« Le récit racial contemporain n’est pas de l’histoire, mais une propagande rétrospective » : la charge du père Javier Olivera Ravasi contre la légende noire ibérique

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Prêtre catholique argentin, juriste et historien, le père Javier Olivera Ravasi est devenu, au fil des années, l’une des voix les plus écoutées du monde hispanique lorsqu’il s’agit de déconstruire les récits contemporains sur la colonisation ibérique. Dans un long entretien accordé à The European Conservative, il livre une critique sévère de ce qu’il qualifie de « récit racial idéologisé », aujourd’hui dominant dans les universités, les médias et une partie du discours politique occidental.

Au cœur de son propos : la remise en cause frontale de la vision manichéenne qui réduit l’héritage espagnol et portugais en Amérique à un système de domination raciale, d’exploitation et de violence univoque.

Une première mondialisation d’inspiration catholique

Pour le père Olivera Ravasi, la première véritable mondialisation de l’histoire n’est ni libérale ni marchande : elle est ibérique et catholique. Dès la fin du XVe siècle, l’Espagne et le Portugal auraient cherché à intégrer des peuples très divers dans un ordre politique et moral commun, fondé sur le christianisme.

Contrairement aux empires modernes ultérieurs, explique-t-il, cette universalité ne supposait pas l’effacement des identités locales. Être catholique n’impliquait pas de cesser d’être Inca, Nahua ou Guarani. Tous entraient dans un ordre juridique supérieur, où la dignité humaine découlait de la reconnaissance de l’âme, et non de l’origine ethnique.

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Cette vision, selon lui, est radicalement incompatible avec les catégories modernes de « race » ou de « lutte des dominés », projetées artificiellement sur des sociétés qui raisonnaient en termes de loi naturelle, de bien commun et de hiérarchie morale.

Valladolid : un empire qui juge sa propre légitimité

L’un des exemples centraux avancés par le prêtre argentin est le célèbre débat de Valladolid, au XVIe siècle. Pour lui, cet épisode demeure unique dans l’histoire impériale : un empire acceptant de suspendre sa propre expansion afin de se demander publiquement si celle-ci était juste.

Loin d’un simple exercice rhétorique, ce débat aurait acté un principe fondamental : le pouvoir politique n’est pas absolu et doit se soumettre à des normes supérieures, qu’elles soient théologiques ou juridiques. Les peuples indigènes y sont reconnus comme des sujets de droit, non comme des objets de conquête.

Si les abus ont existé – et le père Olivera Ravasi ne les nie pas – ils ne constituaient pas la norme juridique de l’empire. La distinction entre l’idéal normatif et les fautes humaines est, selon lui, volontairement effacée par les récits contemporains.

Des lois protectrices effacées du récit dominant

L’entretien insiste longuement sur un point rarement évoqué dans le débat public : l’arsenal juridique mis en place très tôt par les couronnes ibériques pour encadrer la conquête et protéger les populations indigènes et africaines. Des Lois de Burgos aux Nouvelles Lois, en passant par les Lois des Indes, un cadre légal contraignant interdisait notamment l’esclavage des indigènes.

Pourquoi ces textes sont-ils aujourd’hui absents du discours dominant ? Le prêtre évoque la persistance de la « légende noire », héritée selon lui d’un imaginaire protestant, libéral et maçonnique, qui a fini par s’imposer comme un dogme culturel, y compris dans certains milieux catholiques.

Il rappelle que Christophe Colomb lui-même fut renvoyé enchaîné en Espagne pour avoir enfreint les règles censées protéger les populations locales, preuve que ces normes n’étaient pas purement décoratives.

Une société métisse, loin du mythe racial

Autre point central de l’entretien : la contestation de l’idée d’un empire fondé sur une stricte domination raciale européenne. Le père Olivera Ravasi cite de nombreux exemples d’intégration sociale, politique et religieuse de populations indigènes ou métisses.

Il évoque notamment Garcilaso de la Vega « El Inca », intellectuel majeur du Siècle d’or, fils d’un capitaine espagnol et d’une princesse inca, pleinement intégré à la vie intellectuelle de son temps. Il rappelle également le rôle des Tlaxcaltèques comme alliés militaires de Cortés, bénéficiant de privilèges reconnus par la Couronne.

Dans le domaine religieux, la canonisation de saint Juan Diego Cuauhtlatoatzin, figure centrale de la dévotion mariale mexicaine, est présentée comme l’antithèse d’un récit colonial réduisant les indigènes à des victimes passives.

Pour le prêtre, la réalité historique est celle d’une société profondément métisse, traversée par des alliances, des mobilités sociales et des intégrations juridiques, loin de tout système d’apartheid institutionnalisé.

Le « wokisme » comme arme idéologique contre l’histoire

Le discours dit « woke » est décrit comme une entreprise de relecture militante du passé, cherchant moins à comprendre l’histoire qu’à la transformer en outil de culpabilisation politique. Selon le père Olivera Ravasi, ce courant ne supporte ni la nuance ni la complexité, car il repose sur un schéma unique : oppresseurs contre opprimés.

Reconnaître que le monde ibérique a pu être, à certains égards, juridiquement et moralement innovant ferait s’effondrer ce cadre idéologique. L’objectif ne serait donc pas la vérité historique, mais l’imposition d’une morale contemporaine projetée rétroactivement sur le passé.

L’entretien se conclut par une réflexion identitaire plus large. Rejeter l’héritage ibérique en Amérique latine, explique le prêtre, revient à se renier soi-même. Les nations sud-américaines sont nées de cette histoire : leur langue, leur droit, leurs institutions, leur vision du monde en sont directement issues.

L’indigénisme radical est ainsi présenté non comme une réhabilitation des peuples autochtones, mais comme une politique de l’amnésie, fondée sur la mutilation de la mémoire collective. Une société qui apprend à se haïr, conclut-il, n’a plus besoin d’ennemis extérieurs.

Photos : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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3 réponses à “« Le récit racial contemporain n’est pas de l’histoire, mais une propagande rétrospective » : la charge du père Javier Olivera Ravasi contre la légende noire ibérique”

  1. Michel Festivi dit :

    Dans la même veine que cet excellent entretien on peut lire le livre des plus passionnants et instructifs de Marcelo Gullo Omodeo professeur d’histoire a Buenos Aires livre qui s’intitule : ceux qui devraient demander pardon, la légende noire espagnole et l’hégémonie anglo saxone, publie chez L’artilleur en 2025 ou 2024. Il m’avait accordé un entretien, parlant remarquablement le français

  2. Noël Stassinet dit :

    Excellent article sur le vrai visage de la Conquête espagnole.

  3. René Le Honzec dit :

    A lire aussi « La légende noire de l’Espagne, Joseph Pérez ,Fayard 2009.

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