Léon XIV : un livre lève le voile sur les coulisses du conclave de 2025, entre incidents et recomposition des blocs

Un téléphone portable oublié au cœur de la chapelle Sixtine, un scrutin annulé à cause d’un bulletin en trop, des rapports de force mouvants jusqu’au dernier moment : un ouvrage d’enquête, annoncé en librairie le 5 février 2026, promet de raconter “comme si l’on y était” le conclave des 7 et 8 mai 2025 qui a élu Robert Francis Prevost, devenu le pape Léon XIV.

Le récit, construit comme une chronique minutieuse, se présente comme une reconstitution des journées qui ont suivi la mort du pape François (21 avril 2025), puis des réunions préparatoires, avant l’enfermement des 133 cardinaux électeurs dans la Sixtine. Le livre s’appuie sur des informations recueillies au plus près des milieux vaticans, tout en rappelant une réalité incontournable : les chiffres officiels des votes ne sont jamais publiés. Les éléments avancés relèvent donc, par définition, de recoupements et d’indiscrétions, plausibles mais non “certifiables” par une source institutionnelle.

Un secret absolu… et pourtant des fuites récurrentes

C’est l’une des singularités de l’élection pontificale : elle est encadrée par un secret d’une rigueur extrême, et pourtant, élection après élection, des détails finissent par filtrer. Le droit de l’Église est clair : la constitution apostolique qui organise la période de “sede vacante” et le conclave prévoit des sanctions lourdes en cas de violation du secret, et le serment des cardinaux, prononcé publiquement avant la fermeture des portes, insiste sur une confidentialité totale et durable.

Malgré cela, l’ouvrage décrit un mécanisme bien connu à Rome : les congrégations générales d’avant-conclave, les conversations informelles, les dîners, les réseaux et, parfois, les tentatives d’influence extérieures. Une part de ce qui se joue se déroule donc avant même le premier tour de scrutin.

Le “bunker numérique” fissuré par un téléphone oublié

Première scène marquante rapportée : le démarrage du conclave, le 7 mai 2025, aurait été retardé non seulement par une longue méditation préalable, mais aussi par une alerte technique. Les services chargés de neutraliser toute communication auraient détecté un signal actif à l’intérieur de la chapelle Sixtine, signe qu’un téléphone n’était pas totalement hors circuit. L’explication avancée est prosaïque : un cardinal âgé aurait simplement oublié d’éteindre son appareil.

L’anecdote n’est pas anodine. Elle rappelle à quel point l’élection est organisée comme une mise sous cloche totale, et combien le moindre incident est pris au sérieux, tant l’enjeu du secret est constitutif de la légitimité du processus.

Premier tour : dispersion, surprise Erdö, montée immédiate de Prevost

Le livre décrit ensuite un premier tour très dispersé, typique d’une “primaire” où l’on mesure les forces en présence. C’est là qu’apparaîtrait une triple surprise : Péter Erdö, présenté comme le candidat du pôle conservateur, aurait pris la tête d’entrée ; Robert Francis Prevost se serait placé immédiatement très haut ; et Pietro Parolin, pourtant annoncé favori par de nombreux observateurs, n’aurait pas réalisé la percée attendue au premier vote.

Autre point saillant : une part importante des électeurs se serait répartie sur de nombreux noms, plusieurs dizaines de cardinaux ne recueillant qu’un ou deux bulletins. Ce morcellement, dans un conclave très internationalisé et composé d’hommes qui, pour beaucoup, se connaissent mal, rend les basculements rapides possibles dès qu’une figure apparaît capable de rassembler.

Deuxième journée : Prevost s’impose, Parolin plafonne, Erdö décroche

Au matin du 8 mai, la dynamique se renverserait nettement. Toujours selon la reconstitution, Prevost aurait pris la tête au tour suivant, avec un gain jugé “significatif”, tandis que Parolin resterait en position solide mais sans capacité à élargir son socle, et qu’Erdö commencerait à perdre du terrain. C’est là que se jouerait le cœur du conclave : non plus la démonstration d’un camp organisé, mais la constitution d’un consensus autour d’un profil perçu comme rassembleur.

Le récit insiste sur ce point : l’élection de Léon XIV aurait surpris jusqu’aux cardinaux américains eux-mêmes, longtemps persuadés qu’un pape né aux États-Unis resterait quasi impossible. Prevost, décrit comme un homme à la trajectoire internationale, à l’expérience romaine récente et au profil missionnaire, aurait franchi ce “tabou” précisément parce qu’il dépassait les étiquettes.

Le coup de théâtre du bulletin en trop et le tour décisif

L’épisode le plus spectaculaire, rapporté comme un moment de tension interne, concerne le vote de l’après-midi du 8 mai. Au moment du comptage, un bulletin “en trop” aurait été constaté dans l’urne, conséquence d’une maladresse : deux bulletins collés, déposés ensemble par un cardinal. Or la règle est mécanique : si le nombre de bulletins ne correspond pas au nombre d’électeurs, le scrutin est annulé et n’est même pas dépouillé.

Un nouveau tour aurait été immédiatement relancé, aboutissant à l’élection de Prevost avec une majorité très élevée, de l’ordre de 108 voix sur 133 selon les auteurs, un score qui traduit un ralliement massif et tardif, typique des conclaves qui se dénouent par agrégation plutôt que par victoire de camp.

Un fait marquant pour l’Église en France : Aveline “sur le podium”

Pour le public français, la révélation la plus commentée est ailleurs. L’ouvrage affirme qu’un cardinal français, Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, se serait hissé jusqu’à la troisième place à l’issue de la séquence finale. Même au conditionnel, une telle information frappe, tant elle serait rarissime à l’époque contemporaine : elle installerait Aveline parmi les figures reconnues par leurs pairs et, potentiellement, parmi les conseillers qui comptent au début d’un pontificat.

Le livre suggère aussi que les oppositions internes ne se réduisaient pas à une simple ligne “progressistes contre conservateurs”, mais à plusieurs blocs et sensibilités, capables de se recomposer rapidement pour éviter une issue jugée non souhaitable par une partie des électeurs, et pour converger vers un nom susceptible de réunir l’assemblée.

Un récit puissant… et une lecture discutée de Léon XIV

L’intérêt du livre est double : il donne un accès narratif très concret à un événement d’ordinaire impénétrable, et il dresse un panorama des prises de parole cardinalices avant et après le scrutin, souvent anodines sur le moment mais éclairantes après coup. Il laisse toutefois transparaître une grille de lecture : celle d’un Léon XIV présenté comme l’héritier direct et naturel de François, dans la continuité d’une ligne quasi intangible.

C’est précisément le point qui divise : la papauté ne se résume pas à une alternance de “clans”, et les premiers gestes d’un pontificat peuvent relever autant d’une stratégie d’unité que d’une orientation doctrinale. Ce débat, lui, ne fait que commencer. Mais une chose est sûre : en reconstituant les minutes d’un conclave sous haute tension, l’ouvrage apporte de la matière à ceux qui veulent comprendre comment, derrière la fumée blanche, naît réellement un consensus.

Le dernier conclave, de Gerard O’Connell et Elisabetta Piqué, éditions Arpa, parution annoncée le 5 février 2026.

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