Après Les Vacances de la comtesse de Ségur, « née Rostopchine » comme elle aimait le préciser, puis Les Grandes Vacances —prix Goncourt 1946 — de Francis Ambrière, sur son expérience de détenu en stalag pendant la Seconde Guerre mondiale, voici maintenant Les Vacances (1) de Roberte Brasillach. Une curiosité restée inconnue du public mais que viennent d’éditer les valeureuses éditions des Sept Couleurs, qui ont entrepris de publier toutes les œuvres du poète assassiné, des plus connues, telle Comme le temps passe…, à la totalité de ses Poèmes, dont beaucoup ignorés, parus en recueil en mai dernier (2).
Le temps retrouvé
Si, pour beaucoup de nos contemporains, les vacances sont désormais synonymes d’éreintantes explorations au bout du monde ou de sports extrêmes, on n’oubliera pas qu’étymologiquement, le terme vient du latin vacare — être inoccupé, voire oisif. C’est dans ce sens que l’étudiant Brasillach raconte cette parenthèse enchantée à Solèdes (Collioure) où tout le ravit : les grasses matinées, les nuits torrides, les irisations de la mer, les frémissements des arbres sous lesquels on pique-nique, le goût du poisson et du vin catalans, le corps élancé des jeunes filles, leurs rires clairs et leurs « bras brunis », les amitiés naissantes avec des camarades de plage. Inutile de chercher pourtant une intrigue : si les corps sont alanguis par la chaleur, l’hypersexualisation de notre époque n’est pas à l’ordre du jour, les demoiselles savent se tenir et si émoi il y a, il est vite calmé par un plongeon dans la vivifiante Méditerranée.
Il peut paraître stupéfiant qu’un bosseur comme Brasillach, qui, critique littéraire (sous le pseudo de Jacques Tournebroche, pour une feuille de province) très pointu et bachelier à 16 ans, travailla comme un fou en classe Prépa comme à Normale, puis comme journaliste, ait choisi les vacances comme sujet de son premier roman, écrit en 1928. Mais les vacances sont pour lui synonyme de temps retrouvé, ainsi que cela transparaîtrait dans son Présence de Virgile (1931) où les ravissements de l’auteur de L’Énéide s’évadant de Rome sur la côte amalfitaine coïncident avec ceux du jeune André Vérane ébloui par la splendeur du Roussillon. Et un air de vacances ne plane-t-il pas aussi sur Le Voleur d’étincelles ou Le Marchand d’oiseaux au hasard des pérégrinations de ses héros dans un Paris hélas fort différent de l’image qu’il donne aujourd’hui ?

Devoir de mémoire
Bien entendu, cet inédit enfin publié est une œuvre mineure. Mais, malgré la ténuité du sujet, les influences évidentes d’Alain-Fournier ou de Colette, voire de Proust, des longueurs et certaines maladresses, on y devine le grand prosateur que deviendra l’auteur des Sept Couleurs et surtout de Notre avant-guerre, son chef-d’œuvre. Mais aussi livre-testament écrit en partie quand il était prisonnier en Allemagne et dont Brasillach semblait s’excuser en admettant qu’on « n’a pas coutume d’écrire ses Mémoires à trente ans ». Mais il a toujours agi comme s’il pressentait que les années lui seraient très chichement comptées. Alors, pourquoi pas un roman à dix-neuf ans ?
En le publiant en ce 80ème anniversaire de la mort du supplicié, l’association des Amis de Robert Brasillach (3) a donc poursuivi son devoir de mémoire. Grâces lui en soient rendues, ainsi qu’à Philippe d’Hugues, auteur d’une préface aussi chaleureuse que pertinente, et au professeur Alain Lanavère dont l’appareil de notes est impeccable ainsi que la postface, où il note très judicieusement que « quelque différents qu’en soient les sujet » les romans de Robert Brasillach s’harmonisent entre eux et donnent l’heureuse impression de former un ensemble cohérent. Autrement dit : une œuvre, et forcément originale ».
Camille Galic
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240 pages, 22 €,
https://les-sept-couleurs.fr/products/les-vacances-roman-inedit-de-robert-brasillach
(2) https://www.breizh-info.com/2025/05/30/247416/un-parcours-poetique-avec-robert-brasillach/
(3) https://www.robert-brasillach.fr/
Crédit photo : DR
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