Noël sans transcendance : quand les monarchies européennes renoncent à leur héritage

Il fut un temps où la parole des rois d’Europe, à Noël, engageait bien davantage que la simple gestion des affaires courantes. Les allocutions royales faisaient alors résonner une continuité de civilisation : elles mêlaient foi chrétienne, devoir politique et attachement charnel aux peuples. On organisait les repas, on suspendait les conversations, on se recueillait presque. La monarchie incarnait un ordre plus ancien que les régimes, plus haut que l’actualité, et Noël en était l’expression la plus évidente.

Cette époque paraît désormais lointaine. Les messages de Noël récents des souverains européens donnent l’impression d’avoir été rédigés par des cabinets de communication interchangeables, dans un langage neutre, désincarné, soigneusement vidé de toute verticalité spirituelle. Le christianisme, pourtant au cœur même de la fête de Noël et de la légitimité historique des couronnes, y est réduit à une allusion marginale, quand il n’est pas tout simplement absent.

Les discours prononcés ces dernières années par Charles IIIFelipe VI ou Philippe frappent moins par ce qu’ils affirment que par ce qu’ils taisent. La Nativité disparaît, le Christ est relégué hors champ, et la foi qui a structuré l’Europe devient une gêne, un embarras symbolique qu’il conviendrait de contourner. À la place s’impose un discours de bienveillance abstraite, de diversité célébrée mécaniquement, parfois agrémenté de condamnations politiques à peine voilées, là même où la retenue aurait dû s’imposer.

Ce glissement n’est pas anodin. Il traduit une mutation profonde du rôle que les souverains semblent désormais s’assigner : non plus gardiens d’un ordre hérité, mais gestionnaires régionaux d’un univers idéologique post-national. Le roi n’est plus le symbole d’une continuité historique et spirituelle, mais un arbitre prétendument neutre entre des « valeurs » concurrentes, souvent alignées sur les dogmes du libéralisme tardif.

Or, la monarchie européenne n’est intelligible qu’à la lumière du christianisme. Elle ne s’est jamais limitée à une fonction administrative. Comme le rappelait la pensée médiévale, notamment chez Thomas d’Aquin, l’autorité politique ne se justifiait pas seulement par l’efficacité ou la loi, mais par sa capacité à orienter la communauté vers le bien. Le souverain n’était pas un simple chef de gouvernement avant l’heure : il était un modèle, un repère, un signe visible d’un ordre supérieur.

C’est ce que rappellent les rites de sacre, l’onction, les regalia, et toute la symbolique monarchique. L’historien Marc Bloch a montré combien les rois de France et d’Angleterre étaient perçus comme investis d’une dimension sacrée, tandis que Ernst Kantorowicz soulignait la dualité du souverain, à la fois corps politique et corps mystique. Dépouillée de cette dimension religieuse, la monarchie perd sa substance et se vide de sa raison d’être.

La tentative actuelle de concilier la survivance monarchique avec l’idéologie égalitariste et relativiste dominante relève d’un exercice impossible. On ne peut conserver les ors, les palais et la révérence symbolique tout en reniant ce qui leur donnait sens. Le christianisme n’est pas un accessoire facultatif des couronnes européennes : il en est le socle. Sans lui, la monarchie devient un décor, une survivance tolérée tant qu’elle se soumet aux récits imposés par des régimes qui, au fond, la supportent à peine.

En acceptant ce rôle amoindri, les souverains prennent un risque majeur : celui de se rendre inutiles. En se coupant des peuples qui voient encore en eux un héritage, une continuité et parfois un refuge face à l’instabilité politique, ils fragilisent leur propre légitimité. L’histoire montre que les forces qui tolèrent la monarchie à condition qu’elle se renie finissent toujours par vouloir sa disparition pure et simple.

À l’heure où une partie de la jeunesse européenne redécouvre ses racines, sa mémoire et son besoin de sens, cette abdication symbolique apparaît d’autant plus paradoxale. Une monarchie qui renonce à sa dimension chrétienne renonce à ce qui la distingue de n’importe quelle institution administrative. Et une couronne privée de sa source ne peut longtemps prétendre irriguer un peuple.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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5 réponses à “Noël sans transcendance : quand les monarchies européennes renoncent à leur héritage”

  1. Arwen dit :

    Très juste. Je partage cette analyse.
    Un monarque chretien sinon rien!

  2. passparla dit :

    Les monarchies constitutionnelles européennes ne sont elles de toute façon un décorum vide ? leur coté people est devenu très ordinaire

  3. MICHELE dit :

    Charles, Felipe et Philiope vont confier leurs royaumes bien abîmés à William, Leonore et Elisabeth.
    Plutôt que d’affirmer la prééminence de la Chrétienté, ils s’abaissent à s’excuser, à composer pour…. disparaître.
    La médiocrité et l’anonymat ne répond pas à la soif de Sacré et de visibilité de ceux qui n’oublient pas la civilisation à laquelle ils appartiennent. Il réduisent la monarchie à une entité administrative comme les autres.

  4. Marc-François de Rancon dit :

    Bravo ! Presque tout est discerné, analysé et bien écrit. Notamment la transcendance et la verticalité du pouvoir, sinon il n’est plus politique mais administratif. Manque la couronne de France, avec ses similitudes et des différences. Et celle de Bretagne. Ainsi que la distinction entre chef d’état et chef de gouvernement, rôles qui au demeurant ont pu historiquement être parfois confondus.

  5. Jean-Yves Pottier dit :

    Hommage posthume à Elisabeth II qui savait entretenir cette dimension verticale et transcendante.
    je fonde personnellement des espoirs sur William, mais nous verrons bien !
    God save the king.

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