Le wokisme, stade ultime de la haine de soi

Je suis ce matin au café des Brisants à la Pointe de Lechiagat. J’ai profité d’une accalmie, il ne pleut plus et le vent a pris ses quartiers ailleurs. Le téléphone a glissé sur la table de bois, entre un verre et le journal du matin. Je relis l’article du Daily Telegraph qui m’a arrêté net par un mot, oikos, et je vois bien que cette haine de soi qu’il décrit n’est ni nouvelle ni spontanée. Elle a une généalogie. Elle a ses précurseurs. Elle a même, osons le mot, ses hérédités intellectuelles.

L’article britannique ne parle pas d’abstractions. Il décrit une politique précise, menée au nom du progrès, qui s’emploie à dissoudre les formes concrètes de la vie nationale. Pubs, écoles indépendantes, traditions locales, mémoire militaire, tout ce qui faisait la texture singulière de l’Angleterre est méthodiquement délégitimé, non parce qu’il aurait échoué, mais parce qu’il est anglais. Le pouvoir ne se contente plus de réformer, il soupçonne l’héritage lui-même. Ce soupçon permanent, cette gêne à l’égard de ce qui a été transmis, constitue le climat moral dans lequel prospère ce que l’on appelle aujourd’hui le wokisme. Avant d’être une idéologie globale, il est une disposition d’esprit, le refus d’habiter sa propre maison.

La haine de soi n’est pas née avec le wokisme. Celui-ci n’en est que la forme contemporaine, bureaucratisée et militante. Son premier laboratoire fut celui des Juifs européens détachés de leur religion, au moment précis où l’émancipation leur offrait l’illusion d’une assimilation totale. En perdant la Loi, ils perdirent aussi le cadre symbolique qui permettait de supporter l’exil. Il ne resta alors qu’un regard hostile intériorisé.

Theodor Lessing l’avait vu avec une lucidité tragique. La haine de soi juive n’était pas une critique morale, mais une implosion identitaire. Le rejet de ses propres traditions, de sa langue, de ses pères, précédait souvent l’adhésion aux idéologies universalistes les plus radicales. Le passage au socialisme, puis au marxisme, ne fut pas seulement politique, il fut existentiel. En quittant la synagogue, beaucoup entrèrent dans le parti.

Ce schéma est crucial pour comprendre la suite. La gauche européenne hérite de cette pathologie, mais la généralise à sa propre civilisation. Ce qui était un drame individuel devient une posture majoritaire. La culpabilité cesse d’être liée à une condition particulière, elle devient civilisationnelle. Être européen suffit à être fautif.

Le wokisme parachève cette mue. Il ne s’agit plus de corriger la société, mais de la désavouer. Le foyer, l’oikos, n’est plus le lieu de la transmission, mais celui de l’oppression. Toute continuité est suspecte. Toute filiation est un poids. Cette logique ne pouvait rester sans conséquences biologiques.

Car la haine de soi ne s’exprime pas seulement dans les discours, elle s’inscrit dans les corps. Elle se lit dans un phénomène massif et documenté, le refus de faire des enfants, particulièrement répandu chez les femmes se déclarant de gauche. Les études américaines sont, à cet égard, sans ambiguïté.

Aux États-Unis, plusieurs enquêtes menées par le Pew Research Center et par des universités californiennes montrent une corrélation nette entre positionnement idéologique progressiste et rejet de la maternité. Les motifs invoqués sont révélateurs, peur de transmettre un monde jugé intrinsèquement injuste, refus de “reproduire” une société perçue comme toxique, culpabilité climatique, soupçon moral pesant sur la filiation elle-même.

L’enfant n’est plus une promesse, il devient une faute potentielle. Mettre au monde, c’est risquer de perpétuer l’Occident. Dès lors, l’abstention reproductive apparaît comme un geste cohérent, presque militant. Là encore, la comparaison est éclairante. Les femmes musulmanes, y compris dans les sociétés occidentales, ne partagent pas ce rapport anxieux à la transmission. Leur civilisation peut vaciller, elle ne se renie pas.

Nous touchons ici au cœur du phénomène. La haine de soi européenne ne vise pas seulement le passé, elle vise l’avenir. Elle ne se contente pas de déboulonner des statues, elle suspend la chaîne des générations. Elle rompt volontairement la transmission, comme si le simple fait de durer était devenu indécent.

Guillaume Faye parlait déjà de cette pulsion d’auto-effacement, qu’il voyait comme le véritable moteur du suicide européen. Une civilisation qui ne veut plus se reproduire n’est pas conquise, elle abdique. Elle ne tombe pas sous les coups de l’ennemi, elle se retire du monde.

Tout près du café des Brisants, la mer continue son travail millénaire. Elle ne s’excuse pas d’exister. Elle transmet. Elle recommence. Les civilisations qui survivent lui ressemblent davantage que celles qui passent leur temps à se juger indignes.

Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
[email protected]

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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