Le 15 au bord de la rupture : Yann Rouet (AFARM) témoigne de ce que vivent vraiment les assistants de régulation du SAMU

Ils sont la première voix que l’on entend quand tout vacille. Invisibles pour le grand public, les assistants de régulation médicale (ARM) sont pourtant au cœur de l’urgence sanitaire, à la frontière du soin, de la décision et de la responsabilité. Dans un contexte de saturation chronique des centres 15, de pénurie médicale et de tensions croissantes, leur rôle n’a jamais été aussi stratégique — ni aussi exposé.

Co-président de l’AFARM, Association Française des Assistants de Régulation Médicale des SAMU, Yann Rouet livre un témoignage sans langue de bois sur un métier encore trop méconnu, exercé sous pression permanente. Minute par minute, il décrit la réalité concrète de la régulation médicale, loin des clichés et des discours technocratiques. Organisation du travail, charge mentale, responsabilités, formation, reconnaissance : cette interview met en lumière un maillon essentiel du système de santé, souvent oublié des réformes.

Breizh-info.com : Pour commencer, pouvez-vous décrire concrètement le métier d’assistant de régulation médicale : que fait un ARM, minute par minute, lorsqu’un appel arrive au 15 ?

Yann Rouet (AFARM ) : L’assistant régulation médicale est le premier interlocuteur que vous avez au téléphone quand vous composez le 15,, son rôle est de  localiser le lieu où se trouve la ou les personnes qui ont besoin de secours ( adresse précise, immeuble, étage , code d’entrée, point kilométriques sur la RN12…) ensuite nous devons prendre l’identité de la ou des victimes, la date de naissance et le nom du médecin traitant.

Ensuite nous posons quelques questions qui nous permettront d’orienter l appel vers le bon médecin en fonction de l’urgence ( médecin urgentiste ou médecin généraliste) en le priorisant.

Nous avons également des ARM qui sont positionnés sur des postes de gestion de moyen, c’est à dire que c’est eux qui s’occupent d’envoyer les équipes SMUR, helismur et VSAV .

Un autre qui lui réceptionne l’ensemble des bilans ambulances et pompiers et en lien avec le médecin régulateur qui a traité l’appel , il orienté les patients vers le bon service en fonction de sa pathologie.

Breizh-info.com : À quoi ressemble une journée – ou une nuit – type pour un ARM dans un département comme les Côtes-d’Armor, notamment en période de forte tension sanitaire ou de vacances ?

Yann Rouet (AFARM ) : Une journée ne ressemble jamais à une autre, mais nous arrivons en décalé afin de gérer les flux d’appels, par exemple nous avons des horaires de 7h /19h. 7h30/19h30 8 h /20h  9h/21h depuis peu un 11h/21h un 15h/23h en renfort lié au pic d’activité du moment.

Nous tournons sur le poste de binôme ( prise de bilan. Toutes les 2 heures. Le reste du temps c’est de la prise d’appels.

Breizh-info.com : Les ARM sont aujourd’hui au cœur de décisions lourdes de conséquences. Comment vivez-vous cette responsabilité médico-légale croissante, parfois sans médecin immédiatement disponible en soutien ?

Yann Rouet (AFARM ) : La responsabilité médico légale est assez faible, nous travaillons sous couvert de protocole de service, et du guide de régulation médicale qui est notre bible.

Malheureusement avec les carences actuelles de médecins régulateurs généralistes nous sommes confrontés à devoir prendre de plus en plus de décisions.

Nous sommes des professionnels de santé paramédicaux mais nous ne sommes pas médecin.

Breizh-info.com : La grève illimitée déclenchée fin décembre a été présentée comme un signal d’alarme. Quelles sont, selon vous, les causes profondes de cette mobilisation, au-delà de l’afflux ponctuel d’appels ?

Yann Rouet (AFARM ) : Tout a fait , une grève à l’hôpital est une grève pour alerter, nous sommes assignés sur nos jours de grève donc il n’y aucun impact sur la qualité de réponse donnée aux appelants du 15.

La cause profonde et de tout remettre sur les épaules du 15.

On est à la sensation de vouloir faire du 15 un numéro vert des l’accès au soins, hors nous n’en avons absolument pas les moyens, que ce soit en terme d’effectifs , mais également en terme d’orientation pour les patients.

Breizh-info.com : Depuis 2019, l’accès au métier est conditionné à une formation diplômante lourde et très encadrée. Pensez-vous que ce dispositif facilite réellement le recrutement ou, au contraire, qu’il constitue un frein majeur ?

Yann Rouet (AFARM ) : Depuis 2019, il y a eu la création des CFARM et une formation de 1470h moitié théorie et moitié pratique.

Il existe 19 centre de formation sur le territoire.

C’est une formation qui est assez onéreuse et qui demande aux élèves d’être assez mobile pour trouver un terrain de stage, et de ce fait ils doivent engagés des frais de déplacement mais également de logement à leur dépend.

Breizh-info.com : En Bretagne, les centres de formation sont limités à Rennes et Vannes, sans aucune offre dans les Côtes-d’Armor ou le Finistère. Quel impact cette situation a-t-elle sur le recrutement local et la stabilité des équipes ?

Yann Rouet (AFARM ) : Honnêtement pas énormément, s’il fallait créer un centre dans chaque département ça n’aurait aucun sens, c’est déjà assez compliqué de trouver des formateurs.

Le problème c’est que c’est un métier encore méconnu, et que la communication pour le mettre en valeur est assez limité.

Breizh-info.com : Les rémunérations et les conditions de travail sont régulièrement jugées peu attractives au regard des exigences du métier. Comment expliquer ce décalage entre le niveau de responsabilité et la reconnaissance salariale ?

Yann Rouet (AFARM ) : Au niveau rémunération nous avons obtenus quelques avancées significatives, il y a eu l’instauration d’une prime ARM, qui a été majoré en 2024 , nous avons eu également une modification de notre grille de salaire. Les nouveaux ARM qui sont reçus au concours de catégorie B pour la titularisation sont embauchés directement sur la classe supérieure et non plus sur la classe normale.

Il y a eu le Ségur qui nous a fait gagner 183€ /mois et les primes de nuit sont rémunérés maintenant en fonction de notre indice majoré.

Un ARM qui débute touche environ 2000 a 2100€  par mois , a titre d’exemple un ARM avec 17 ans de service est à 2500/2700€.

Certes au vu de nos responsabilités ça peut paraitre peu mais comparé a d’autres professions de santé ce n’est pas si mal.

Breizh-info.com : Le turnover important fragilise les équipes. Quelles conséquences concrètes cela a-t-il sur la qualité de la régulation, la transmission de l’expérience et la sécurité des patients ?

Yann Rouet (AFARM ) : Comme dans chaque profession il y a un turn over, je pense que ce sera encore plus le cas dans les années à venir si on continue à mettre la pression sur les centres 15 sans qu’on nous donne la possibilité de répondre correctement à cette montée en charge.

Breizh-info.com : Malgré ces difficultés, qu’est-ce qui fait que des femmes et des hommes continuent à exercer ce métier, parfois pendant des décennies ? Quels en sont, selon vous, les aspects positifs et les sources de fierté ?

Yann Rouet (AFARM ) : On fait se métier par conviction, on traite des urgences, on sauve des vies.

Il ne faut pas oublier que pour certaines personnes nous sommes là seule voie qu’ils entendent dans la journée .

On se sent utile  Ensuite il y a aussi le fait de travail en 12 h qui permet d’avoir pas mal de temps à la maison, même si parfois c’est compliqué de tenir 12 h .

Breizh-info.com : Enfin, quelles seraient, selon vous, les mesures prioritaires à prendre – formation, organisation, reconnaissance, effectifs – pour sortir durablement de la crise actuelle et redonner de l’oxygène à la régulation Samu ?

Yann Rouet (AFARM ) : La première mesure et de faire que le SAS ( service d’accès aux soins soit reconnu comme mission de service public comme le demande SUdF, qu’on dimensionne les SAMU -SAS en effectif, qu’on commence à installer l’IA dans nos salles afin d’aider les ARM et les médecins dans la prise en charge des appels.

Qu’on arrête de dire de faire le 15 à tous va.

Le 15 sert pour les urgences vitales et pour les soins non programmés urgents, une prolongation d’arrêt de travail des douleurs chroniques depuis plusieurs semaines, un renouvellement d’ordonnance ne doivent pas passer par le 15 ce n’est pas son rôle.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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3 réponses à “Le 15 au bord de la rupture : Yann Rouet (AFARM) témoigne de ce que vivent vraiment les assistants de régulation du SAMU”

  1. Durandal dit :

    Bonjour,

    Finalement, le manque de civisme est à l’origine de bien des maux. Mais aussi, la perte de confiance dans la bienveillance du système médical, qui pousse des patients à tirer toujours plus la couverture à eux, parfois à raison.

    Cdt.

    M.D

  2. guillemot dit :

    Tout d abord , merci à toutes des personnes des AFARM et des SAMU en première ligne pour gérer les détresses médicales . C’est tout notre système de santé qui coule sous le poids , entre autre, d’une bureaucratie au détriment du médical, comme le sont les ARS ( pour ne citer que ce dispositif ) avec son pléthore de fonctionnaires .

  3. CORMIER J-Ph dit :

    Intéressant. Sur la forme, on peut constater les insuffisances de l’IA, qui laisse passer des fautes comme « à tous va », « ils doivent engagés des frais » ou encore « la communication est assez limité », des apostrophes qui manquent, etc.

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