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Une nouvelle série Thorgal (bande dessinée)

Créée il y a 45 ans, la bande dessinée Thorgal, teintée de fantastique, est aujourd’hui encore la plus connue sur les vikings. Dans le dernier tome de la série mère, Thorgal va lutter contre ses ancêtres, les atlantes. Mais la surprise provient d’une nouvelle série : Thorgal Saga.

Vers le VII ème siècle, une expédition Viking découvre un bébé dans une mystérieuse embarcation (en réalité une capsule spatiale). Le chef Viking, Leif Haraldson, adopte l’enfant et le nomme Thorgal Aegirsson en référence à Thor, le dieu de la foudre, et Aegir, le dieu des mers. A l’adolescence, Thorgal devient un formidable guerrier doté d’une exceptionnelle habileté au tir à l’arc. Il rencontre la jeune Aaricia, avec laquelle il va vivre ses premières aventures. Thorgal et son épouse Aaricia décident de quitter le peuple viking pour vivre à l’écart de la cruauté des hommes. Thorgal apprend qu’il est le dernier descendant du « peuple des étoiles », la civilisation atlante qui a fui la Terre des siècles auparavant. Au fil de leurs aventures, Thorgal et Aaricia donnent naissance à deux enfants : d’abord Jolan, qui développe rapidement des pouvoirs de modification de la matière, puis Louve, qui possède le don de communiquer avec les animaux. Thorgal a également eu un enfant, Aniel, avec Kriss de Valnor, aventurière sans scrupules, alors qu’il avait perdu la mémoire. Mais il devra sans cesse lutter contre la folie des hommes et des dieux…

Cette prestigieuse série, à l’important succès (20 millions d’albums vendus), est née de la rencontre improbable, en 1976, entre le scénariste belge Jean Van Hamme, passionné par la mythologie nordique, et Grzegorz Rosinski, dessinateur polonais qui en avait assez de participer à la propagande communiste. Créée en 1977, cette série décrit les aventures d’un guerrier viking qui aspire, malgré la folie des hommes et des dieux, à vivre en paix avec sa famille. Elle a suscité l’intérêt du jeune public pour l’histoire des vikings et la mythologie nordique. Si Jean Van Hamme imagine que les dieux nordiques existent réellement, il dénonce la brutalité des vikings, assoiffés de conquêtes. Le succès grandissant de la série tient au héros Thorgal, particulièrement charismatique, même s’il rejette la violence, le pouvoir et les richesses. Courageux, guerrier hors-pair, il ne se bat que pour défendre sa famille ou sa liberté. Mais l’originalité de cette série résulte du mélange des genres (historique, science-fiction, fantastique) dans un ensemble qui reste exceptionnellement homogène.

A partir de 2007, la série Thorgal (t. 30) est scénarisée par Yves Sente. Pour le tome 35 arrive un nouveau scénariste : Xavier Dorison. Mais le héros Thorgal, depuis de nombreux tomes, manque de charisme et de dynamisme. La série semble essoufflée. Le scénariste Yann reprend le flambeau à partir du tome 37. Il imagine un Thorgal plus posé, tourné vers sa famille. Dans les tomes 39 et 40, Yann a la bonne idée de rappeler l’origine de Thorgal, enfant du peuple des Atlantes, avec un retour dans leur mystérieux vaisseau spatial. Thorgal découvre le but ultime de l’expédition Atlante : exterminer la race humaine afin d’exploiter la planète… Le scénariste Yann, en mêlant la science-fiction avec la mythologie scandinave, opère ainsi un véritable retour aux sources de la série. On retrouve l’esprit des anciens albums L’Ile des Mers Gelées (t. 2), L’enfant des étoiles (t. 7), Le cycle de Qâ (t. 10) et Le royaume sous le sable (t. 26)…

Le dessinateur Grzegorz Rosiński a également quitté la série. Il est remplacé par Fred Vignaux, dessinateur talentueux. La colorisation de Gaétan Georges est maîtrisée.

Parallèlement à la série Thorgal ont été créées, dans Les Mondes de Thorgal, trois séries parallèles : Kriss de Valnor, Louve et La jeunesse de Thorgal.

Dans la série Kriss de Valnor, scénarisée par Yves Sente puis Xavier Dorison, dessinée par Giulio de Vita, Roman Surzhenko puis Fred Vignaux, cette aventurière, après sa mort, doit convaincre les Walkyries qu’elle mérite d’entrer dans le Walhalla.

Scénarisée par Yann, la série Louve s’inspire des mythologies scandinaves. Yann construit son récit, riche en surprises, en y incorporant des personnages déjà rencontrés dans les albums des aventures de Thorgal : le nain Tjahzi, la Gardienne des clés, le méchant Volsung de Nichor. Le dessin de Roman Surzhenko, qui reste dans l’esprit de la série originelle, est si soigné qu’il ne fait pas regretter celui de Rosinski.

La série parallèle La jeunesse de Thorgal raconte, sur le mode initiatique, les aventures du héros entre ses 15 et 20 ans. Yann nourrit souvent son récit, bien rythmé, de traditions Vikings. Le superbe dessin de Roman Surzhenko rappelle celui de Rosinski. Cette série va encore durer, alors que les deux autres séries parallèles (Louve, Kriss de Valnor) ont pris fin en se raccordant à la série principale.

Après Les Mondes de Thorgal, les éditions Le Lombard lancent une nouvelle série : Thorgal Saga. Celle-ci permet à différents auteurs d’apporter leur pierre à l’édifice, chacun imaginant un récit indépendant. Robin Recht, spécialisé dans l’heroic fantasy (Totendom, Le troisième Testament-Julius, Conan le Cimmérien, Elric), est le premier à livrer son récit, dans Adieu Aaricia.

Robin Recht crée un scenario tragique, mélancolique, dans l’esprit de la série Thorgal. Il imagine que Thorgal très âgé, les cheveux blancs, tire depuis la plage une flèche enflammée. Celle-ci se plante dans le drakkar où se trouve le corps d’Aaricia, son épouse qui vient de mourir. Le navire prend feu, sous le regard décomposé de Thorgal, dévasté par la mort de sa bien-aimée. Selon la mythologie viking, Aaricia réalise son dernier voyage vers le pays des dieux : le Walhalla. C’est alors qu’apparaît le serpent Nidhogg. Celui-ci propose à Thorgal, avec toute sa perfidie, l’anneau d’Ouroboros, qui lui permettrait de retourner dans le passé pour revoir Aaricia. Refusant d’abord par sagesse, la tentation pour le vieux guerrier devient trop forte. Thorgal se retrouve ainsi transporté dans le passé, sur la plage près de son village d’antan. Il rencontre Solveig, la meilleure amie d’Aaricia, blessée et inconsciente, et la ramène à son village. Le Thorgal âgé de plus de soixante-dix ans rencontre alors le Thorgal adolescent. Mais Aaricia a disparu, enlevée par les Baalds, des barbares. Thorgal comprend alors que Nidhogg l’a envoyé dans le passé afin de réécrire l’histoire. Accompagnés du roi Gandalf-le-Fou et de Skraeling-la-Noire, les deux Thorgal vont tenter de libérer la femme qu’ils aiment…

Dans ce récit, Recht respecte les codes thorgaliens, notamment l’importance de la mythologie nordique, ici représentée par le perfide serpent Nidhogg. Les connaisseurs remarqueront même que cet album commence au même endroit que le tome 1 (La Magicienne Trahie) de la série mère : à l’anneau des sacrifiés. La rencontre des deux Thorgal, le jeune fougueux et le vieux sage, est une excellente idée. C’est aussi l’occasion d’évoquer la vieillesse avec tendresse. Dans l’adversité, ayant perdu sa force physique, Thorgal reste digne et fidèle à ses valeurs.

Mais on reste surpris, au sein du monde des vikings, par la guerrière Srkaeling, une géante noire, ancienne esclave, devenue reine des skraelingars (populations du Groenland et du Vinland)… Dans la bande dessinée, cette guerrière est noire depuis que son père, le géant Surtur, roi de Muspellheim, l’a plongée dans un lac de feu. Pour se justifier, le scénariste explique qu’« au IXème siècle, le marché mondial des esclaves ne connaissait pas de frontières » et rappelle l’existence de Yasuke, samouraï d’origine africaine qui a vécu au XVIème siècle.

Le superbe dessin de Recht est dans la même veine que celui de Grzegorz Rosinski, même s’il garde son originalité. Son utilisation de l’outil informatique n’est pas visible. Et pourtant… Pour cet album, après avoir écrit le scénario, il a fait un story-board en numérique, puis réalisé un crayonné en numérique, avant de l’imprimer afin d’encrer sur du papier, puis de scanner les planches pour les reprendre de nouveau à l’informatique.

On apprécie également la magnifique colorisation de Gaëtan Georges, rappelant celle des premiers albums de Rosinski.

Dans cette nouvelle série prometteuse, d’autres albums sont déjà annoncés : La Forêt verticale (par Fred Duval et Corentin Rouge en 2024) et Shaïgan-sans-merci (par Yann et Roman Surzhenko).

Kristol Séhec

Thorgal, t. 40, Tupilaks, 48 pages, 12,95 euros. Editions Le Lombard.

Thorgal Saga – Adieu Aaricia, 112 pages, 23,50 euros. Editions Le Lombard.

Illustrations : DR
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