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Hôpital : Guingamp réclame le même traitement que Carhaix

Vu de Paris, les petites villes ne présentent aucun intérêt. En Bretagne, seules comptent les métropoles (Brest, Nantes, Rennes). Si Guingamp ne parvient pas à créer un rapport de force qui lui soit favorable, sa maternité fermera.

Depuis avril, les accouchements sont suspendus à la maternité de Guingamp et les perspectives ne sont pas bonnes pour la chirurgie. Pour les urgences, depuis l’été, la situation n’est pas fameuse non plus. A tel point que les élus veulent un accord comparable à celui qui a été signé par l’Etat et les élus le 27 octobre au bénéfice de Carhaix ; il garantit en particulier « le maintien des services actifs de l’hôpital de Carhaix, chirurgie et maternité comprises » (Ouest-France, Bretagne, lundi 20 novembre 2023)

Mais il faut compter avec le « projet médico-soignant partagé » (PMSP) 2023-2028 du « Groupement hospitalier de territoire Armor » – les médecins – auquel appartient l’hôpital de Guingamp ; ce dernier préconise le passage de la maternité en centre de périnatalité de proximité et la fin de la permanence de soin. « Ce sont les médecins qui demandent l’arrêt des naissances. C’est inouï », s’indigne Rémy Guillou, maire de Plouisy (Ouest-France, Bretagne, lundi 20 novembre 2023) « Ce projet, c’est celui des professionnels de santé », souligne Ariane Bénard, directrice du Groupement hospitalier de territoire, qui rappelle qu’ « au final, c’est l’ARS qui se prononcera » (Le Télégramme, Bretagne, mardi 14 novembre 2023); c’est-à-dire que l’Etat décidera. Et l’Etat, c’est le gouvernement.

Il reste donc aux élus à créer un rapport de force tel que le ministre de la Santé soit contraint de  donner satisfaction à Philippe Le Goff, maire de Guingamp, et à Vincent Le Meaux, président de Guingamp agglomération. Sinon c’est fichu ! Ne nous faisons pas d’illusion si Carhaix a gagné, c’est uniquement parce que les élus et la population se sont remués et mobilisés… Dans les lieux de pouvoir, on se souvient des Bonnets rouges (1675 et 2013), on n’a pas envie de les revoir- la prudence s’impose donc. « On a fait trembler Paris », commente Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère, à propos des Bonnets rouges de 2013 (Le Télégramme, jeudi 26 octobre 2023). Au final, un accord coûte moins cher que des gendarmes mobiles et des destructions… Eviter les vagues s’impose car « il reste encore quatre ans avant l’échéance de 2027 et pourtant une ambiance de fin de règne s’est déjà installée » ; d’où une nécessité : « éviter tout nouvel embrasement », souligne Françoise Fressoz (Le Monde, mercredi 22 novembre 2023)

A Guingamp, les électeurs votent « contestataire »

Et puis il faut compter avec les élections européennes de juin 2024 qui se présentent mal pour le camp macroniste si on considère les intentions de vote : 20 % pour la liste de Stéphane Séjourné (Renaissance, Modem et Horizons) et 29 % pour celle de  Jordan Bardella (Rassemblement national)… Les autres listes font figure de petits joueurs : 10,5 % pour la liste socialiste (Raphaël Glucksmann), 10,5 % pour la liste écologiste (Marie Toussaint), 8,5 % pour la liste insoumise (Manon Aubry), 6,5 % pour la liste des Républicains (François-Xavier Bellamy), 6 % pour la liste Reconquête (Marion Maréchal), 2 % pour la liste du Parti communiste français (Léon Deffontaines), etc. (Sondage Ipsos, La Tribune dimanche, 12 novembre 2023). A cette première donnée peu encourageante pour l’Elysée  vient s’ajouter une seconde qui met en lumière la faiblesse du socle politique et électoral dont dispose le pouvoir : « Quel jugement portez-vous sur l’action du président de la République ? »  66 % des personnes interrogées donnent une réponse « défavorable » (Baromètre Ipsos, Le Point, 16 novembre 2023). Autant dire qu’un « remue-ménage  dynamique» à Guingamp contraindrait le couple Macron-Borne à « comprendre » l’urgence qu’il y a à donner un fonctionnement normal à l’hôpital (maternité, urgences).

 Dans son dernier ouvrage « La France d’après – Tableau politique » (Seuil), Jérôme Fourquet consacre un chapitre aux petites villes qui ont subi la disparition des services publics. « La présence de ces services publics signe symboliquement la pleine appartenance à la collectivité nationale et confère à leur ville un certain statut. La fermeture est alors reçue comme une rétrogradation de la commune et nourrit, auprès de ses habitants, le sentiment d’être considérés par les pouvoirs publics comme des citoyens de seconde classe », écrit-il. Un tableau montre l’évolution du vote FN/RN au second tour de l’élection présidentielle dans certaines petites villes touchées par la fermeture des services publics ; Guingamp y figure. En 2002, Jean-Marie Le Pen obtient 11,4 % des suffrages exprimés. En 2022, Marine Le Pen obtient 39,2 % des suffrages exprimés – soit une progression de 27,8 points. Le mécontentement et la désespérance sociale expliquent évidemment cette poussée du vote « populiste ». Autre signe qui ne trompe pas : l’élection d’un député Nupes-LFI au second tour des élections législatives de juin 2022 ; Murielle Lepvraud bat nettement le député macroniste sortant Yannick Kerlogot (21 716 voix contre 18 939 voix – soit 53,42 %/46,58 %). Certes, à ce second tour, Mme Lepvraud a bénéficié du renfort des électeurs RN du premier tour (Noël Lude, 7 027 voix,  16,13 %).

Le gouvernement veut tuer la vie économique de Guingamp

Jean Ollivro, professeur de géographie à Rennes 2 et à l’institut d’études politiques de Rennes, présente la situation en géographe : « Si la commune de Guingamp ne compte que 8 008 habitants, elle est au centre d’un pays nettement identifié qui regroupe soixante-quatre communes et 72 000 habitants (…) Y fermer la maternité reviendrait alors très directement à désertifier ce territoire (…) Les décideurs ont-ils une seconde réfléchi à la portée exacte de leurs décisions ? Si l’on voulait tuer la vie économique de Guingamp, on ne s’y prendrait pas mieux. Le pays gardera ses cimetières et ses services de gériatrie. A l’inverse, ce serait un réel bassin de vie… où l’on ne pourrait plus naître ? Les retombées économiques de cette décision risquent d’être colossales, déterminantes, de freiner directement l’implantation de jeunes ménages (…) En réalité, comme à Corlay (fermeture programmée du collège pour des critères de “seuil“), l’Etat ne voit l’avenir qu’à travers les métropoles et est en train de dépecer l’aménagement du territoire breton (…) Malgré toutes les difficultés, il n’est pas possible de fermer un tel symbole pour tous ceux qui, comme nous, sont convaincus que l’équilibre territorial est la chance essentielle pour l’avenir de la Bretagne. » (Ouest-France, lundi 20 novembre 2023) Jean Ollivro ne s’intéresse pas par hasard au sort de l’hôpital de Guingamp ; en effet cette ville est le berceau de sa famille. Son père Edouard Ollivro (centriste) en fut longtemps le député-maire et se comportait en « bon » breton ; en effet il fut l’un des piliers du Célib et ne manquait jamais l’occasion d’apporter son soutien au président René Pleven et au secrétaire général Joseph Martray à chaque fois qu’il y avait de l’ « agitation » au comité directeur (Michel Phlipponneau).

Un rapport émanant des élus de Guingamp-Paimpol agglomération (GPA) montre l’importance de l’hôpital : premier employeur du territoire avec plus de mille agents, 74 médecins en équivalent temps plein, 505 accouchements en 2021 à la maternité, 21 600 passages aux urgences par an, 600 lits (Ehpad, médecine, chirurgie, soins de suite), 77 millions de budget annuel (Ouest-France, Côtes-d’Armor, lundi 20 juin 2022)

Bernard Morvan

Photo d’illustration  : Hirondus/Wikimedia (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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2 réponses à “Hôpital : Guingamp réclame le même traitement que Carhaix”

  1. Toubib_53 dit :

    Et nos génies transcendants et inspirés de la destruction politique organisée seront “surpris” par la baisse de la natalité tout comme ils seront “surpris” de la diminution de l’espérance de vie et “surpris” par l’explosion des dépenses à cause de soins pris en charge trop tardivement (cancers entre autres)
    Théorie officielle des énarques issus de l’école alsacienne: pas assez d’accouchements met la femme en danger …… MAIS ……. accoucher au bord de la route ou dans le VSAB des pompiers c’est d’une sécurité absolue surtout quand vous habitez à 50 km de l’hôpital et respectez les …. 80 km/h
    DESTRUCTION de l’hôpital, des maternités, du système médical, de l’école, de la justice …. en fait de tout ce qui est service à la personne ……. Quel MERVEILLEUX BILAN DE LA MACRONIE TRIOMPHANTE
    Rassurez vous vous pourrez bientôt accoucher dans les gares avec cabine de …. téléconsultation !!!!!
    Autant de progrès social c’est époustouflant.

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