À deux mois des élections en Hongrie, une question traverse le pays : Viktor Orbán peut-il encore s’imposer face à une jeunesse séduite par des figures nouvelles, médiatiques et radicalement opposées à l’ordre conservateur qu’il incarne depuis plus d’une décennie ?
Pour certains observateurs hongrois, le véritable enjeu n’est pas tant la popularité du Premier ministre que l’état d’esprit d’une partie de la Génération Z. Une génération née après la chute du communisme, élevée dans une Europe pacifiée, mondialisée et matériellement prospère, mais coupée de l’expérience des grands drames historiques.
Une génération sans mémoire du totalitarisme
Moins de quarante ans se sont écoulés depuis que la Hongrie a retrouvé sa liberté après des décennies d’occupation soviétique. Pourtant, pour une partie des jeunes électeurs, le communisme et l’URSS relèvent déjà du manuel scolaire.
Dans ce contexte, des discours socialistes ou néo-marxistes retrouvent un certain attrait, portés par des figures nouvelles comme Péter Magyar, dont la notoriété s’est largement construite sur les réseaux sociaux. Son socle électoral serait constitué en grande partie de jeunes urbains diplômés, séduits par une posture anti-système et une communication moderne.
Ce phénomène n’est pas isolé. Aux États-Unis, des figures comme Zohran Mamdani rencontrent un succès comparable auprès d’un électorat jeune, éduqué et fortement connecté. La tentation d’une “révolution” symbolique, portée par TikTok et Instagram, semble traverser l’ensemble du monde occidental.
Le confort matériel comme terreau de l’utopie
La thèse avancée par certains analystes hongrois est simple : la Génération Z serait la première à avoir grandi dans un confort matériel inédit, sans guerre sur son sol, sans occupation étrangère, sans peur existentielle immédiate.
Certes, l’inflation pèse, l’accès au logement est plus difficile qu’au temps des Trente Glorieuses, et les débuts dans la vie active sont complexes. Mais ces difficultés ne sont pas spécifiques à la Hongrie : elles concernent l’ensemble des pays occidentaux.
Dans ce contexte, une partie de la jeunesse serait tentée par des utopies politiques promettant un monde sans contraintes, où l’État redistribuerait largement et où les identités nationales seraient secondaires face à des valeurs globales.
La critique vise également une culture numérique qui valorise la célébrité instantanée, la réussite rapide et le rejet de l’autorité parentale. Certains discours viraux vont jusqu’à tourner en dérision les générations plus âgées, accusées d’être “peureuses” ou “dépassées”.
Or, pour un pays comme la Hongrie, dont les parents et grands-parents ont connu la guerre, la répression et l’occupation soviétique, cette amnésie historique est perçue comme un risque majeur.
Orbán, rempart ou figure dépassée ?
Les soutiens de Viktor Orbán avancent que, malgré ses défauts et les controverses – notamment autour d’anciens responsables institutionnels –, la Hongrie a gagné en poids géopolitique ces dernières années.
Budapest s’est positionnée comme l’un des États européens les plus fermes sur les questions migratoires et comme un acteur refusant certaines orientations jugées trop fédéralistes ou “globalistes” de Bruxelles.
Les critiques, elles, dénoncent une concentration du pouvoir et un affaiblissement des contre-pouvoirs. Le débat dépasse donc la seule personne d’Orbán : il porte sur la nature même du modèle hongrois et sur la place du pays au sein de l’Union européenne.
Le cœur du débat est sans doute générationnel. D’un côté, une jeunesse qui aspire à un monde plus ouvert, plus fluide, plus “post-national”. De l’autre, une partie de la population qui considère la souveraineté, la famille et la continuité historique comme des piliers non négociables.
La question posée n’est pas seulement électorale. Elle est civilisationnelle : une nation peut-elle se maintenir si ses nouvelles générations ne perçoivent plus les menaces qui ont façonné son histoire récente ?
À l’approche du scrutin, la Hongrie apparaît ainsi comme un laboratoire européen. Entre conservatisme souverainiste et romantisme révolutionnaire numérique, le choix des urnes dira si la génération TikTok transforme l’essai… ou si l’expérience l’emporte sur l’utopie.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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