Réseaux sociaux : le fondateur de Telegram attaque Pedro Sánchez, Madrid invoque la protection des mineurs

Le projet du gouvernement espagnol visant à restreindre l’accès des mineurs aux réseaux sociaux provoque une confrontation ouverte avec plusieurs figures majeures de la tech mondiale. Après les critiques virulentes d’Elon Musk, c’est désormais le fondateur de Telegram, Pavel Durov, qui s’est adressé directement, et massivement, aux utilisateurs espagnols pour dénoncer ce qu’il considère comme une dérive autoritaire.

Une charge directe de Pavel Durov contre le gouvernement espagnol

Dans un message diffusé à grande échelle via Telegram à destination des utilisateurs situés en Espagne, Pavel Durov a accusé le gouvernement de Pedro Sánchez de vouloir imposer des réglementations « dangereuses » pour les libertés numériques. Selon lui, les mesures annoncées — notamment la possibilité de rendre pénalement responsables les dirigeants de plateformes en cas d’infractions graves — constituent un « signal d’alarme pour la liberté d’expression et la vie privée ».

Le fondateur de Telegram estime que ces dispositions pourraient transformer l’Espagne en un « État de surveillance » sous couvert de protection des mineurs. Il conclut son message par un appel à la vigilance, exhortant les Espagnols à défendre leurs droits face à ce qu’il décrit comme une tentative de contrôle accru de l’espace numérique.

La riposte de Sánchez et l’argument de la protection des mineurs

La réponse de Pedro Sánchez ne s’est pas fait attendre. Sur le réseau X, le chef du gouvernement espagnol a réagi sur un ton ironique, paraphrasant Don Quichotte pour dénoncer les attaques venues, selon lui, de « techno-oligarques » hostiles à toute régulation.

Du côté de la Moncloa, les accusations sont plus sévères. Des sources gouvernementales dénoncent une campagne de désinformation menée par Durov, estimant qu’elle illustre précisément la nécessité de mieux encadrer les grandes plateformes numériques. Pour l’exécutif espagnol, fixer un âge minimum d’accès aux réseaux sociaux relève d’une logique comparable aux restrictions existant déjà pour l’alcool ou la conduite automobile.

Le gouvernement met en avant des arguments liés à la santé mentale des jeunes, soulignant qu’une part importante des adolescents se déclarent connectés en permanence, ainsi qu’à la lutte contre les abus numériques. Les autorités évoquent notamment la hausse des cas d’exploitation sexuelle en ligne et la prolifération de contenus falsifiés de type « deep fake ».

Responsabilité des plateformes et soupçons visant Telegram

Madrid va plus loin en accusant Telegram d’avoir conçu une architecture de modération minimale, qui aurait facilité le développement de réseaux criminels, notamment dans les domaines de la pédocriminalité et du trafic de stupéfiants. Le gouvernement rappelle que Pavel Durov a déjà fait l’objet de poursuites judiciaires en France en 2024 pour des faits liés à la diffusion de contenus illicites, et estime qu’une réponse réglementaire coordonnée est devenue indispensable.

Dans cette optique, l’exécutif espagnol souhaite également criminaliser certaines pratiques algorithmiques, comme l’amplification délibérée de contenus illégaux, et mettre en place des outils de traçabilité visant à mesurer l’impact des discours de haine et de polarisation sur les grandes plateformes.

L’Union européenne marque ses distances

La polémique a toutefois pris une dimension européenne. La Union européenne a rapidement rappelé les limites juridiques du projet espagnol. La Commission européenne a jugé « irréaliste » l’idée de rendre pénalement responsables les dirigeants de plateformes pour des contenus publiés par des utilisateurs, soulignant que ce champ est déjà encadré par le Digital Services Act.

Si les États membres conservent la compétence pour fixer un âge minimal d’accès aux réseaux sociaux, la surveillance et les sanctions applicables aux grandes plateformes relèvent, selon Bruxelles, du cadre européen existant. Pour la Commission, aller au-delà du DSA créerait un précédent incompatible avec le droit communautaire.

Au-delà du cas espagnol, cet affrontement illustre les tensions croissantes entre États et géants technologiques autour du contrôle de l’espace numérique. Entre protection des mineurs, liberté d’expression, souveraineté des États et pouvoir des plateformes transnationales, le débat dépasse largement les frontières de l’Espagne et pose, une fois encore, la question du rapport de force entre le politique et les grandes entreprises du numérique.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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