Peut-on réformer l’islam ? Ferghane Azihari Azihari et Tarek Oubrou s’affrontent dans un débat tendu au Club Le Figaro Idées

La question revient comme un serpent de mer, mais elle prend ici une forme rare : un face-à-face, sans fard, entre deux visions irréconciliables. Dans une vidéo diffusée par « Le Club Le Figaro Idées », Eugénie Bastié reçoit Ferghane Azihari, essayiste auteur de L’islam contre la modernité, et Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, défenseur d’un « islam d’acculturation » compatible avec la France contemporaine. Au fil de l’échange, la discussion glisse rapidement du terrain théologique à celui, hautement explosif, des conséquences politiques et sociales : apostasie, violence, statut des femmes, antisémitisme, rapport à la modernité, et dynamique démographique en Europe.

Apostasie : le point de rupture

L’un des moments les plus révélateurs surgit très tôt : la question de l’apostasie. Eugénie Bastié interroge l’imam Oubrou sur le droit, pour un musulman, de quitter l’islam. La réponse tombe, abrupte : « bien sûr, on peut pas ». Le ton se durcit. Azihari insiste sur la réalité des pays musulmans où l’athéisme est réprimé et où le coût social de la sortie de l’islam reste écrasant, même en Occident. Oubrou tente de nuancer en distinguant, dans les textes, l’apostasie « pacifique » et l’apostasie associée à une rébellion armée, accusant son contradicteur de « prendre les textes à la lettre ».

Mais l’épisode laisse une impression claire : à force de complexité et d’interprétations, la question centrale demeure entière. Pour beaucoup, l’apostasie n’est pas un détail doctrinal, mais un test décisif de compatibilité avec les libertés modernes.

Azihari : « l’islam contre la modernité », une critique frontale

Ferghane Azihari assume une démarche de rupture. D’origine comorienne, né en France, il explique avoir écrit son livre à la fois par attachement aux libertés publiques et par interrogation sur les causes profondes des dysfonctionnements du monde musulman. Son argumentaire repose sur une logique qu’il revendique : regarder les faits et les « anomalies statistiques » du monde musulman contemporain (régimes autoritaires, faiblesse des libertés, discriminations, violence politique), et poser la question des causes, y compris religieuses.

Il refuse la distinction « islam/islamisme », qu’il considère comme un artifice sémantique tardif destiné à édulcorer la dimension politico-juridique de l’islam historique. Il critique aussi un discours qu’il juge « paternaliste » : traiter les musulmans comme incapables d’entendre une critique de leur religion. Il appelle même, au bout du raisonnement, à une émancipation vis-à-vis du fait religieux, estimant que l’islamisation de l’Europe n’est dans l’intérêt de personne, y compris des musulmans vivant sous des institutions occidentales.

Face à cette charge, Tareq Oubrou défend une thèse inverse. Il distingue l’islam comme « souffle spirituel » originel et l’islam devenu « civilisation » sous l’effet de l’histoire impériale. Selon lui, la théologie et le droit canonique classiques ont été conceptualisés dans une logique de domination propre au Moyen Âge, et c’est cet héritage qui pèse encore.

Sa solution : une « théologie d’acculturation », capable d’extraire l’esprit de la foi de son enveloppe culturelle initiale (tribale, patriarcale) pour l’intégrer dans la civilisation occidentale actuelle. Il insiste sur l’importance de l’herméneutique, sur la pluralité des interprétations, et sur l’absence de clergé central, présentée comme une forme de liberté interne. Il va même jusqu’à dire qu’il ne faut pas « réformer l’islam », mais « réformer les musulmans », autrement dit : faire évoluer ceux qui portent la religion.

Deux diagnostics, une même réalité : la France au cœur de la tension

La discussion revient à plusieurs reprises sur l’islam en France, sa visibilité croissante et l’inquiétude d’une partie des Français face à une dynamique démographique perçue comme lourde de conséquences. Oubrou se montre prudent, refusant toute prophétie et plaidant l’apaisement, estimant que la peur alimente les tensions et radicalise les attitudes. Azihari, au contraire, juge que la question ne peut être éludée : il estime que l’adhésion de certains segments de la population musulmane à des normes autoritaires est un fait politique majeur, qui ne disparaîtra pas par incantation.

La vidéo met ainsi en scène une impasse : d’un côté, un effort de réinterprétation théologique censé rendre l’islam compatible avec l’époque ; de l’autre, une critique qui considère que les textes, l’histoire et les effets sociaux rendent cette compatibilité illusoire sans une rupture plus nette.

Le mérite de cette séquence est d’exposer, à visage découvert, ce que beaucoup contournent : l’écart entre un islam réformé tel qu’il est imaginé par certains théologiens, et l’islam réel tel qu’il est vécu, transmis, revendiqué ou imposé dans de larges pans du monde musulman — et parfois dans les communautés installées en Europe.

Au final, le débat ne tranche pas. Il met en lumière ce qui bloque : qui définit la norme, qui fixe la limite, et comment une religion structurée par un corpus juridique ancien peut se transformer sans produire, dans les faits, des lignes rouges incompatibles avec les libertés fondamentales. C’est précisément sur ce terrain, concret, que la question « peut-on réformer l’islam ? » cesse d’être une formule théorique pour redevenir une interrogation politique majeure.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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