La Légende de la Mort racontée chaque jour sur Breizh-info.com : Les intersignes [Chapitre Premier – 1]

Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.

CHAPITRE PREMIER : Les Intersignes

Les intersignes[51] annoncent la mort. Mais la personne à qui se manifeste l’intersigne est rarement celle que la mort menace.

Si l’intersigne est aperçu le matin, c’est que l’événement annoncé doit se produire à bref délai (huit jours au plus). Si c’est le soir, l’échéance est plus lointaine ; elle peut être d’une année et même davantage.

Personne ne meurt, sans que quelqu’un de ses proches, de ses amis ou de ses voisins n’en ait été prévenu par un intersigne[52].

Les intersignes sont comme l’ombre, projetée en avant, de ce qui doit arriver.

Si nous étions moins préoccupés de ce que nous faisons ou de ce qui se fait autour de nous en ce monde, nous serions au courant de presque tout ce qui se passe dans l’autre.

Les personnes qui nient les intersignes en ont autant que celles qui en ont le plus. Elles les nient uniquement parce qu’elles ne savent ni les voir, ni les entendre ; peut-être aussi parce qu’elles les craignent et qu’elles ne veulent rien entendre ni rien voir de l’autre vie.

« Certaines gens ont plus que d’autres le don de voir.

« Dans mon jeune temps on se montrait du doigt, non sans une secrète épouvante, les personnes qui étaient douées de ce pouvoir mystérieux.

— « Hennés hen eus ar pouar ! disait-on (Celui-là a le pouvoir).

« Dans cette catégorie privilégiée, il faut ranger en première ligne ceux « qui ont passé en terre bénite et en sont sortis, avant d’avoir été baptisés[53] »

« Voici le cas :

« Un enfant vient de naître. Le recteur, que l’on est allé trouver, a fixé l’heure du baptême. Mais vous savez comme les gens de la campagne sont peu exacts. Père et matrone, parrain et marraine flânent en chemin, s’attardent aux auberges, s’il y en a sur la route, n’arrivent au bourg que longtemps après l’heure convenue. Le prêtre s’est lassé de les attendre vainement ou a été appelé par quelque autre devoir de son ministère. Nos gens se rendent au porche, trouvent l’église déserte. À leur tour de s’y morfondre. Il n’y fait pas chaud. L’enfant crie. La matrone, la groac’hann-holenn (la vieille-au-sel), déclare que si l’on reste là, le nouveau-né risque « d’attraper sa mort. » On gagne quelque endroit mieux abrité, l’auberge la plus voisine. On y patiente, en vidant chopine, jusqu’au retour du prêtre. L’enfant a passé au cimetière, terre bénite, et en est sorti sans avoir été fait chrétien. Il aura le don de voir.

« L’aventure se produit souvent. De là vient que tant de Bretons ont la faculté de voir ce qui reste invisible aux yeux de la plupart des hommes. »

(Communiqué par René Alain, garçon de bureau aux Archives départementales, ancien chantre à Penhars. – Quimper.)

Ont encore le don de voir ceux qui possèdent le trèfle à quatre feuilles, l’épi à sept têtes, ou le grain qui a passé dans la meule sans être moulu et au four sans être cuit.

Les menuisiers qui fabriquent les cercueils savent d’avance si quelqu’un de la région doit mourir dans la journée ou dans la nuit. Ils en sont prévenus par le bruit des planches, qui s’entre-choquent d’elles-mêmes dans le grenier.

Qui voit une belette (eur garellik) doit mourir dans l’année[54]

Quand la pie vient se poser sur le toit, c’est que quelqu’un doit mourir dans la maison[55].

Quand un coq vient chanter tout auprès de vous, c’est que votre dernière heure est proche[56].

Quand le timbre de l’horloge se met à sonner en même temps que la clochette qu’agite l’enfant de chœur, au moment de l’Élévation, c’est signe de mort pour l’une quelconque des personnes qui assistent à la messe.

Quand une poule, après s’être empêtrée dans de la paille, en a gardé un brin attaché à sa queue, c’est signe de deuil pour les gens de la maison.

Si le coq chante dans l’après-midi, c’est pour annoncer grande joie ou grand deuil[57]. S’il chante la nuit avant minuit, c’est signe de grand malheur, d’accident ou de mort.

À l’appel brusque de quelqu’un, au contact imprévu de quelque chose, faites-vous instinctivement un soubresaut ? C’est que la mort, qui venait de s’abattre sur vous, vous quitte pour s’emparer d’un autre.

Si, pendant le mariage à l’église, vient à s’éteindre le cierge placé devant l’un des deux époux, c’est que celui-ci ne tardera pas à être veuf.

Si le son de la cloche vibre longtemps après que la cloche a fini de sonner, c’est que la mort est suspendue sur quelqu’un de la paroisse.

Quand on voit en rêve une personne portant un faix de linge sale, c’est signe qu’on doit perdre à bref délai un de ses proches.

Si le linge est blanc par endroits, c’est signe que cette mort ne nous causera que peu ou point de chagrin.

Si on rêve à de l’eau, eau douce ou eau salée, c’est que l’un des siens est malade. Si l’eau est claire, il est sauvé, si elle est trouble, sa mort est prochaine[58].

Dans le pays de Paimpol, les femmes de marins qui sont depuis longtemps sans nouvelles de leurs maris, se rendent en pèlerinage à Saint-Loup-le-Petit (Sa-Loup-ar-bihan), dans la commune de Lanloup, entre Plouézec et Plouha. Elles allument aux pieds du saint un cierge dont elles se sont munies. Si le mari se porte bien, le cierge brûle joyeusement. Si le mari est mort le cierge luit d’une flamme triste, intermittente, et tout à coup s’éteint[59].

L’oiseau de la mort (ar sparfel) voltige autour de la maison et frappe à la vitre quand vient la mort.

Rêver de chevaux, signe de mort, à moins que les chevaux ne soient blancs.

Lorsque les chiens hurlent la nuit, c’est que la mort essaye de s’approcher de la maison[60].

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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