Difficile de croire que des gens éduqués et sensés puissent sortir de telles fadaises. Depuis quelques années, les personnes noires installées ou non en Occident (dits « Afrodescendants ») sont soumises à un déluge de calembredaines qui pourraient prêter à rire : électricité sur les pyramides, Grande-Bretagne terre africaine d’où les Noirs auraient été expulsées au XVIè siècle, sans parler des Amériques colonisées par les Noirs avant même les Peaux-Rouges, d’Israël, « terre noire » et autres appropriations de l’Histoire des autres. Cette appropriation sur des bases idéologiques et raciales a un nom : l’Afrocentrisme. L’afrocentrisme rend bien entendu ridicule les instigateurs de telles idioties, mais celles-ci ont pour caractéristiques de resurgir régulièrement dans l’ensemble des populations afrodescendantes. Et l’intervention de Rama Yade soutenant les rêveries de Maître Gim’s sur les pyramides électriques laisse entrevoir une réalité beaucoup plus inquiétante : la volonté assumée de s’inventer une histoire glorieuse à tout prix par désir de dignité. « Je ne te défends pas parce que tu n’en as pas besoin mais je le fais pour nos enfants pour qu’ils n’aient pas à raser les murs et qu’ils marchent la tête haute » avait dit Rama Yade à Maître Gims à l’époque. Ou pour dire les choses plus simplement : puisque nous n’avons pas de grandes découvertes scientifiques ou de grandes réalisations architecturales desquelles nous pourrions être fiers, approprions-nous goulûment les merveilles des autres à coup de pseudos découvertes archéologiques ou d’invraisemblables réécriture de l’Histoire.
Vertigineux !
L’Afrique a une surface totale de 30,37 millions km², soit pratiquement deux fois la Russie. Or, sur cette surface, la plupart des merveilles architecturales se situent au nord du Sahara, dans l’Afrique arabe et berbère : pyramides d’Egypte, Sphinx, tombeaux royaux de Méroé au Soudan, la mosquée de Fes au Maroc, etc…
Au sud du Sahara, dans l’Afrique noire donc, on retrouve bien la magnifique cité historique de Djenné, au Mali ou le monument de la Renaissance africaine, à Dakar, au Sénégal. Problème : cette sculpture monumentale est l’oeuvre d’un Blanc : le Roumain Virgile Magherusan. L’ensemble de l’oeuvre a tout de même été dessinée par un Sénégalais Pierre Goudiaby Atepa mais réalisé par des Nords-Coréens. Décidemment, on n’en sort pas ! Idem pour une autre grande oeuvre artistique : les monuments dédiés à la culture boers (monument aux Voortrekkers, Monument dédié à la langue afrikaans, …) agrémentés depuis la fin de l’Apartheid par le Freedom Park. Là aussi, même si une partie du projet a été supervisé (le Freedom park) par un poète noir (membre de l’ANC) Mongane Wally Serote, il a été un peu beaucoup conçu par des Blancs.
Voilà pour ce qui est de l’architecture
En ce qui concerne, un autre pan de la culture soumis à l’Afrocentrisme, le cinéma, l’Afrique et le monde noir n’ont pas à rougir tant que ça de leurs réalisation. Le continent noir compte, en effet, de nombreux cinéastes largement primés dans les festivals internationaux, les Etats-Unis comptent également de grands metteurs en scène noirs, dont le génial Steeve McQueen auteur d’Hunger film référence sur la grève de la faim des détenus de l’IRA et de l’INLA en 1981. Et depuis quelques années, la communauté noire se tartine avec la série des Blacks Panthers/Wakanda réalisée par le noir américain Ryan Coogler. Malheureusement, celle-ci n’est qu’une adaptation de l’univers Marvel, intégralement créé par des Blancs new-yorkais, la plupart d’origine juive de surcroît, ce qui n’est pas toujours connu de certains néo-antisémites noirs.
Car, si l’Afrique compte de grands mythes, a connu des empires, des sagas, elle paraît incapable de les magnifier seule. Au contraire, au lieu de sublimer par l’image ce pan méconnu de l’Histoire mondiale, certains « afro-descendants » installés en Europe ou aux Etats-Unis s’inventent d’improbables « Royaumes noirs » au coeur de l’Europe ou de ridicules pyramides électriques pilotées par des « négro-égyptiens » base de « l’Afrocentrisme ». Par exemple, selon les théories afrocentristes « le royaume d’Égypte était noir ». Et si les nombreuses peintures et gravures retrouvées ne montrent pas vraiment cela, c’est de la faute des égyptologues blancs qui auraient brisé les nez des statues et des momies pour dissimuler leur caractère « épaté ». Le nez brisé du Sphinx s’inscrirait d’ailleurs dans ce ténébreux complot.
Tout cela n’est pas jeune car l’intellectuel sénégalais Cheikh Anta Diop a été la figure de proue de l’afrocentrisme et du mythe « négro-égyptien ». Or, celui-ci est mort en 86 ! Les théories du pauvre diable qui se sera même auto-proclamé « physicien nucléaire » n’auront cessé d’être discréditées par toutes les chaires d’Histoire et d’Anthropologie possibles, mais cela n’a pas empêché l’Etat sénégalais de nommer l’université de Dakar « Université Cheikh Anta Diop ». Et surtout cela n’aura pas empêché que ces théories se métastasent perpétuellement.
En effet, les délires afrocentristes ne cessent de rebondir dans le monde des afro-descendants, ces exilés noirs installés en Europe qui oscillent entre déracinement identitaire et cruelle comparaison quotidienne entre les civilisations dont ils sont issus et les civilisations occidentales où ils évoluent. D’où de continuelles transformations de l’afro-centrisme. Désormais ce ne sont plus les Egyptiens anciens qui étaient noirs mais les Britanniques pré-XVIè siècle, les Juifs anciens, les civilisation pré-colombiennes et même certaines régions de Chine. En clair : partout où les sociétés sont bien organisées, technologiquement avancées et triomphantes, il apparaît indispensable de prouver que des Noirs sont à l’origine de ces avancées qui auraient ensuite été « volées » par les Blancs. Curieusement, l’Afrique moderne paraîtrait dépourvue de ces civilisation avancées (à part l’Afrique du Sud blanche d’avant 94 bien entendu).
Bien entendu, le gauchisme culturel blanc apporte sa petite touche artistique à la chose en inventant des Noirs lors des grands évènements historiques européens. Récemment, la BBC anglaise a diffusé un documentaire historique sur la bataille d’Hasting de 1066 qui opposa le roi anglo-saxon d’Angleterre, au duc de Normandie Guillaume le Conquérant. Dans les troupes anglo-saxonnes, un acteur noir. Cette incongruité historique s’ajoute à une longue suite de réécriture de l’Histoire dont le wokisme blanc a le secret.
Tout cela pourrait prêter à rire si ces théories ne concernaient que quelques panafricanistes isolés du Sénégal ou de Guinée. Hélas, le poids démographique galopant des populations noires immigrées en Europe n’augure rien de bon si ces populations sont nourries de mythes aussi absurdes que revanchards.
Car le « malaise identitaire » de ces populations auquel participent ces calembredaines est l’une des bases du Choc des Civilisations que nous vivons au coeur de nos sociétés occidentales.
Mathurin Le Breton
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Une réponse à “Histoire : Les Africains et l’escroquerie de l’Afrocentrisme [L’Agora]”
Vous avez raison. Si ces élucubrations sont utiles aux Africains en Afrique, tant mieux pour eux. Avoir foi en soi et en ses ancêtres est une belle chose. Mais ce n’est pas du tout la même chose si elles nourrissent un ressentiment chez les Africains hors d’Afrique ! Cela dit, faut-il se fatiguer à rétablir les vérités (au risque d’affliger tous les Africains !) ou bien prier seulement les Africains de demeurer en Afrique et d’y jouir de leurs mythes heureux ? Voilà une manière originale de considérer le sujet de l’immigration — et une fois de plus elle pointe vers une conclusion : l’immigration est nocive.