Rani Lakshmi Bai, fin de la superbe bande dessinée sur la résistance indienne à l’Empire britannique.

Dans le dernier album de la série consacrée à Lakshmi Bai, on découvre comment cette reine indienne, après avoir subi les manipulations politiques de l’Empire britannique, est devenue le symbole de la résistance armée.

En 1840, l’Empire britannique assoit sa domination sur l’Inde. Issue d’une famille de haute caste, Manikarnika, âgée de douze ans, vit au palais du Peshwâ Baji Rao II. Son père, un brahmane, s’entretient souvent avec Baji Rao sur la manière dont les occupants anglais ont réussi à diviser les autorités de l’empire indien pour imposer leur domination. La jeune fille passe ses journées avec ses amis, Nana le fils du Peshwa et Ganesh un serviteur. Pleine de fougue et de caractère, elle se révolte déjà contre les exactions commises par les autorités britanniques. Ellis, le nouveau Major anglais, arrive alors à Jhansi, suite à l’assassinat non élucidé de son prédécesseur. Respectant la culture des peuples indiens, il doit gérer son bras droit, le lieutenant Stevenson, qui ne jure que par la répression. Manikarnika découvre que le nouveau Major anglais tente d’imposer à ses hommes le respect de la culture des peuples indiens. Elle se marie avec le Maharaja de Jhansi. Devenue Rani Lakshmi Bai, la Reine du Jhansi, elle n’a pas peur de faire face à son époux.

Lors d’une cérémonie dans la caserne anglaise, un indien parvient, d’un tir de flèche, à blesser à l’épaule le Major Ellis. Immédiatement abattu par les gardes, le tireur ne pourra pas parler. Mais un message trouvé sur lui permet de remonter une piste menant à l’entourage de Rani Lakshmi Bai. Celle-ci reçoit la visite d’Ellis et Stevenson, mais ignore ce qui s’est passé. En l’absence d’héritier, Lakshmi risque de tout perdre si son mari, souffrant, vient à mourir. Sans roi désigné, les anglais pourraient alors asseoir leur tutelle sur son royaume…

Le tome 3 se déroule en 1858. Lakhsmî Baî est âgée de 30 ans lorsque le gouverneur général Britannique lui fait l’affront de ne pas reconnaître son fils Damodar comme héritier de droit. La reine Lakshmi Bai est contrainte à l’exil L’administration anglaise s’empare des bâtiments qu’elle occupait avec sa cour et y installe son administration. Mais un fakir prend la parole en public et harangue les foules. La révolte des Cipayes gronde. L’insurrection semble inévitable. Rani comprend que même les hindous et les musulmans peuvent s’unir face aux anglais. Lors d’une première bataille livrée à Dehli, le grand Moghlo a repris son trône. Rani tente alors d’ultimes efforts diplomatiques auprès du nouveau gouverneur, Lord Canning. Elle l’enjoint de respecter la culture du peuple indien. Face à l’intransigeance britannique, Rani décide de participer à cette révolte qui pourrait ouvrir la voie à l’indépendance…

Après les superbes séries consacrées à Aliénor d’Aquitaine et Catherine de Médicis, les scénaristes Arnaud Delalande et Simona Mogavino révèlent la destinée d’une autre « Reine de sang » : la rani Lakshmi Bai.

Il faut rappeler que Lakshmi Bai (1828-1858), maharani de la principauté de Jhansi, en Inde du nord, a refusé de renoncer à son royaume alors convoité par l’Empire britannique. Elle a rassemblé, en pleine révolte des cipayes, une armée de volontaires. Lors de la bataille de Jhansi, la rani a mené elle-même ses troupes pour la défense de la ville qui a fini par tomber, après deux semaines de siège. La victoire britannique fut suivie de quatre jours d’incendies, de pillages et de meurtres. La rani réussit à s’échapper mais elle mourut lors d’une bataille, le 18 juin 1858.

Simona Mogavino, née en 1974 à Vigevano en Italie où elle réside, après avoir suivi des études techniques et scientifiques, décide de changer de voie et s’inscrit en 1999 à une formation artistique. Puis elle travaille pour Paganini & Imbrò, une prestigieuse entreprise milanaise de restauration d’œuvres et d’édifices. En 2008, elle se plonge dans la lecture de la biographie d’Aliénor d’Aquitaine et, fascinée par ce personnage, dresse un projet de scénario. S’ensuit, à partir de 2012, la série en six tomes Aliénor la Légende noire, une collaboration avec le scénariste Arnaud Delalande et le dessinateur argentin Carlos Gomez. Puis suivent Catherine de Médicis, Alexandre VI, Les aventures du Chevalier d’Éon, Rani Lakshmi Bai la séditieuse, et Bienvenue au Kosovo (avec Nikola Mirković).

Le romancier et scénariste Arnaud Delalande, né en 1971, est spécialisé dans la bande dessinée historique (Le Dernier Cathare, Surcouf, La jeunesse de Staline, Viravolta l’Orchidée Noire, Aliénor la Légende noire, Catherine de Médicis la Reine maudite, Arnaud Beltrame, Les trois mousquetaires, Fritz Lang le Maudit, L’odyssée de l’espace…).

Les scénaristes ne se contentent pas de respecter ce cadre historique. Ils révèlent la perfidie des dirigeants anglais dans leur stratégie pour prendre le pouvoir. Ils mettent en valeur le caractère bien trempé de cette jeune fille qui, par une volonté de fer, devient le symbole de la résistance à la colonisation britannique. Ils montrent également les coutumes hindoues : le système des castes et le rituel du sati, cérémonie au cours de laquelle la veuve doit se jeter dans les flammes pour rejoindre son mari.

Dans les deux premiers tomes, Delalande et Mogavino nous montraient Rani grandir et tenter d’imposer ses vues face à l’occupant britannique. Dans le troisième et dernier tome, ils font monter la pression au fur et à mesure de la lecture pour nous entraîner dans cette rébellion dont elle finira par prendre le commandement, l’épée à la main.

Le dessinateur argentin Carlos Gomez avait reçu en 1999 le Yellow Kid Award de l’artiste étranger (XXII Salone Internazionale dei Comics, Film et dell’Illustrazione Animazione di Roma, Italie). Reconnu pour ses comics de super-héros, on avait déjà apprécié son superbe dessin réaliste pour les séries Aliénor d’Aquitaine, Catherine de Médicis et Civilisation Crête. Par un trait puissant et une profusion de détails (palais, décors, vêtements…), il reconstitue à merveille l’Inde au XIXème siècle. Il alterne judicieusement cadrages serrés et plans larges, afin de créer un véritable dynamisme. Certaines séquences sont ainsi particulièrement bien mises en image. On se doute qu’il a effectué un véritable travail de recherche.

La couverture de ce troisième album est magnifique.

L’ensemble, mis en valeur par la colorisation lumineuse et chatoyante de l’italien Luca Saponti, rappelle les chefs d’œuvre de François Bourgeon.

Kristol Séhec

Les Reines de sang : Rani Lakshmi Bai, la séditieuse, t. 3, 63 pages, 16,50 euros. Editions Delcourt.

Illustrations : DR
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