de la publication, ce qui a permis d’une part de vérifier l’adéquation du projet avec le lectorat, et d’autre part de financer en grande partie la maquette et l’impression de l’ouvrage.

Lorsque la souscription a été close, la pré-vente de l’ouvrage s’est poursuivie jusqu’à la parution du livre en octobre. Les lecteurs ont ainsi validé la démarche de l’éditeur qui a cependant dû surmonter un handicap de taille à la fin de l’été :  l’envolée des prix du papier et de fabrication due à la crise énergétique !

Dans cette même logique de changement de paradigme, l’éditeur a associé des libraires à la promotion de l’ouvrage.  Un cycle de conférences a été organisé en Bretagne avec l’aide de médias audiovisuels et alternatifs (radios et réseaux sociaux). Là encore, ce fut une démarche nouvelle et enrichissante. Le bilan est positif, et je ne peux que remercier l’éditeur Eflamm Caouissin de m’avoir proposé une nouvelle manière de travailler. La parution des « Portes du sacré » augure par la forme participative et par son approche transdisciplinaire d’une édition innovante. Le succès est au rendez-vous puisque la première édition de l’ouvrage sera épuisée avant Noël.

Breizh-info. Peut-on dire que de ce livre qu’il participe d’une nouvelle économie ?

Bernard Rio : En effet, le monde bouge. Et l’édition ne déroge pas à ce changement. Elle va devoir s’adapter. Je crois que nous sommes à la croisée des chemins, un pied dans l’ancien monde et un pied dans le nouveau monde. L’édition, la diffusion du livre, la librairie, les animations et salons littéraires… Tout cela va devoir changer pour ne pas disparaître. Aujourd’hui, avec l’expérience initiée par Ar Gedour, il est opportun et essentiel de partager l’information en amont de l’achat d’un livre. C’est grâce aux lecteurs que ce livre a pu voir le jour. Comme l’éditeur et les libraires partenaires, les lecteurs peuvent être les acteurs et pas seulement des consommateurs.

Je crois utile d’impliquer les lecteurs dans la démarche de l’éditeur. Le monde du livre ne fait pas exception à ce qui se passe en ce moment dans le monde, un frémissement en surface et un mouvement d’une grande ampleur dans les profondeurs ! Il appartient à chacun de ne pas s’accrocher à un ancien régime et d’imaginer des solutions nouvelles, des rapports économiques différents, moins déséquilibrés que ceux issus de la société qui se lézarde sous nos yeux !

Breizh-info. Pour revenir au sujet de votre livre, quelle est son originalité ?

Bernard Rio : Il s’agit d’un livre coécrit avec Loïc-Pierre Garraud, Alain Perrot et Jean-François Le Roux, qui ont chacun apporté leur pierre à l’édifice, tant les domaines de l’architecture, de la géologie et de la géobiologie ainsi qu’en l’astronomie. Dans la première partie de l’ouvrage, nous expliquons comment, pourquoi et où les bâtisseurs ont érigé les sanctuaires qui s’inscrivent dans un temps long. Jusqu’au XVIIIe siècle, aucun édifice sacré n’a été construit au hasard dans le paysage et bâti sans référence à la divine proportion, celle des nombres sacrés auxquels se référait Vitruve. Les bâtisseurs et les imagiers ont édifié et décoré des sanctuaires en les inscrivant dans une orientation solaire et en harmonie avec ces principes cosmo-telluriques. Il existe une cohérence évidente entre le lieu et l’iconographie qui peut aussi s’expliquer par le symbolisme. Une chapelle, une église, une basilique, une cathédrale sont des lieux à part, retranchés d’un espace et d’un temps profanes. Une église catholique qu’elle soit romane, gothique ou baroque se distingue du temple protestant, de la synagogue et de la mosquée par sa conception, laquelle est plus proche du temple gallo-romain ou gaulois. Un sanctuaire n’est évidemment pas l’équivalent d’une salle de spectacle ou d’une salle polyvalente municipale. Ce n’est pas non plus l’espace abstrait des architectes. Ce n’est pas seulement un lieu de prière. C’est un lieu de transformation de l’homme charnel en « homme spirituel », pour reprendre le langage de saint Bernard. Le sanctuaire chrétien reprend ainsi les codes du fanum, dans sa localisation en des lieux singuliers (collines, boucles de rivière, etc.), à l’écart des villes, dans sa forme (plan centré) et dans sa fonction cultuelle liée à des pratiques individuelles et collectives, sédentaires et pérégrines… ainsi que dans sa dédicace et son orientation solaire.

Breizh-info. Peut-on dire que votre livre est une sorte de guide pour pouvoir analyser, observer, étudier, comprendre ce qui constitue notre patrimoine religieux ?

Bernard Rio : Dans un sanctuaire, rien n’est anodin et tout détail est signifiant. L’interprétation des historiens de l’art ne contredit pas la vision des géobiologues, laquelle ne va pas contre l’analyse symbolique des mythologues, la doctrine de théologiens et les spéculations des philosophes… Tels sont par exemple les multiples sens qu’on peut accorder aux entrelacs et volutes sur les voussures des porches ou sur les piliers : motif artistique, fonction énergétique, cryptogramme religieux… De même, les chapelles de l’abside correspondent selon la vision des uns et des autres à l’éclatement des courants d’eau ou à un style architectural …

À l’extérieur de l’édifice, sur le placître, tout est également d’importance. Dans l’enclos de l’église de Locquénolé se trouve un calvaire, sous lequel s’écoule le courant d’eau, les bras de la croix indiquant très précisément le sens du courant qui traverse le porche méridional ! Dans cette même église, l’orientation de la nef correspond au lever de soleil le jour de la fête de la translation des reliques de saint Guénolé, le fondateur et dédicataire du lieu. Il en va de même dans tous les sanctuaires que nous avons étudiés. La première partie du livre traite de la méthologie que nous avons élaborée pour étudier les sanctuaires. La seconde partie est le passage de la théorie à la pratique. Nous étudions vingt-huit édifices répartis dans toute la Bretagne, des grands sanctuaires comme la cathédrale saint-Samson à Dol de Bretagne et de petites chapelles comme Saint-Marcellin à Mouais.

Après avoir lu notre livre, chacun sera à même d’étudier et de comprendre l’architecture de sa chapelle ou de son église paroissiale, dès lors que ces édifices sont antérieurs à la Révolution française qui marque une rupture architecturale, symbolique et spirituelle. Notre discours vaut bien entendu pour la Bretagne puisqu’il s’agit du territoire que nous étudions, mais il vaut aussi pour tous les sanctuaires de l’Europe occidentale, en Auvergne, en Bourgogne, en Picardie, en Saintonge…

« Les Portes du sacré », sous la direction de Bernard Rio, avec la collaboration de Loïc-Pierre Garraud, Alain Perrot et Jean-François Le Roux, éditions Ar Gedour (2 Lann Tremeler 56300 Neuillac), 504 pages, 42 euros. Diffusion Coop Breizh.

Lien pour commander l’ouvrage :

« Les Portes du Sacré » vient de paraître… et rencontre un véritable succès ! – Ar Gedour

Libraires partenaires :

LOCRONAN : Librairie Celtique – place de l’Eglise, 29180 Locronan

LORIENT : librairie « Quand les livres s’ouvrent » – 47 rue Maréchal Foch, 56100 Lorient

NANTES : librairie Siloë – 3 rue Gén Leclerc Hauteclocque, 44000 Nantes

NOZAY : librairie La Bulle, 38 Rue Alexis Létourneau, 44170 Nozay

PONT-AVEN : Pension Gloanec – 5, Place Gauguin – 29930 Pont-Aven

PARIS : La Nouvelle Librairie – 11 rue Médicis – 75006 Paris

PONTIVY : Trady Breizh – 6 rue du Fil, 56300 Pontivy

QUINTIN : « le Marque-Page » – 8 r Toiles, 22800 Quintin

RENNES : Librairie « L’encre de Bretagne » – 28 Rue Saint-Melaine, 35000 Rennes

SAINTE ANNE D’AURAY : Magasin de la Basilique – 7 rue de Vannes – 56400 Sainte Anne d’Auray

Crédit photo : DR

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Une réponse

  1. PAS LU MAIS QUAND VOUS POUSSEZ UNE PORTE D’EGLISE ICI OU A CUBA vous savez que vous êtes près de votre CREATEUR
    AMITIES
    et même a FREJUS a ma petite fille maman maintenant je lui ai dis ‘ne court pas ne fais pas de bruit c’est le jardin de BOUDHA respectons nous nous avons des CULTURES DES LANGUES DIFFERENTES!!!!

Les commentaires sont fermés.

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