Quand les Bretons ont « fait carrière » en Angleterre : l’enquête d’une historienne sur une colonisation méconnue (1066-1135)

On réduit souvent la conquête de l’Angleterre à une affaire « normande ». Or une étude de l’historienne K.S.B. Keats-Rohan montre que, dès les premières années qui suivent 1066, des Bretons s’installent en nombre outre-Manche, parfois comme tenants directs du roi, souvent comme hommes et vassaux des grands seigneurs de la nouvelle aristocratie anglo-normande. Les récits de la bataille d’Hastings, rappelle-t-elle, ne laissent « aucun doute sur leur nombre élevé », même si l’identification précise des combattants reste difficile.

Trois “vagues” de recrutement au service des rois d’Angleterre

Le point central de l’étude est ailleurs : l’installation bretonne n’est pas un simple épiphénomène lié à 1066, mais un processus structuré, encouragé par la Couronne. Keats-Rohan décrit trois vagues successives de recrutement, la plus importante s’étendant de 1066 à 1086, puis une seconde entre 1100 et 1113, et une troisième entre 1116 et 1130 environ.

Pourquoi ces recrutements ? Parce qu’un Breton, à la différence de nombreux Normands, n’est pas pris dans les conflits de “double fidélité” entre Angleterre et Normandie : ses attaches extérieures, lorsqu’il conserve des terres, sont en Bretagne. Pour les rois normands d’Angleterre, ces hommes peuvent donc apparaître comme des relais utiles et relativement fiables, à condition d’une fidélité sans faille à la Couronne.

Alain le Roux, Richmond et la constitution d’un “bloc” breton

Une figure domine les débuts : Alain le Roux (souvent associé à l’“honneur de Richmond”). L’étude le présente comme l’un des nouveaux grands du royaume après la conquête, particulièrement riche et digne de confiance, capable d’inféoder à son tour un grand nombre d’hommes, majoritairement bretons, tout en restant très proche du pouvoir royal. Son implantation et son influence contribuent à structurer une zone de force bretonne au nord de l’Angleterre, autour de Richmond, tandis que d’autres Bretons s’établissent dans le sud-ouest, dans des configurations plus modestes et parfois liées aux réseaux de Robert de Mortain.

L’enquête insiste aussi sur la diversité des origines bretonnes : des hommes issus du nord-est de la Bretagne, en contact précoce avec les marges normandes (autour du Mont-Saint-Michel et du pays de Dol), semblent particulièrement présents dans certains secteurs anglais.

De l’implantation à la guerre civile : des Bretons divisés, puis “refondus”

Après 1135, le paysage bascule avec la crise dynastique et la guerre civile. Keats-Rohan décrit alors deux groupes bretons antagonistes, séparés depuis 1086 par la géographie et leurs intérêts : au nord et à l’est, autour d’Alain III de Richmond, certains combattent pour le roi Étienne ; au sud et à l’ouest, d’autres, menés par Brien fils du comte, se rangent avec le camp angevin. L’historienne note même le rôle opérationnel joué par des Bretons dans la tenue de places fortes et dans l’issue finale du conflit, avant l’arrivée d’Henri II.

Dernier résultat marquant : contrairement à l’idée d’une présence “passagère”, les colonies bretonnes s’inscrivent dans le temps. L’étude souligne qu’une large majorité des Bretons repérés dans le Domesday Book (1086) laissent des descendants encore visibles dans la documentation de 1166, et que, sauf cas particuliers, leur fidélité à la Couronne anglaise demeure.

Au fond, l’étude propose une relecture : l’Angleterre d’après 1066 ne se comprend pas seulement comme un royaume “normand”, mais comme un espace où des réseaux bretons, recrutés par vagues, se constituent, se divisent, puis s’enracinent durablement, au point de peser dans les grands tournants politiques du XIIe siècle.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Rugby, Sport

Six Nations 2026 : l’Angleterre frappe fort face au pays de Galles, l’Écosse piégée en Italie avant le choc de Murrayfield

Découvrir l'article

Histoire, International

Malouines, la mémoire longue de l’Argentine

Découvrir l'article

International

Manche : plus de 40 000 migrants illégaux ont déjà rejoint le Royaume-Uni en 2025

Découvrir l'article

International

Royaume-Uni – Crowborough se soulève : des milliers d’habitants contre l’installation de 600 demandeurs d’asile dans un camp militaire

Découvrir l'article

Rugby, Sport

Test-matches : une dernière journée renversante, entre certitudes sud-africaines, sursaut français et déceptions galloises

Découvrir l'article

Religion

Rome. Un retour discret de la messe traditionnelle sous le pontificat de Léon XIV ?

Découvrir l'article

Immigration

Royaume-Uni : de nouvelles manifestations contre l’implantation de migrants dans les communautés

Découvrir l'article

Rugby, Sport

Test-matchs de rugby : l’Angleterre s’affirme, l’Irlande déroule, la France très moyenne, le Pays de Galles se fait peur, l’Argentine épate

Découvrir l'article

Rugby, Sport

Rugby – Tournée d’automne : l’Écosse impressionne, l’Angleterre solide, l’Afrique du Sud rugit, l’Irlande coule face aux Blacks

Découvrir l'article

International

Triple attaque à Uxbridge (Angleterre) : un Afghan entré illégalement au Royaume-Uni tue un homme qui promenait son chien

Découvrir l'article

PARTICIPEZ AU COMBAT POUR LA RÉINFORMATION !

Faites un don et soutenez la diversité journalistique.

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.