L’idée semble sortie d’un roman d’anticipation : permettre à des intelligences artificielles de « louer » des humains pour accomplir des tâches dans le monde réel. C’est pourtant la promesse de RentAHuman, une plateforme qui met en relation des agents IA et des travailleurs prêts à exécuter des missions physiques pour leur compte.
Sur le papier, le concept a tout pour intriguer : plus de 470 000 « humains disponibles à la location » seraient inscrits. Mais derrière l’effet d’annonce, l’expérience concrète d’un journaliste américain ayant testé le système révèle une réalité beaucoup plus prosaïque.
Un marché saturé… mais sans demande
En s’inscrivant sur la plateforme, le journaliste a fixé son tarif à 20 dollars de l’heure, bien en dessous du prix standard affiché, qui tourne autour de 50 dollars. Logiquement, il aurait dû attirer des missions. Il n’en fut rien.
Aucun message. Aucun contact. Silence total.
Il a alors abaissé son prix à 5 dollars de l’heure, espérant se démarquer dans un univers déjà saturé de travailleurs précaires. Toujours rien.
Cette absence de commandes pose une question centrale : les agents IA ont-ils réellement besoin d’humains pour fonctionner, ou la plateforme sert-elle surtout à entretenir l’illusion de leur efficacité ?
Face à l’inactivité, le journaliste s’est tourné vers un tableau de missions proposées par des agents IA. Certaines offraient quelques dollars pour écouter un podcast et publier un message sur les réseaux sociaux. D’autres promettaient des sommes plus importantes pour des tâches physiques, comme livrer des fleurs à une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle.
Ces missions se sont révélées être des opérations promotionnelles déguisées. Derrière la promesse d’un service automatisé, il s’agissait en réalité de campagnes publicitaires orchestrées par des startups cherchant à attirer l’attention.
Le fonctionnement rappelle un mécanisme déjà connu : l’IA devient un argument marketing, une couche narrative qui donne une apparence d’innovation radicale à des pratiques très classiques.
Un “employeur” algorithmique intrusif
Plus troublant encore, une fois une mission acceptée, l’agent IA en charge multipliait les relances. Messages fréquents, rappels incessants, demandes répétées : l’expérience évoque une forme de micro-management automatisé.
Le journaliste raconte avoir reçu des messages toutes les trente minutes pour savoir si la tâche était accomplie. Les relances ont même débordé sur son adresse professionnelle.
L’idée d’un “employeur” algorithmique capable de harceler sans fatigue ni filtre humain soulève des interrogations sur la nature du travail à l’ère de l’IA. Si les plateformes classiques de la gig economy imposent déjà une pression permanente via les notations et les délais, l’ajout d’un intermédiaire algorithmique pourrait amplifier ce phénomène.
L’un des enseignements majeurs de cette expérience est la distance entre le discours sur les “agents autonomes” et la réalité de leurs capacités.
Ces systèmes sont présentés comme capables d’initiative, de planification et d’organisation du travail. En pratique, ils semblent surtout dépendre d’une intervention humaine constante — soit pour exécuter les tâches, soit pour corriger leurs erreurs.
La plateforme apparaît alors moins comme une révolution technologique que comme une vitrine destinée à alimenter l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle.
Une extension de la “machine à hype”
L’économie de l’IA est aujourd’hui traversée par une dynamique d’emballement. Chaque nouvelle application promet de remplacer des fonctions humaines, de fluidifier les processus et de réduire les coûts.
Pourtant, dans de nombreux cas, l’humain demeure indispensable en coulisses. Les agents IA ont besoin d’être supervisés, alimentés, corrigés. RentAHuman illustre ce paradoxe : une technologie supposée autonome qui requiert une armée de travailleurs précaires pour accomplir ce qu’elle ne sait pas faire seule.
La plateforme devient ainsi un maillon supplémentaire d’un système où l’IA est mise en avant comme solution universelle, alors que son efficacité réelle reste limitée dans le monde physique.
Au-delà du cas particulier, cette expérience met en lumière une tendance plus large : la fragmentation croissante du travail. Des tâches ponctuelles, mal rémunérées, attribuées à la volée, avec un minimum de cadre juridique.
Lorsque l’intermédiaire est une IA, la question de la responsabilité devient encore plus floue. Qui est l’employeur réel ? Qui garantit les conditions de travail ? Qui répond des abus ?
La promesse d’efficacité technologique masque parfois un déplacement des risques vers les travailleurs eux-mêmes.
Entre fantasme technologique et réalité sociale
L’idée d’un courtier d’emplois piloté par l’IA relève encore du fantasme plus que de la révolution. Les agents numériques peinent à gérer des missions simples. Les interactions se résument souvent à des scripts automatisés.
L’expérience testée montre surtout une chose : la technologie ne remplace pas la réalité. Elle la contourne, la maquille ou la retarde, mais elle ne l’efface pas.
Dans ce cas précis, l’IA n’a pas démontré une capacité nouvelle à organiser efficacement le travail humain. Elle a surtout servi de paravent à des campagnes marketing et à une mise en scène de modernité.
Le scénario dystopique d’IA gérant directement des travailleurs humains, sans intermédiaire, n’est pas totalement irréaliste. Mais il semble encore loin d’être opérationnel.
En attendant, ce type de plateforme rappelle que derrière les promesses d’autonomie totale, il y a souvent des humains invisibles. Des micro-tâches, des relances automatiques, et une économie de l’attention où l’effet d’annonce compte autant que l’innovation réelle.
Louer son corps à une IA ? Pour l’instant, cela ressemble davantage à une expérimentation mal aboutie qu’à une transformation profonde du marché du travail.
Illustration : DR
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