Du feu aux urgences : comment les pompiers français sont devenus des acteurs majeurs du secours à la personne

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En quinze ans, le visage du sapeur-pompier français a profondément changé. L’étude menée à partir des données des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) entre 2008 et 2023 révèle une transformation silencieuse mais majeure : les pompiers interviennent de moins en moins pour éteindre des incendies, et de plus en plus pour porter secours aux personnes.

L’image d’Épinal du soldat du feu, casque sur la tête et lance à incendie en main, ne correspond plus à la réalité quotidienne du métier.

En 2023, les pompiers ont réalisé 4,7 millions d’interventions en France, soit 13 074 par jour. Cela représente une intervention toutes les 6,6 secondes.

En quinze ans, le volume global des interventions a augmenté de 19 %. Cette progression est portée presque exclusivement par les missions de secours à la personne, qui représentent désormais 79 % des sorties. En 2008, cette proportion était nettement plus faible. En 2023, on dénombre plus de 1 080 000 interventions de secours supplémentaires par rapport à 2008, soit une hausse de 40 %.

Les pompiers assurent aujourd’hui une fonction quasi paramédicale. Accidents domestiques, malaises, chutes, détresses respiratoires : ils sont devenus, pour beaucoup de Français, le premier réflexe en cas de problème de santé.

Moins de feux, plus d’assistance

Dans le même temps, les interventions liées aux incendies ont reculé de 10 % en quinze ans. Les feux de cheminée, par exemple, ont chuté de 46 %, passant de 37 642 interventions en 2008 à 20 128 en 2023. Une évolution qui s’explique notamment par de meilleurs équipements et un entretien plus rigoureux.

Certaines missions dites “historiques” ont quasiment disparu. Les interventions pour guêpes et frelons ont baissé de 81 %, ces missions ayant été transférées au secteur privé.

À l’inverse, certaines tâches explosent. Le “relevage de personnes” – ces interventions pour aider une personne tombée à se relever – a bondi de 180 % en quinze ans. En 2023, 310 604 relevages ont été effectués, soit 851 personnes aidées chaque jour. Ce chiffre est directement lié au vieillissement de la population.

Une France inégale face aux pompiers

L’étude met également en lumière une forte disparité territoriale. En moyenne, on compte 69,7 interventions pour 1 000 habitants. Mais certaines régions dépassent largement ce chiffre.

La Provence-Alpes-Côte d’Azur arrive en tête avec 107 interventions pour 1 000 habitants, suivie par la Corse (99,5). À l’inverse, la Bretagne figure parmi les régions les moins sollicitées avec 53,7 interventions pour 1 000 habitants, au même niveau que les Pays de la Loire.

Concrètement, un habitant de Provence-Alpes-Côte d’Azur fait appel aux pompiers deux fois plus souvent qu’un Breton.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart. Le vieillissement plus marqué dans certaines régions du Sud, un mode de vie davantage tourné vers l’extérieur, mais aussi des habitudes culturelles différentes. Dans le Sud, l’appel aux pompiers semble être un réflexe plus immédiat en cas de problème de santé, là où ailleurs on privilégie le SAMU, le médecin traitant ou les urgences hospitalières.

Des moyens sous tension

Si les interventions ont augmenté de près de 20 % en quinze ans, les effectifs et les budgets des SDIS n’ont pas suivi la même courbe. Cette pression croissante interroge sur la soutenabilité du modèle actuel.

Les pompiers doivent-ils continuer à absorber une part toujours plus importante des urgences du quotidien ? Faut-il réorienter les citoyens vers d’autres circuits de soins pour éviter la saturation ?

Le débat dépasse la seule organisation des secours. Il touche à notre rapport collectif à l’urgence, à la responsabilité individuelle et à la place que nous souhaitons donner aux services publics.

En quinze ans, les pompiers français sont passés d’un métier centré sur le feu à un métier centré sur l’humain. Moins de flammes, plus de détresses. Reste à savoir si notre système est prêt à accompagner durablement cette mutation.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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