L’annonce a provoqué un choc dans le monde catholique. Le 2 février 2026, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a officiellement confirmé sa décision de procéder, le 1er juillet prochain, à la consécration de nouveaux évêques sans mandat pontifical. Une initiative lourde de conséquences canoniques, qui place d’emblée le pontificat de Léon XIV face à une crise majeure, près de quarante ans après les sacres de 1988 décidés par Mgr Marcel Lefebvre.
La décision a été rendue publique par l’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité, à l’occasion d’une cérémonie au séminaire Saint-Curé-d’Ars de Flavigny-sur-Ozerain. Elle intervient dans un contexte de fragilisation structurelle de la FSSPX, qui ne compte plus aujourd’hui que deux évêques en exercice, tous deux consacrés sans mandat pontifical en 1988.
Une situation héritée de la rupture de 1988
Fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre, la Fraternité Saint-Pie X s’est progressivement opposée aux réformes issues du concile Vatican II, notamment en matière de liturgie, d’œcuménisme et de conception de l’autorité dans l’Église. Le point de rupture intervient le 30 juin 1988, lorsque Mgr Lefebvre consacre quatre évêques contre l’avis explicite du pape Jean-Paul II. Rome qualifie alors cet acte de schismatique et prononce l’excommunication des évêques concernés.
Ces excommunications seront levées en 2009 par Benoît XVI, dans une volonté d’apaisement, sans pour autant rétablir la pleine communion entre la Fraternité et le Saint-Siège. Depuis lors, la FSSPX demeure dans une situation canonique irrégulière, sans statut juridique reconnu dans l’Église catholique.
Deux évêques seulement pour une structure mondiale
Près de quarante ans après les sacres de 1988, la question de la succession épiscopale est devenue centrale pour la Fraternité. Sur les quatre évêques initialement consacrés, l’un a été exclu en 2012, un autre est décédé en octobre 2024. Ne restent aujourd’hui que Mgr Bernard Fellay et Mgr Alfonso de Galarreta, tous deux âgés de près de 70 ans.
Or, sans évêques, une communauté sacerdotale ne peut assurer certaines fonctions essentielles : ordination de prêtres, confirmations, administration de certains sacrements. La FSSPX affirme compter plus de 700 prêtres, 265 séminaristes et près de 800 lieux de culte répartis dans 77 pays, desservant plusieurs centaines de milliers de fidèles.
Une tentative de dialogue restée sans issue
Selon le communiqué publié par la Fraternité, l’abbé Pagliarani avait sollicité dès l’été 2025 une audience auprès du pape Léon XIV afin d’exposer la situation de la FSSPX et la nécessité, selon elle, d’assurer la continuité de son épiscopat. Un second courrier aurait explicitement formulé cette demande.
La réponse reçue récemment du Saint-Siège est jugée insuffisante par les responsables lefebvristes, puisqu’elle « ne répond absolument pas » à leurs attentes. C’est cette absence de solution jugée acceptable qui aurait conduit à la décision de procéder unilatéralement à de nouveaux sacres.
La Fraternité invoque un « état objectif de grave nécessité », une notion déjà utilisée par Mgr Lefebvre en 1988 pour justifier son acte de désobéissance, estimant agir pour le « bien des âmes » et la préservation de la Tradition catholique.
Un acte lourd de conséquences canoniques
Dans le droit de l’Église catholique, la consécration d’un évêque sans mandat pontifical constitue une infraction grave. Le pouvoir de nommer les évêques appartient exclusivement au pape, garant de l’unité doctrinale et institutionnelle de l’Église. En cas de sacres non autorisés, les évêques consacrants et consacrés s’exposent à une excommunication automatique.
La situation juridique est cependant rendue plus complexe par la levée, en 2009, des excommunications liées aux sacres de 1988. Rome devra désormais déterminer si les sacres annoncés en 2026 constituent un nouvel acte schismatique ou relèvent d’un cadre juridique distinct, compte tenu des évolutions intervenues depuis lors.
Une épreuve majeure pour le nouveau pontificat
L’annonce de ces ordinations place Léon XIV face à sa première grande crise ecclésiale. Si le Vatican n’a pas encore officiellement réagi, l’enjeu dépasse la seule question disciplinaire. Il touche à la définition de l’autorité pontificale, à l’unité de l’Église et à la gestion des courants traditionalistes en rupture avec Rome.
Sous le pontificat de François, plusieurs gestes d’ouverture avaient été accordés à la FSSPX, notamment la reconnaissance de la validité des confessions et, sous conditions, des mariages célébrés par ses prêtres. Cette politique d’apaisement n’a toutefois pas permis de résoudre le désaccord doctrinal de fond.
Avec l’annonce des sacres du 1er juillet, la Fraternité Saint-Pie X semble avoir choisi de privilégier sa continuité interne au détriment d’un retour à la pleine communion avec Rome. Une décision qui risque d’approfondir durablement la fracture ouverte depuis Vatican II et de redessiner les lignes de force du traditionalisme catholique à l’échelle mondiale.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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